Enrico Lucca
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Enrico Lucca ©Radio France - DR
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Résumé

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En savoir plus

" Dès la fin de la guerre, en 1945, l’idée que le pur rationalisme des Lumières était insuffisant pour faire face aux défis du siècle se fit jour de divers côtés." 

Le philosophe allemand Ernst Bloch, par exemple, l’auteur du célébrissime Principe Espérance, trouva dans la Bible comme une promesse de l’instauration d’une nouvelle étape des Lumières. Il écrit dans L’athéisme dans le christianisme, La religion de l’Exode et du Royaume :

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« Quand le droit du plus fort, appuyé par la sélection naturelle, remplaça l’évangile de charité, il apparut que ce n’est pas en supprimant indifféremment tout enseignement biblique que l’on fait régner Les Lumières et que les torches de Néron n’en brûlent au fond que mieux » Fin de citation. (Cité par Jean-Claude Eslin, in La Bible, 2000 ans d’histoire, DDB, 2003.)

Cet intérêt renouvelé pour la Bible, intérêt religieux, mais aussi le plus souvent laïc, ne cessa de s’amplifier de décennies en décennies et ceux qui ne furent d’abord qu‘une poignée devinrent légion, chacun choisissant une approche en fonction de ses propres questions. 

Les méthodes se croisèrent, se confrontèrent, et la sagesse biblique trouva une place au cœur de la Cité, loin des églises et des institutions strictement religieuses, non pour imposer un dogme ou une idéologie mais pour rappeler un enseignement qui touche autant la philosophie que la pensée proprement religieuse, à savoir que la loi fondamentale de l’être humain est « la liberté absolue de chacun », le « respect d’autrui », et l’« espérance ». 

Parmi ces pionniers de l’après-guerre citons parmi les plus connus en France Paul Ricoeur et Emmanuel Levinas, auxquels il faut rajouter de manière essentielle la figure majeure d’André Neher, qui comprit très vite que la reconstruction du peuple juif et de l’humanité dans son ensemble ne serait possible, même pour les juifs issus de familles déjudaïsées depuis plusieurs générations, que par l’investissement de la tradition par la connaissance intellectuelle, au-delà ou à côté de la persistance d'une forme d'identité définie par le sens d'un destin commun institué par Auschwitz.

Ce qu’il opéra par un retour à la lecture de la Bible hébraïque selon une nouvelle approche qu’il allait élaborer, affiner, affirmer et dispenser, de cours en cours à l’université de Strasbourg, puis en Israël, de conférences en conférences, de livre en livre, s’entourant de disciples et créant ainsi une œuvre et une école de pensée dont l’actualité ne s’est jamais démentie. 

L’occasion, ces jours-ci, de la publication aux éditions de l’éclat d’un cours qu’il professa dans les années 1960 sous le titre Critique biblique et tradition juive__, va nous permettre, au cours de deux émissions de découvrir ce grand penseur que fut André Neher et d’en explorer les harmoniques intellectuelles et spirituelles et l’importance qu’il garde pour notre temps.

André et Renée Neher en 1947
André et Renée Neher en 1947
© Radio France - DR

L'invité

Enrico Lucca est Docteur en philosophie et spécialiste de la philosophie judéo-allemande. Après une thèse importante sur Gershom Scholem il est aujourd’hui chercheur à l’Institut Simon Dubnov à Leipzig et travaille actuellement à une grande biographie intellectuelle d’Hugo Bergmann, originaire de Prague et ami de Kafka, qui fut l’un des grands professeurs de l’Université Hébraïque de Jérusalem. 

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Livre d'André Neher présenté par Enrico Lucca 

Editions de l'éclat
Editions de l'éclat
© Radio France - DR

Présentation de l'éditeur

" L’exégèse de la parole biblique ne saurait être  confiée à l’intelligence seule, non plus qu’à la foi seule », écrit ici  André Neher. 

Et c’est donc vers une harmonie de la foi et de l’intelligence  que s’oriente sa lecture du texte biblique, comme dans cet important  inédit, retrouvé aux Archives de la Bibliothèque Nationale d’Israël à  Jérusalem et que présente Enrico Lucca, chercheur au Centre Simon Dubnow  de Leipzig.

En retraçant l’histoire de la critique biblique, depuis les  travaux inauguraux de Richard Simon ou de Julius Wellhausen, Neher  revient sur une discussion fondamentale entre la recherche archéologique  et textuelle et le point de vue théologique ou spirituel, avant d’en  venir aux questions que posera la traduction de la Bible, et en  particulier celle conçue par Franz Rosenzweig et Martin Buber.

Ce que  révèle de la Bible son passage dans une autre langue que l’hébreu est  bien, pour Neher, l’essentialité de la langue originale elle-même, qui habite  le texte comme aucune autre langue. Et c’est ce retour à l’hébreu, à la  primauté de l’hébreu qui cristallisera le débat entre critique biblique  et tradition juive et en confirmera l’harmonie paradoxale. 

André Neher (1914-1988) a marqué profondément les études juives en France, depuis Amos. Contribution à l’étude du prophétisme  (1950), jusqu’aux recherches sur le Maharal de Prague et à  l’enseignement qu’il a menés de Strasbourg à Jérusalem, aux côtés de  Renée Neher-Bernheim (1922-2005)."

Remarque : Le livre est disponible sur toutes les plateformes de libraires au nom d'André Neher.

Autres livres d'André Neher dont il a été question pendant l'émission

  • L'exil de la Parole, édition du Seuil, 1970
  • Le puits de L'exil, la théologie dialectique du Maharal de Prague, Albin Michel, 1966
  • Faust et le Maharal de Prague, Le mythe et le réel, PUF, 1987
  • David Gans (1541-1613) disciple du Maharal de Prague, assistant de Tycho Brahé et Jean Kepler, Éditions Klincksieck, 2000
  • Amos, contribution à l'étude du prophétisme, Vrin, 1951
  • Le dur bonheur d'être juif, Entretien avec Victor Malka, Le Centurion, 1978
Références

L'équipe

Alexandra Malka
Réalisation