Conception d'un masque  ©Getty - japatino
Conception d'un masque ©Getty - japatino
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Résumé

Dans les années 1960, les masques jetables prennent le relais des masques en tissu. À l'époque où la grande consommation est reine, l’avènement de ces masques destinés à endiguer les problèmes de stockage bouleverse les codes en place dans les hôpitaux et les laboratoires. Plus d’un demi-siècle plus tard, la pénurie de masques en France comme dans d’autres pays a soulevé la question de l’efficacité de ce choix.

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Ah, les masques ! Voilà un accessoire devenu aujourd'hui omniprésent dans notre quotidien. Tant et si bien qu’on pourrait penser que son histoire date d’hier. Pourtant, l’histoire du masque suit le cours de celle des pandémies. Qu’il soit en« bec de canard », jetable ou de tissu, le masque a connu de grandes transformations au fil des siècles. Et s’est réinventé des mains de ceux qui le pensent et le conçoivent. Mais réinvention n’est pas toujours synonyme de progrès. L’essor du masque jetable dans les années 1960 a-t-il ouvert la porte aux problèmes de stockage visibles durant l’épidémie de Covid-19. Et si l’erreur était de vouloir des masques jetables ?

Bas les masques et revenons sur l’histoire d'un accessoire devenu l’objet de grandes dissensions avec Bruno Strasser, professeur à l’Université de Genève, historien des sciences et co-auteur d’un article dans la revue médicale The Lancet sur l’histoire des masques jetables.

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Une consommation importantes entraînant des problèmes de stockage 

"Les masques sont devenus l'objet d’une consommation énorme. Et on se demande comment stocker encore plus de masques. Mais la question que personne ne se pose c’est pourquoi a-t-on besoin d’autant de masques ? En tant qu’historien, on connaissait le masque et son utilisation depuis le XIXe siècle. Et historiquement, les problèmes d’approvisionnement sont assez rares pour la simple raison que les masques sont réutilisables. Et nous nous sommes interrogés pour savoir comment nous sommes passés d’un système sanitaire où les masques sont des objets réutilisables à une situation aujourd’hui où les masques sont jetables et nous mettent dans une situation de vulnérabilité et de dépendance prévisible".

Il y a eu une réponse durant la crise qui est celle de la participation, c’est-à-dire de demander aux Français de produire eux-mêmes des masques. Mais la question est de savoir si cette réponse est à la mesure du problème. Ce qui est particulièrement frappant quand on est historien, c’est qu’on s’aperçoit que l'on en savait plus sur les masques dans les années 1960 par rapport à aujourd’hui. On s’est créé une forme d’amnésie collective par rapport aux meilleures manières de créer un masque. Bruno Strasser

La rupture des années 1960 : le masque, pris dans l’engouement du « système jetable »

" Dans les années 1960, on voit apparaître de nouveaux masques en matières synthétiques. Et quelques grosses entreprises se lancent dans la production de ces masques en lançant une campagne marketing très agressive. On imagine alors que la production est due à de nouveaux standards d’hygiène. Mais ce n’est pas le cas. Une des raisons pour laquelle les masques jetables s’imposent c’est d’abord la question du coût. Mais ce sont surtout les gestionnaires d’hôpitaux qui voient dans le masque jetable une manière extraordinaire de simplifier la gestion des stocks".

C’est un mouvement jetable, un “système jetable total”. Il s’agit de réfléchir à remplacer l’intégralité de la culture matérielle de l’hôpital par du jetable. Le masque est évidemment l’un des exemples. Et cette transformation amène une transformation en profondeur des hôpitaux et des laboratoires. On est dans une problématique qui est celle de l’enthousiasme pour le plastique, pour la modernité, la facilité de gestion et le contrôle des stocks. Bruno Strasser

Pour retrouver l'intégralité de l'article écrit par Bruno Strasser et Thomas Schilich, vous pouvez cliquer ici.  

"Superfail" est un podcast original de Guillaume Erner, le producteur des Matins de France Culture : chaque lundi matin, retrouvez une histoire d'échec, de fail, décryptée avec un invité. Un programme à écouter à votre rythme, quand vous le désirez.
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20 min
Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Juliette Devaux
Collaboration