La bêtise des foules : une réalité ?  ©Getty - Peter Dazeley
La bêtise des foules : une réalité ? ©Getty - Peter Dazeley
La bêtise des foules : une réalité ? ©Getty - Peter Dazeley
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Résumé

Le Superfail qui nous intéresse cette semaine est un échec que l’on connaît bien et dont tout le monde a fait les frais au moins une fois au cours de sa vie. Cet échec, c’est celui de l’intelligence. La connerie est-elle l’échec de l’intelligence ?

avec :

Jean-François Marmion.

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En un sens, nous pouvons dire en effet que la connerie est l’échec, ou même le Superfail de l’intelligence. Mais d’où vient la sottise des gens intelligents ? Sommes-nous moins intelligents en groupe ? Pour répondre à ces questions, nous sommes allés interroger Jean-François Marmion, psychologue et auteur de l’ouvrage collectif « Psychologie de la Connerie », paru en 2018.  

La sottise, fruit des biais cognitifs 

Le psychologue rappelle tout d'abord que la « sottise » - terme qu'il utilise pour désigner la « connerie » des gens intelligents - est le produit d'une distorsion naturelle de la réalité que l'on nomme « biais cognitif » : 

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Ce qu’on appelle les biais cognitifs, ce sont les espèces de raccourcis de la pensée qui font qu’on caricature la réalité pour que ça entre bien dans nos cartes de pensée, qu’on puisse s’adapter très vite, qu’on n’ait pas trop à réfléchir. 

Et parmi ces biais cognitifs, Jean-François Marmion explique que le plus dangereux pour l'intelligence semble être le « biais de confirmation », qui nous pousse à sélectionner uniquement ce qui conforte notre vision du monde, et non pas ce qui pourrait la prendre à défaut. Pour éviter de tomber dans la « sottise », l’une des solutions serait ainsi de prendre conscience de l’importance de ces biais cognitifs dans l’élaboration de notre pensée, et de tenter d'en diminuer l'effet. 

La bêtise des foules : une réalité ? 

Si nos systèmes démocratiques reposent sur la prédominance des décisions collectives, cela implique une forme d’intelligence des foules. Or la foule n’a pas bonne presse, notamment depuis l’apport de Gustave Le Bon au 19ème siècle. Pour Jean-François Marmion, la nuance doit être privilégiée sur la question : 

Il y a d’excellentes initiatives qui naissent sur internet, des vrais effets « boule de neige », des gens qui se mobilisent pour des vraies causes et qui les font vraiment peser dans la balance de façon intelligente. (…). Donc la foule est capable du meilleur comme du pire. On peut très bien, avec une foule, se comporter comme des « connards » : lyncher quelqu’un physiquement, tondre des femmes à la Libération. Mais on peut très bien aussi faire de bonnes choses. 

Les réseaux sociaux dépendraient ainsi de l’usage que la foule en fait. Pour Jean-François Marmion, il faut garder à l’esprit que les réseaux  ne sont que des outils : 

Il n’y a pas plus de cons sur les réseaux sociaux qu’ailleurs, simplement on les remarque plus parce qu’ils sont plus braillards, plus voyants et qu’ils nous blessent davantage. Mais les réseaux sociaux en eux-mêmes, ils sont neutres. 

Pour approfondir le sujet, nous vous conseillons la lecture de l’ouvrage collectif Psychologie de la connerie, paru aux éditions Sciences Humaines. 

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Juliette Devaux
Collaboration