Le groupe Twin Twin, qui représentait la France à l'Eurovision en 2014,  avait fini dernier de la compétition.
Le groupe Twin Twin, qui représentait la France à l'Eurovision en 2014,  avait fini dernier de la compétition.  ©AFP - JONATHAN NACKSTRAND
Le groupe Twin Twin, qui représentait la France à l'Eurovision en 2014, avait fini dernier de la compétition. ©AFP - JONATHAN NACKSTRAND
Le groupe Twin Twin, qui représentait la France à l'Eurovision en 2014, avait fini dernier de la compétition. ©AFP - JONATHAN NACKSTRAND
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Au dernier concours de l'Eurovision, samedi dernier, la France est arrivée 13e avec le duo Madame Monsieur, interprétant le titre "Mercy". La France n'a pas gagné l'Eurovision depuis 1977, comment l'expliquer ?

Je ne sais pas si vous savez, mais arriver 13e à l'Eurovision pour la France ce n'est pas un mauvais score. 12e en 2017, 25e en 2015, la France accumule les contre-performances. Cette année c'est avec le groupe Madame Monsieur. 

Analyse de notre invitée Rebecca Manzoni, productrice de Pop & Co et de Tubes & Co sur la matinale de France Inter. 

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Rebecca Manzoni : La qualité artistique des chansons interprétées au concours de l’Eurovision n’est pas vraiment l’enjeu. Parce que c’est de toutes façons très consensuel, en tout cas dans la musique. Madame Monsieur c’est de la pop passe-partout. L’enjeu est vraiment beaucoup plus dans le texte. « Mercy » raconte la naissance d’une petite fille qui porte ce prénom Mercy, à bord du bateau humanitaire SOS Méditerranée après que sa mère a été sauvée, après avoir fui le Nigéria. Donc c’est politique. Mais même la chanson lauréate est politique, puisque "Toy", par Netta Barzilay, la gagnante israélienne cette année, s’inscrit dans la lignée du mouvement #Me too. Le refrain c’est « Je ne suis pas ton jouet, espèce d’idiot ». 

Certains pays sont solidaires entre eux, les pays d’Europe du nord votent pour l’Europe du nord, les pays de l’est votent pour les pays de l’est. On vote entre copains, ce qui veut dire, pour ce qui nous concerne, qu'on n'a pas de copains, puisque la France n’a pas gagné l’Eurovision depuis 1977. 

Ce qui est intéressant dans l’histoire de l’Eurovision c’est qu’au fond la singularité de chacune des nations représentées s’est de plus en plus effacée, ne serait-ce que par la langue, avec la victoire d'Abba. [...] C’est pendant l’Eurovision que "Waterloo" a été chantée la première fois et c’est dans l’histoire de l’Eurovision la première fois que les lauréats ne chantaient pas dans leur langue, mais en Anglais. A partir de là les singularités linguistiques se sont effacées petit à petit, jusqu’à ce qu’en 1999 soit levée pour chacun des pays l’obligation de chanter dans sa langue. 

Sébastien Tellier est plutôt une figure de la pop branchée or l’Eurovision est plutôt associée à une manifestation ringarde. [...] La ringardise est devenue une espèce de nouvelle esthétique du cool. On constate ça notamment avec Céline Dion. Elle a été l’une des candidates de l’Eurovision, vraiment l'incarnation du prototype de la diva pop. Céline Dion a longtemps été considérée comme ringarde et aujourd’hui  elle est branchée, un peu comme l’Eurovision. [...] La culture branchée s’est réappropriée ce qu’on considérait avant comme ringard, et la ringardise est devenue le signe d’une ouverture d’esprit. 

La bande son de l’eurovision raconte une époque, un moment de la pop mondiale. 

"Superfail", à découvrir chaque vendredi

"Superfail" est notre nouveau podcast "natif", né comme podcast et originaire du numérique, sans passer d’abord par l’antenne hertzienne. C’est Guillaume Erner, le producteur des Matins de France Culture, qui se lance sur cette nouvelle "antenne" numérique : chaque vendredi matin, retrouvez une histoire d'échec, de fail, décryptée avec un invité. Un nouveau programme à part entière à écouter à votre rythme, quand vous le désirez. Et qui a pour ambition d'explorer les possibilités offertes par le média, en termes de ton, d'écriture, de durée...

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Juliette Devaux
Collaboration