Maurice Rajsfus au Salon du livre de Toulon (1997) pour "Les Français de la débâcle" (Cherche Midi) ©Getty - Photo by Louis MONIER/Gamma-Rapho via Getty Images
Maurice Rajsfus au Salon du livre de Toulon (1997) pour "Les Français de la débâcle" (Cherche Midi) ©Getty - Photo by Louis MONIER/Gamma-Rapho via Getty Images
Maurice Rajsfus au Salon du livre de Toulon (1997) pour "Les Français de la débâcle" (Cherche Midi) ©Getty - Photo by Louis MONIER/Gamma-Rapho via Getty Images
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Résumé

Rescapé de la rafle du Vel d'Hiv' à 14 ans, Maurice Rajsfus fut historien et militant presque malgré lui. Antifasciste infatigable, il archiva les violences policières en France des années sombres de la Collaboration jusqu'à sa mort en 2020.

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Une enfance arrêtée par les rafles de Vichy

Fils d’immigrés juifs polonais, Maurice Rajsfus nait le 9 avril 1928 à Paris. Il passe une enfance plutôt tranquille en banlieue parisienne, bien que modeste. Ses parents, ayant fui à la fois l’antisémitisme et un carcan familial trop traditionnel, vendent des chaussettes sur le marché d’Aubervilliers. Ils lui transmettent une culture politique et des valeurs socialistes : petit, il assiste avec eux aux manifestations massives de 1936 et passe ses vacances à la Colonie des Vacances Populaires Enfantines, un centre de loisirs communiste à l’Ile de Ré.

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C’est la rafle du Vel d’Hiv’, en juillet 1942, qui fait basculer la vie de la famille. Un voisin de palier, policier de son métier, vient les arrêter, lui, ses parents et sa sœur Jenny, de trois ans son aînée. Maurice sera relâché avec sa sœur à la suite d'un ordre aléatoire excluant les enfants juifs français de 14 à 16 ans de la rafle. Ils ne reverront jamais leurs parents.

Infatigable militant et auteur compulsif

Maurice Rajsfus n’a jamais oublié. De cette expérience du nazisme - et de la police de Vichy, celle qui est venue les arrêter, lui et sa famille - il garde une solide aversion pour les forces de l’ordre et tout ce qui s’en approche.

Dès la Libération, il milite au sein de plusieurs organisations. Électron libre, il navigue toute sa vie dans les sphères militantes, tout en cultivant une indépendance totale. Comme il aimait à le répéter, pour être un révolutionnaire, “il faut bosser avec les autres”. Alors, de cette conviction centrale, il se compose une existence de luttes : contre la guerre d’Algérie, pour la Palestine, contre les violences policières et racistes… Résolument antifasciste et anticolonialiste, il fut aussi un journaliste chevronné et un auteur prolifique. Il a monté des collectifs, tenu plusieurs bulletins d’information et rédigé près de 60 ouvrages.

Carte postale envoyée à Maurice Rajsfus par un de ses oncles du Camp de Pithiviers
Carte postale envoyée à Maurice Rajsfus par un de ses oncles du Camp de Pithiviers
- "La Contemporaine", Fonds Maurice Rajsfus

Un historien non-académique, en dehors des institutions traditionnelles

Surtout : il se lance, après Mai-68, dans un archivage consciencieux, toujours sourcé, de l’actualité sociale et politique de son temps. Tous les jours, il relève dans la presse une brève signifiante ou un article qui l’intéresse. Il la découpe, la colle sur une fiche bristol et inscrit dessus la source, la date, une petite annotation. Il conserve le tout dans des fichiers précieusement rangés chez lui : grèves, crimes policiers, mobilisations… Ayant quitté brutalement l’école à quatorze ans, Maurice Rajsfus s’invente une méthodologie singulière et non-académique et constitue ainsi une œuvre historique d’une richesse rare sur des épisodes peu étudiés de l’histoire récente, une sorte de chronique par en bas de son époque, construite comme un rempart contre les dangers de “l’histoire officielle”. Au roman national, il opposait son travail de fourmi : “Et qu’on ne vienne pas me dire que j’ai inventé quoi que ce soit !”.

Un des fichiers de Maurice Rajsfus, conservé à la bibliothèque-musée "La Contemporaine" (Nanterre)
Un des fichiers de Maurice Rajsfus, conservé à la bibliothèque-musée "La Contemporaine" (Nanterre)
- "La Contemporaine", Fonds Maurice Rajsfus

Pour en parler

  • Franck Veyron, conservateur, directeur du département des archives à La Contemporaine (Nanterre)
  • Marc Plocki, fils de Maurice Rajsfus
  • Ludivine Bantigny, historienne, maîtresse de conférence en histoire contemporaine
  • Samia Messaoudi, journaliste, éditrice, militante
  • Emmanuel Blanchard, historien, politiste
  • Jenny Plocki, sœur de Maurice Rajsfus
  • Ramata Dieng, militante contre les violences policières

Lectures des textes (extraits) par Guillaume Pottier

Poème Tentatives d’épuisement de la rime en hic par Levon Aradian, Cheval Bertrand, Claudie et Maurice Plocki (1953) - Une enfance laïque et républicaine, Maurice Rajsfus (Manya, 1992) - Manifeste du bulletin d’information Que fait la police ? (1994) - Journal Discordant. Fin de millénaire, Maurice Rajsfus (Dagorno, 2001) - Les silences de la police. 16 Juillet 1942-17 Octobre 1961, Maurice Rajsfus et Jean Luc Einaudi (L'Esprit Frappeur, 2001).

