Défilé des troupes allemandes avenue Foch à Paris le 14 juin 1940
Défilé des troupes allemandes avenue Foch à Paris le 14 juin 1940
Défilé des troupes allemandes avenue Foch à Paris le 14 juin 1940  ©Getty - Historical
Défilé des troupes allemandes avenue Foch à Paris le 14 juin 1940 ©Getty - Historical
Défilé des troupes allemandes avenue Foch à Paris le 14 juin 1940 ©Getty - Historical
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Résumé

Avant l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, il y eut celui du 17 juin. Ce jour-là, le maréchal Pétain demande aux Français de cesser le combat face à l’ennemi allemand. Quelques jours plus tard, l’armistice signé clôturait la Bataille de France, débutée seulement six semaines plus tôt. De force égale numériquement, l'armée française est pourtant défaite par une armée adverse mieux préparée et organisée. Comment en est-on arrivé là ?

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"Ce furent deux adversaires appartenant chacun à un âge différent de l’humanité qui se heurtèrent sur un champ de bataille". C’est par ces mots écrits dans L’étrange défaite que l’historien Marc Bloch qualifie la Bataille de France. D’un côté, une armée française sûre de ses positions acquises lors de la Première Guerre mondiale. De l’autre, une Wehrmacht en reconquête, ancrée dans la guerre qu’elle mène sur plusieurs fronts. La suite est connue de tous. En moins de six semaines, la France capitule. Quelles sont les raisons d’une telle défaite militaire ?

Partons sur le front de la compréhension de cette guerre en compagnie de Jean Lopez, historien et auteur de La Wehrmacht : La fin d’un mythe aux éditions Perrin.

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La guerre de l’époque : la France bloquée en 1918, l’Allemagne tournée vers l’avenir

La conséquence que tire le maréchal Pétain de cette défaite, c'est à dire arrêter le combat, était évitable. La France avait des alliés, une flotte et un empire. Donc elle pouvait et devait continuer le combat. Le fond du problème est de savoir si on aurait pu assister à un autre scénario. Depuis cette époque, deux écoles se partagent le champ de bataille. D'un côté, ceux qui sont convaincus que les défauts de l’appareil militaire français étaient profonds, systémiques, rendant la victoire allemande inévitable. De l’autre, ceux qui pensent que cette défaite est contingente, c’est-à-dire qu’elle a tenu à un certain nombre de décisions d’une nature moins profonde et réversible. Jean Lopez

" Le système militaire français s’est figé autour de ce qui avait fait sa victoire en 1918, c’est-à-dire des fronts fixes avec une supériorité du feu, de l’artillerie avec un champ encagé qui évolue assez doucement. Les Allemands savent que s'ils adoptent le même logiciel, ils sont perdants. (…) Les Allemands cherchent à éviter un face à face analogue à celui de 1918 où la victoire revient à celui le plus puissant économiquement. Hitler est donc à la recherche d’une solution nouvelle."

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L'Allemagne, première surprise d'une telle victoire 

Cette solution nouvelle consiste pour les Allemands à être capables de déchirer un front fixe, de provoquer une brèche quelque part. Mais surtout de projeter des forces pouvant aller très loin à l’intérieur du système défensif ennemi pour le ravager et l’empêcher de se rétablir plus loin en arrière. C’est essayer de faire d'une victoire tactique une victoire opérationnelle. Et par ces moyens mettre en oeuvre un plan qui puisse détruire la cohérence du front français. Jean Lopez

" Le seul qui n’a pas été surpris de la défaite française, c’est Hitler parce que de façon assez incompréhensible, il était certain de la faiblesse française. La France est pour lui un vaisseau complètement pourri qui va s’effondrer au premier choc. Ce qui est frappant, c’est que la grande majorité de l’état-major de la Wehrmacht pense que la guerre contre la France et l’Angleterre est une erreur et que l’Allemagne ne peut pas remporter cette bataille là. Il y a un respect partagé pour la valeur de l'armée française."

Il y a une filiation directe entre ce désastre militaire - qui est l’un des échecs les plus lourds de conséquences mentalement et psychologiquement - et quelque chose qui continue de peser sur la France - non seulement sur ses rapports avec notre voisin allemand, mais également avec les Britanniques - et dans le regard que nous posons sur nous-mêmes. Cette catastrophe est un élément traumatique qui n’a toujours pas été surmonté, y compris par nos élites militaires. Jean Lopez

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