La navette autonome qui n'avance pas

Les cas d'échecs de la navette autonome sont nombreux : les navettes Navya ont par exemple subi un important revers dans le quartier de la Défense à Paris
Les cas d'échecs de la navette autonome sont nombreux : les navettes Navya ont par exemple subi un important revers dans le quartier de la Défense à Paris ©Getty - Johner Images
Les cas d'échecs de la navette autonome sont nombreux : les navettes Navya ont par exemple subi un important revers dans le quartier de la Défense à Paris ©Getty - Johner Images
Les cas d'échecs de la navette autonome sont nombreux : les navettes Navya ont par exemple subi un important revers dans le quartier de la Défense à Paris ©Getty - Johner Images
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La navette autonome était annoncée comme la prochaine révolution des transports au début des années 2010. Dix ans après, plusieurs expérimentations se sont soldées par des échecs. Les navettes autonomes sont-elles structurellement défaillantes ou faut-il patienter ?

Avec
  • Olivier Razemon Journaliste au Monde, spécialiste des villes et des transports
  • François Marmoiton Ingénieur de recherche au CNRS

La navette autonome c'est un rêve devenu réalité, un bus qui fonctionne tout seul... Enfin ça c'est en théorie. Parce qu'en pratique on en est loin encore.

Guillaume Erner s'entretient à ce sujet avec le journaliste Olivier Razemon, il a mené une enquête dans le Monde et avec le chercheur François Marmoiton, ingénieur de recherche spécialiste des navettes autonomes.

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La navette autonome : une révolution avortée ?

Depuis le début des années 2010, les navettes autonomes sont annoncées comme la prochaine révolution majeure dans le monde du transport. Seulement voilà, les cas d'échecs sur le territoire français sont désormais nombreux. Le plus emblématique de ces échecs est l'expérimentation dans le quartier de la Défense à Paris des navettes Navya, arrêtées 2 ans après leur lancement en 2019. Olivier Razemon recense dans son enquête un certain nombre de défaillances qui empêchent la navette autonome de devenir un moyen de transport quotidien pour les usagers, dont la lenteur : "Les gens ne la prennent plus parce que c'est très long. Elle s'arrête à chaque fois qu'un piéton passe un peu près. Donc ça prend un temps fou, pour traverser la dalle on met 15 minutes alors qu'à pied on met moins."

Par ailleurs, la navette autonome aujourd'hui n'est pas encore tout à fait autonome, un opérateur est toujours nécessaire à bord pour s'assurer du bon fonctionnement du véhicule. "Il y a toujours un opérateur dans la navette, qui tient des manettes au cas où il faudrait la remettre dans le bon chemin, ce qui peut arriver plusieurs fois par jour." explique Olivier Razemon.

Une succession de problèmes techniques

Pour comprendre pourquoi ces navettes cessent de fonctionner en cas de fortes pluies ou de brouillard, il faut s'intéresser aux capteurs de ces navettes, des capteurs LIDDAR : "Ce sont des capteurs qui sont issus du monde industriel pour faire évoluer des véhicules en entreprise (...). Le problème c'est que ces capteurs étaient prévus pour une utilisation en intérieur, et quand on les utilise en extérieur ils sont soumis à d'autres contraintes. (...) Donc ces capteurs vont être perturbés en cas de forte pluie, de neige, de brouillard, ils vont être très perturbés par les conditions météorologiques." explique l'ingénieur François Marmoiton.

Lors de ces enquêtes, Olivier Razemon a notamment expérimenté des arrêts brutaux de certaines navettes lorsqu'elles sont confrontées à un phénomène aussi prévisible que la chute de feuilles mortes dans un parc. François Marmoiton souligne la sensibilité du système de sécurité pour expliquer cet excès de prudence : "On n'est pas capable aujourd'hui d'avoir suffisamment d'analyse de l'environnement pour ne pas arrêter les véhicules dans des situations simples.". L'avenir des navettes autonomes dépendra ainsi de l'avancée technologique dans les années à venir, mais aussi d'une meilleure prise en compte des besoins des usagers, selon le journaliste Olivier Razemon : "Les concepteurs de ces navettes (...) se disent que c'est moderne mais en fait ils ne pensent pas à l'usager du quotidien."

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