En septembre 2019 Massimu Susini était tué, un des deux collectifs anti mafia créés à la fin de l’été 2019 porte son nom ©AFP - Pascal POCHARD-CASABIANCA
En septembre 2019 Massimu Susini était tué, un des deux collectifs anti mafia créés à la fin de l’été 2019 porte son nom ©AFP - Pascal POCHARD-CASABIANCA
En septembre 2019 Massimu Susini était tué, un des deux collectifs anti mafia créés à la fin de l’été 2019 porte son nom ©AFP - Pascal POCHARD-CASABIANCA
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Résumé

Les organisations criminelles en Corse se déploient depuis les années 80 sans que l'Etat français ne parvienne à stopper leur influence. Comment expliquer cet échec de l'Etat sur l'île ?

avec :

Jacques Follorou (Journaliste au service International du « Monde », chargé des questions de sécurité, de renseignement, de terrorisme.).

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L'été pour beaucoup est synonyme de Corse, une île qui peut être un véritable paradis. Mais la Corse est aussi un territoire souvent abordé à la rubrique du grand banditisme et de la mafia. Un territoire que l'on pourrait dire en partie perdu pour la République. Comment expliquer l'échec de l'ordre républicain sur cette île ? Guillaume Erner l'analyse avec le journaliste au Monde, Jacques Follorou, journaliste au service International du Monde, il publie le livre Mafia corse – une île sous influence (Ed. Robert Laffont).

L'emprise de la mafia sur l'île

Depuis les années 80, la "mafia corse" déploie son influence sur l'île et représente aujourd'hui un pouvoir économique majeur. Jacques Follorou revient sur les activités de cette mafia : "Dès qu'il y a sur l'île, une forme de richesse qui apparaît - un contrat, un marché public, la construction d'un centre commercial (...) - il y aura un phénomène de prédation financière.". L'assassinat de Maxime Susini, en 2019, témoignait de cette emprise insidieuse de groupes criminels sur l'île.

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Mais alors comment expliquer que l'Etat ne soit pas venu à bout de ces organisations depuis les années 80 ? Pour Jacques Follorou, l'Etat s'est trompé d'ennemi : "Encore aujourd'hui l'Etat considère que son principal ennemi sur l'île, c'est la revendication nationaliste et la contestation de son autorité.". Or pour le journaliste, ce sont moins les nationalistes que les criminels qui s'attaquent aujourd'hui, à l'autorité étatique.

La "loi sur les repentis" : un outil presque efficace

La "loi sur les repentis" votée en 2004 mais entrée en vigueur en 2014, prévoit que l'Etat français accorde un statut protecteur aux individus souhaitant collaborer avec la justice après avoir fait partie d'une organisation criminelle. Or le législateur considère aujourd'hui que si l'individu en question a participé à une action criminelle impliquant la mort ou l'infirmité définitive d'un individu, il ne peut pas bénéficier de statut. Pour Jacques Follorou, cette décision annule les effets bénéfiques potentiels de la loi  : "Tout le monde peut comprendre que c'est contre-productif. C'est à dire que si vous voulez lutter contre la mafia, il faut au contraire avoir des individus de l'intérieur. Parce que lutter contre la mafia ce n'est pas lutter seulement contre un crime ou un délit, c'est essayer de déconstruire un système."

Un rapport de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille, transmis début 2020 aux autorités étatiques établissait l'importance de l'influence des organisations criminelles sur l'île. Mais malgré ces analyses étayées par des enquêtes de terrain, l'Etat français refuse de reconnaître qu'un système mafieux existe réellement en Corse. "Il y a une inculture du sujet qui est plus globale. On a encore une idée un peu simpliste de la mafia : c'est Corleone, c'est Cosa Nostra. (...) On voit bien qu'il y a une incohérence sur l'analyse des problèmes et donc la réponse à y apporter." explique Jacques Follorou.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Juliette Devaux
Collaboration
Vivien Demeyère
Réalisation