Jean Baumgarten & MiChaël Sebban
Jean Baumgarten & MiChaël Sebban ©Radio France - DR
Jean Baumgarten & MiChaël Sebban ©Radio France - DR
Jean Baumgarten & MiChaël Sebban ©Radio France - DR
Publicité

...

Ce samedi soir 19 mai commence la fête de Chavouot, la « Pentecôte juive ». C’est à la fois une fête agricole qui consacre la nouvelle récolte de blé et une fête historique qui commémore le don de la Tora à Moïse sur le Mont Sinaï.

La tradition veut qu’en ce jour de fête soit organisée une nuit d’étude qui se termine par la prière et la lecture de la Tora qui fait le récit du don de la Loi au Sinaï (chapitre 20 de l’Exode).

Publicité

C’est aussi un jour où est lu le livre de Ruth qui articule quatre thèmes fondamentaux : le blé, la loi, la femme et le messie, dont la généalogie, pour les juifs et les chrétiens, est précisément énoncée à la fin du livre de Ruth.

...

Boquèr tov, ! Cette expression hébraïque est une salutation qui signifie « bon jour », littéralement « bon matin » et de manière plus précise encore, « bon discernement ». Le lever du jour n’est-il pas ce moment où l’on commence à distinguer entre la clarté et l’obscurité ? Moment que tous ceux qui ont traversé cette nuit d’étude de chavouot apprécieront particulièrement ! Ainsi que tous ceux qui se sont associé à cette étude d’une façon ou d’une autres. 

Moment de clarté et de discernement particulièrement urgent en ces temps où le monde n’est pas toujours au meilleur de sa forme. 

Ce moment possède son livre si l’on peut dire, le livre du Zohar, titre dont la traduction en français est rendue par « le livre de la clarté » ou encore le « livre de la splendeur ».

Un livre que mes maîtres de la Yéchiva disaient à la fois merveilleux et dangereux pour les lecteurs non préparés et dont les 20 tomes dans la bibliothèque de la maison d’étude étaient placés si haut sur les étagères que seuls les adultes où les jeunes étudiants très motivés pouvaient atteindre, parfois au risque de périlleuses acrobaties. 

Bien sûr je n’ai pas immédiatement compris toute la profondeur de ce texte mais je fus saisi par sa nouveauté, bouleversé par le souffle et l’étrangeté qui s’en dégageaient et la lumière qui en émanait. Plus par intuition que par raison j’y découvrais une autre manière de penser, de sentir, de voir au-delà des apparences. 

Il y avait là des mots et surtout des jeux de mots qui nourrissaient mon âme d’adolescent en quête d’une spiritualité non alourdie de théologie et de dogmatique. Il y avait là une poésie qui me rappelait ces vers de Victor Hugo que je venais de découvrir et d’apprendre en cours de littérature : 

L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;

Les anges y volaient sans doute obscurément,

Car on voyait passer dans la nuit, par moment,

Quelque chose de bleu qui paraissait une aile…

Le Zohar est empli de mots humbles, de mots fragiles, de mots balbutiants qui offrent au silence un abri d'étoiles filantes, un abri d‘ombre et de lumière, où chante le Nom ineffable.

Poésie des mots et des images qui parlent de l’âme mais aussi du corps, de ses passions, de ses désirs, de ses rencontres et où tous les sens deviennent aussi sensibles que les cordes d’un violon !

Que nous sommes loin de l’appréciation qu’en avaient Diderot et d’Alembert qui écrivaient dans leur encyclopédie de 1765 à la notice Zohar :

« Cet ouvrage contient des explications cabalistiques sur les livres de Moïse : c'est un commentaire presqu'entièrement ridicule et puérile, qui ne consiste qu'en jeux de lettres et de nombres, et en rêveries familières aux rabbins […] et il est étonnant que les chrétiens se soient donné la peine de traduire cet ouvrage en latin ! »

Depuis le XIIIe siècle, le livre du Zohar a passionné des générations de lecteurs, de théologiens, de linguistes, d’historiens, de philosophes et d’écrivains ! 

On le retrouve chez Pic de la Mirandole, on le retrouve en filigrane chez les écrivains et les philosophes, Don Quichotte en serait la réécriture et le Zohar par l’intermédiaire de sa traduction en latin par Christian Knorr von Rosenroth au XVIIe siècle ne fut pas étranger à la formulation des thèses philosophiques de Leibniz. Paul Valéry l’évoque discrètement dans une lettre à Mallarmé où il parle de « Splendeur secrète », et Proust le cite explicitement dans le carnet de 1908. Borges en est le héraut joyeux !

On ne compte plus les études qui lui ont été consacrées et l’université française a pris une part importante dans ses recherches, à la fois dans l’analyse scientifique de ce texte, dans sa traduction et sa publication. On pense bien sûr à Charles Mopsik.

Publication qui est à l’honneur aujourd’hui par l’édition d’un fac-similé de la première édition de ce Zohar de Mantoue 1558. 

Les invités

Michael Sebban est chercheur et président de l'Institut Beit Hazohar: Institut de recherche, de traduction, de publications et d'enseignement autour de la littérature du Zohar et de ses commentaires. 

Jean Baumgarten, Directeur de recherche émérite au CNRS-EHESS, Centre de recherches historiques (CRH.). 

Auteur d’articles et d'‘ouvrages sur la littérature yiddish ancienne, l’histoire du livre juif, l’histoire culturelle du judaïsme ashkénaze et le hassidisme. 

Dernier ouvrage paru : Le petit monde, le corps humain dans la tradition juive, de la Bible aux Lumières, Paris, Albin Michel, 2017.