Manuscrit du poème "Tentatives pour un épuisement de la Rime en hic" (1953. Première page)
Manuscrit du poème "Tentatives pour un épuisement de la Rime en hic" (1953. Première page)
- Levon Aradian, Cheval Bertrand, Claudie et Maurice Plocki

Bibliographie sélective

  • Collection "Maurice Rajsfus", avec l'Association des ami•e•s de Maurice Rajsfus. Parmi les ouvrages disponibles, 1953, un 14 juillet sanglant (éditions du Détour, 2021). Préface de Ludivine Bantigny, postface de Jean-Luc Einaudi

Archives Ina

La Répression dans Histoires d'écoutes (France Culture) -Témoignage d'un fils de déporté, 20 heures le journal (A2 / France 2) - Maurice Rajsfus dans Pentimento (France Inter, 22.03.1992) - Mort d'un zairois abattu par un policier : réaction de Fodé Sylla, président de SOS-Racisme, Inter actualités de 07H00 (France Inter, 08.04.1993) - Rafle du Vel d'hiv, 19/20 Paris Ile de France, Actualités régionales Ile de France – Là-bas, si j'y suis (France Inter, 10.10.1994) - Radios libres - radio beur, avec le journaliste Rachid Arhab, dans Actualités régionales Ile de France (22.07.1982).

Maurice Rajsfus, dans "Synergie", raconte son histoire (France Inter, 17.04.1991)

2 min

Archives diverses

Extraits du film documentaire L'an prochain la révolution de Frédéric Goldbronn (Cauri Films, Télé Bocal, 2010) - Entretien avec Maurice Rajsfus réalisé par le podcast Sortir du capitalisme (2016) - Hommage à Maurice Rajsfus par Ramata Dieng et Marc Plocki lors d'une manifestation en mémoire de la mort de Lamine Dieng, le 20 juin 2020 à Paris. Captée par l'actualité des luttes, émission radio FPP - Extrait de l'entretien Jenny Plocki, 95 ans, et les rafles : "pour moi, les flics c'est les flics ! par le média en ligne Arrêt sur Images - Génériques des émissions Les oreilles loin du Front et L'actualité des luttes de la radio parisienne Fréquence Paris Plurielle (FPP, 106.3 FM)

Étoile jaune de Maurice Rajsfus et carte postale envoyée par un de ses oncles du Camp de Pithiviers
Étoile jaune de Maurice Rajsfus et carte postale envoyée par un de ses oncles du Camp de Pithiviers
- "La Contemporaine", Fonds Maurice Rajsfus

Générique

Un documentaire de Clara Menais, réalisé par Nathalie Salles. Prise de son, Arthur Gerbault et Dhofar Guerid.  Mixage, Sébastien Royer. Documentation Ina, Emmanuelle Luccioni. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France. Page web, Sylvia Favre.

Musique

Sarah Gorby, Un enfant de Pologne / Ma mère est partie - BOF Mr Klein - Erik Satie, 3 morceaux en forme de poire – Laskri,  Ikhwani le tensaw chouhada - Cheikha Tetma,  EL achiya - Georges Moustaki, Sans la nommer / Ma liberté - Dominique Grange, À bas l’état policier - Dansons avec les travailleurs immigrés : Versailles - Sonia Wieder-Atherton, Chants juifs pour violoncelle et piano "Elégie"

Bonus

Rafle dite "du billet vert" racontée par la sœur -Jenny- et le fils -Marc Plocki- de Maurice Rajsfus

3 min

Le 14 mai 1941, 6 694 hommes juifs étrangers, pour la plupart Polonais, reçoivent une convocation les sommant de se présenter au commissariat. Plus de la moitié, soucieux d’être dans la légalité depuis la promulgation du statut des Juifs de France en octobre 1940, y répondent. Ils seront envoyés par la police française dans les camps de transit du Loiret, avant d’être assassinés à Auschwitz : c’est la rafle dite “du billet vert”, première déportation de masse du régime de Vichy. Parmi eux, deux oncles de Maurice Rajsfus, dont un lui enverra une carte postale depuis l’intérieur du camp de Pithiviers pour son quatorzième anniversaire, en avril 1942.

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