La révocation de l'Edit de Nantes a poussé des centaines de milliers de protestants à l'exil
La révocation de l'Edit de Nantes a poussé des centaines de milliers de protestants à l'exil
La révocation de l'Edit de Nantes a poussé des centaines de milliers de protestants à l'exil ©Getty - Picore
La révocation de l'Edit de Nantes a poussé des centaines de milliers de protestants à l'exil ©Getty - Picore
La révocation de l'Edit de Nantes a poussé des centaines de milliers de protestants à l'exil ©Getty - Picore
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Résumé

En 1685, Louis XIV décide de révoquer l'Édit de Nantes, poussant des milliers de protestants à s'exiler pour continuer à pratiquer leur foi librement. Entre progrès de l'anti-cléricalisme et rejet de l'absolutisme, et si cette décision avait produit l'inverse des effets escomptés ?

avec :

Jérémie Foa (Maître de conférences HDR en histoire moderne à Aix-Marseille université, au laboratoire TELEMMe).

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C'est l'un des épisodes les plus noirs de l'histoire de France : la révocation de l'Edit de Nantes en 1685. Qu'est-ce que le refus du protestantisme a fait à notre pays ? Pour le savoir, nous nous sommes tournés vers l'historien Jérémie Foa, maître de conférences en Histoire moderne à l'université d'Aix Marseille et auteur de Tous ceux qui tombent, visages du massacre de la Saint-Barthélémy (Ed. La Découverte, 2021).

La révocation de l'Édit de Nantes : l'abjuration ou l'exil

C'est en 1685 que Louis XIV décide de révoquer l'Édit de Nantes , un édit de tolérance qui avait été promulgué en 1598 par le roi Henri IV et qui accordait la liberté de conscience et la liberté de culte aux protestants dans le royaume de France. Mais cette révocation entreprise par Louis XIV intervient dans un contexte d'intensification de la répression à l'égard de cette communauté : "Depuis un peu plus de vingt ans, tous les droits des protestants sont grignotés progressivement, par des commissaires qui sont envoyés pour baisser la hauteur d'un temple, enlever une pièce dans un temple, déplacer un cimetière. Tout ce qui n'était pas spécifiquement autorisé par l'Édit de Nantes était réputé interdit." explique Jérémie Foa. Ces persécutions vont devenir de plus en plus violentes, avec notamment les dragonnades, qui consistaient à envoyer des soldats dans les familles protestantes pour les contraindre à se convertir.

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A la suite de la révocation de l'Édit de Nantes en 1685, une partie des protestants va se résoudre à abjurer pour éviter les persécutions, tandis qu'une autre partie décide de s'exiler. On estime aujourd'hui le nombre d'exilés entre 135 et 150 000 individus, soit un peu moins d'1% de l'ensemble de la population française. "C'est un chiffre qui est terrible, qui chaque fois doit être considéré humainement, dans sa tragédie mais qui n'est pas en mesure de faire basculer le destin du Royaume de France." rappelle Jérémie Foa.

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Les conséquences de la révocation : entre mythe national et réalité

Pour l'historien Jérémie Foa, ce mouvement d'exil forcé va être utilisé par la suite pour justifier le déclin industriel de la France au 18ème siècle. Selon ce mythe national, les grands esprits issus de la communauté protestante contraints à l'exil auraient participé à l'essor industriel de pays concurrents, à l'instar de Denis Papin, inventeur de la machine à vapeur exilé à Londres. "D'un point de vue économique, il est certain que le 18ème siècle marque un infléchissement et que la France connaît un retard considérable par rapport à l'Angleterre. Mais on peut créditer de très nombreuses autres causes que le simple départ des Huguenots", relativise Jérémie Foa. Selon lui, d'autres facteurs semblent plus pertinents pour expliquer ce retard : la culture étatiste hérité de Colbert, ou encore les nombreuses guerres menées par Louis XIV à la fin du 17ème siècle.

Mais la révocation de l'Édit de Nantes aura bien des conséquences sur le royaume. La première d'entre elle, selon Jérémie Foa, est le développement des discours critiques envers l'absolutisme. Louis XIV devient dès lors le symbole de l'absolutisme tyrannique, et cette décision prise en 1685 alimentera largement les discours des Lumières à la fin du 18ème siècle. La deuxième conséquence majeure identifiée par Jérémie Foa, est la diffusion de l'anticléricalisme en France : "Ces dizaines de milliers de protestants qui se convertissent du bout des lèvres, font finalement l'expérience du peu d'importance que les prêtres accordent à l'insincérité de la foi. (...) Paradoxalement, le geste super catholique de Louis XIV va nourrir l'anticléricalisme français", explique-t-il.

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Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Juliette Devaux
Collaboration
Vivien Demeyère
Réalisation
Félicie Faugère
Réalisation
Davy Travailleur
Réalisation