Transition Musicale

Connu  comme « Juif de Mantoue », Salomone Rossi était violoniste virtuose et  compositeur italien de confession juive actif à la cour ducale de  Mantou, auteur de premiers psaumes polyphoniques en hébreu de l'histoire  de la musique.

Né dans une famille juive de Mantoue où les arts avaient une place de choix, Salomone (Salamone) Rossi  ( de son vrai nom Salomone Me-ha-Adumin  ) s’est vite distingué comme violoniste virtuose et a à ce titre  intègre la chapelle ducale des Gonzague, avec sa sœur Europa, chanteuse,  où il restera pendant trois décennies (1589 – 1628 ).

Pendant plusieurs années, il y travaille sous l’autorité de Monteverdi   (1590-1612) ; il fut également compositeur de musique de circonstance  et d’église pour les besoins de la cour des Gonzague.

Sa trace se perd  vers 1630, probablement lors de l'invasion par les troupes autrichiennes  qui attaquèrent les Gonzague et détruisirent le ghetto juif de Mantoue,  ou à la suite d'une épidémie de peste qui ravageait la région.

Salamone  Rossi a collaboré avec Monteverdi et d’autres compositeurs  contemporains dans son entourage (à l’image des ateliers des peintres ou  sculpteurs de l'époque) sur la composition des œuvres sacrées ou  profanes, vocales ou instrumentales, telles le drame sacré La Maddalena  (aujourd’hui perdu), ou l’intermède L’Idropica, joué au mariage du duc de Mantoue en 1608.

Il  est auteur des madrigaux, canzonettes à trois voix, psaumes et  cantiques en hébreu, mais ses œuvres les plus inspirées restent les  pièces instrumentales : ses recueils Sonate, Sifonie et Gagliarde  reflètent pleinement le « style moderne » du baroque naissant.

Biographie France Musique

La Collection Élie J. Nahmias de la Bibliothèque de l'Alliance Israélite universelle. 

(Interview Jean-Claude Kuperminc, conservateur de la bibliothèque de l'Alliance Israélite Universelle

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

L'édition du Fac-simile de l'édition Princeps de Mantoue 1558.

Le prestigieux livre du Zohar a été imprimé pour la première fois à Mantoue en Italie en 1558. Cette édition a marqué un tournant dans l’histoire de la kabbale et a permis à cette œuvre centrale de la pensée juive, auparavant réservée à quelques initiés, d’être plus largement diffusée. Toutes les éditions ultérieures du Zohar se référeront à cette édition princeps. Il n’en reste aujourd’hui que quelques exemplaires et, pour la première fois, cet ouvrage est aujourd’hui réédité en édition fac-similé.

Page de garde du Zohar de Mantoue 1558
Page de garde du Zohar de Mantoue 1558
© Radio France - DR

L’exemplaire reproduit fait partie de la Collection Élie-J. Nahmias appartenant à la Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle, Paris. Son excellent état de conservation, les annotations manuscrites et la signature du censeur Domenico Hierrosolymitano, ainsi que des notes en marge en font un document unique pour l’histoire de la culture juive.

Il est composé de trois volumes de 528, 560 et 608 pages, comprenant les commentaires de la Genèse (volume 1), de l’Exode (volume 2), du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome (volume ;).

L’édition fac-similé numérotée de cet ouvrage rare et exceptionnel, en trois volumes reliés sous coffret, sera imprimée à Macerata, en Italie, sur papier Fabriano, papetier italien depuis 1264, au format d’origine 24 cm x 18 cm. Édité par les éditions Beit Ha-Zohar, avec la complicité des Éditions de l’éclat.

Date de parution : juin 2018

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Le colloque du 27 mai au Mahj

Musée d'art et d'Histoire du Judaïsme

Les trois volumes du Zohar de Mantoue
Les trois volumes du Zohar de Mantoue
© Radio France - Allaiance Israélite Universelle

Programme du colloque

9 h30-10 h30 : Ouverture

Le legs Elie J. Nahmias de la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle, Paris

Paul Salmona, mahJ
Michael Sebban, Beith Ha-Zohar
Jean Baumgarten, CNRS-EHESS
Jean-Claude Kuperminc, Bibliothèque de l’AIU, Paris

10h 30 - 11h30 : Texte et Contexte du Zohar de Mantoue 

Président de séance : Jean-Claude Kuperminc  

L'édition du Zohar de Mantoue : un grand dessein identitaire
Prof. Giulio Busi, Freie Universität, Berlin  

Le Zohar chez les Chrétiens à la Renaissance
Prof. Saverio Campanini, Université de Bologne; CNRS-IRHT, Paris.

11h 30 - 12h : Discussion

12h-14h : Pause  

14h -15h 30 : Des manuscrits au Zohar imprimé de Mantoue 

Président de séance : Perrine Simon-Nahum

Les manuscrits de l’édition de Mantoue
Prof. Daniel Abrams, Université Bar-Ilan, Israël  

Imprimer le Zohar à Mantoue au XVIe siècle
Jean Baumgarten, CNRS-EHESS, CRH, Paris   

L’héritage zoharique : le Zohar de Mantoue et le problème des « corrections »
Julien Darmon, chercheur indépendant, EHESS, Paris.

15h 30 -16h : Pause

16h -17h 30 : La structure du texte.

Président de séance : Michel Valensi 

Les palimpsestes du Zohar Élie J. Nahmias
Michaël Sebban,Association Beit Hazohar, Paris 

La célébration de mariage : Les derniers enseignements de Rabbi Shimon Bar Yohai
Daniel Matt, Berkeley, California.

17 h 30-18 h : Discussion générale.
 

N.B. Le colloque sera présenté en français et en anglais avec une traduction simultanée. 

Le poème de Robert Desnos cité dans l'émission.

« Demain »  

Âgé de cent mille ans, j’aurais encor la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.  

Robert Desnos, 1942