Dans l'enfer du TER

Le réseau ferroviaire en France est l'un des plus vétustes d'Europe
Le réseau ferroviaire en France est l'un des plus vétustes d'Europe ©AFP - PHILIPPE HUGUEN
Le réseau ferroviaire en France est l'un des plus vétustes d'Europe ©AFP - PHILIPPE HUGUEN
Le réseau ferroviaire en France est l'un des plus vétustes d'Europe ©AFP - PHILIPPE HUGUEN
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TER en retard ou supprimés, l'irrégularité et les dysfonctionnements de nos trains régionaux compliquent le quotidien de nombreuses personnes en France. Mais comment expliquer la défaillance de notre réseau ferroviaire régional ?

Avec
  • Patricia Perrenes Économiste spécialiste du transport ferroviaire

Les TERs sont souvent les trains de l'enfer et ce n'est pas seulement parce que ça rime... Des trains bondés, manifestement sous-dimensionnés, ils sont aussi parfois des trains fantômes comme l'a révélé un article du Monde qui a fait grand bruit le 15 octobre 2022. Les TERs en France, c'est le Superfail de la semaine.

Et pour nous éclairer sur cette question, Guillaume Erner reçoit Patricia Perrenes, économiste spécialiste du transport ferroviaire.

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Des trains sans conducteurs sur un réseau vétuste

La gestion des TER en France relève depuis l'an 2000 de la compétence régionale, chaque région décide ainsi de l'offre ferroviaire sur son territoire et verse une subvention la SNCF pour faire rouler les trains régionaux sur ses rails. Mais alors comment expliquer la suppression de plus de 11 000 TERs dans la région Hauts de France en 2022, évoquée dans l'article du Monde ? Pour Patricia Perrennes, il faut tout d'abord souligner l'impact de la conjoncture du marché de l'emploi sur le secteur ferroviaire : la SNCF comme d'autres entreprises, souffre en effet d'une pénurie de main d'œuvre : "On a du mal à trouver du personnel pour des métiers qui sont pénibles et pas très bien payés. On a beaucoup fantasmé sur le statut de cheminot mais en attendant, ce sont des horaires décalés, des levers très matinaux. Et pour les dessertes dont on parle ce ne sont pas les territoires les plus attractifs."

Mais outre ce problème conjoncturel, les retards et suppressions des TERs s'expliquent également pas l'état détérioré de notre infrastructure ferroviaire, l'un des plus vieux d'Europe selon Patricia Perennes : "Certains postes d'aiguillage datent des années 30. (...) Evidemment au bout d'un moment, on n'a pas une technologie qui est à la pointe."

Un sous-investissement chronique de l'Etat

Mais alors si les dysfonctionnements découlent de la vétusté du réseau, pourquoi ne pas le moderniser ? C'est ce qui a été réclamé par une grande partie de la profession lors de la signature du dernier contrat de performance conclue discrètement entre SNCF Réseau, chargé de gérer l'infrastructure, et l'Etat, en 2022. Mais ces demandes n'ont pas été entendues et les fonds alloués à SNCF Réseau ne seront pas suffisants pour moderniser notre réseau d'ici 2030, c'est ce qu'explique Patricia Perennes : "Il y a un sous-financement chronique qui est reconnu. Dans le contrat signé entre l'Etat et SNCF Réseau, on voit bien que pour les lignes de moyenne taille, ça continuera de se dégrader."

L'ancien PDG de SNCF Réseau Luc Lallemand a même été remercié par l'Etat actionnaire pour avoir critiqué le manque d'ambition de ce contrat. Et même si l'ouverture à la concurrence pourrait accroître l'offre à terme, les dysfonctionnements persisteront si le réseau ferroviaire n'est pas modernisé : "A un moment donné, il faut sauver le réseau ferroviaire et pour ça, il n'y a qu'un grand plan d'investissement. Ils le font en Allemagne, ils le font en Italie..." rappelle Patricia Perennes.

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