Après le débarquement manqué, les prisonniers sont comptés et conduits dans un camp à Cuba : au total, 1200 exilés cubains ont été arrêtés
Après le débarquement manqué, les prisonniers sont comptés et conduits dans un camp à Cuba : au total, 1200 exilés cubains ont été arrêtés  ©Getty -  Keystone-France / Contributeur
Après le débarquement manqué, les prisonniers sont comptés et conduits dans un camp à Cuba : au total, 1200 exilés cubains ont été arrêtés ©Getty - Keystone-France / Contributeur
Après le débarquement manqué, les prisonniers sont comptés et conduits dans un camp à Cuba : au total, 1200 exilés cubains ont été arrêtés ©Getty - Keystone-France / Contributeur
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Le 17 avril 1961, quelques 1400 exilés cubains soutenus et armés par l’administration américaine débarquent pour renverser le régime de Fidel Castro. Mais l’opération, incroyablement mal préparée, échoue en seulement deux jours et affecte durablement l’image des États-Unis en Amérique Latine.

Avec
  • Janette Habel maître de conférences à l'Institut des hautes études d'Amérique latine, spécialiste de Cuba.

La baie des cochons à Cuba, est un endroit que l'on imagine tout à fait superbe, bordé par une zone marécageuse à l’ouest de la ville de Cienfuegos. Mais c’est aussi le nom d’un superbe Superfail qui s’est déroulé le 17 avril 1961 : quelques 1 400 exilés cubains soutenus par l’administration américaine, débarquent avec pour objectif de renverser le régime castriste. Mais les partisans de Fidel Castro les accueillent avec des armes lourdes et la tentative échoue piteusement, affectant durablement l’image de toute-puissance des États-Unis. Pour analyser les raisons de cette débâcle, nous sommes allés interroger Janette Habel, elle est maître de conférences à l'Institut des hautes études d'Amérique latine, spécialiste de Cuba.

Les causes et les objectifs de l'opération

En 1961, cela fait deux ans que les relations entre les États-Unis et Cuba ne cessent de se détériorer. L’administration américaine prend, depuis 1959, des initiatives de sanctions économiques radicales à l'encontre de l’île cubaine, ce qui pousse le régime castriste à riposter de manière virulente. Face à cette escalade inattendue, des revendications émergent au sein de la communauté des exilés cubains : 

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Il y a à ce moment-là des exilés, issus de la grande bourgeoisie cubaine, des alliés économiques des grandes firmes – notamment de la United Fruit à l’époque – qui sont aux États-Unis et dont les propriétés ont été nationalisées. A ce moment-là, il y a une réaction en Floride de cet exil, et conjointement avec l’administration américaine, la décision est prise de tenter de renverser le gouvernement castriste. Janette Habel, politologue spécialiste de l'Amérique Latine 

Sur le papier, l’opération était simple : il s’agissait d’envoyer 1 400 volontaires sur l’île (en grande partie des exilés cubains) et d’établir une « tête de pont » destinée à installer un gouvernement provisoire à Cuba. Une fois ce gouvernement mis en place, l’administration américaine aurait pu y apporter son soutien et établir un nouveau régime, celui-ci favorable aux intérêts des Etats-Unis.  

La préparation du débarquement : une succession de ratages

Pourtant, l’opération va échouer, et cet échec s'explique en grande partie par une succession de ratages lors de sa préparation.  

Tout d'abord, en 1960, le célèbre journal New-York Times fait fuiter des informations essentielles sur l’existence d’un camp d’entraînement de forces anti-castristes situé au Guatemala. Le gouvernement de Fidel Castro, informé par ailleurs par des espions soviétiques et cubains, est donc alerté de la préparation d’un débarquement prévu pour avril 1961.  

Autre bévue considérable dans la préparation de l’opération : le président John Fitzgerald Kennedy, héritant de cette initiative militaire conçue par son successeur Eisenhower, change le lieu du débarquement sans pour autant modifier la solution de repli. Cette absence de coordination crée une situation ubuesque : en cas de débâcle, les troupes sont ainsi censées rejoindre à pied un refuge dans un massif montagneux, situé à 130 kilomètres du lieu de débarquement. 

Enfin, l’échec retentissant de cette opération s’explique en grande partie par le manque de fiabilité des informations transmises par les informateurs cubains à l’administration américaine les années précédant le débarquement. Alors que le régime castriste est très largement soutenu par la population, les rapports sur lesquels se basent la CIA font état d’une vive contestation populaire : 

Les rapports sont des rapports qui émanent d’une petite minorité, qui envoie des rapports aux États-Unis et qui confond la réalité avec ses propres souhaits, avec ses propres désirs avec ses propres besoins. 

Cette minorité cubaine composée de propriétaires enrichis sous la dictature de Batista, avait en effet grandement intérêt à ce que le régime castriste soit renversé par les forces américaines pour retrouver leur situation antérieure. 

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Extraits : 

Archive INA : Inter Actualités du 17 avril 1961
Reportage : Débarquement de la baie des cochons (Archive Cubaine), 30 avril 1961