Pier Paolo Pasolini et l'actrice Laura Betti présentent le film "Accattone" (29.03.1962)
Pier Paolo Pasolini et l'actrice Laura Betti présentent le film "Accattone" (29.03.1962) ©Getty - Photo by Keystone-France/Gamma-Rapho via Getty Images
Pier Paolo Pasolini et l'actrice Laura Betti présentent le film "Accattone" (29.03.1962) ©Getty - Photo by Keystone-France/Gamma-Rapho via Getty Images
Pier Paolo Pasolini et l'actrice Laura Betti présentent le film "Accattone" (29.03.1962) ©Getty - Photo by Keystone-France/Gamma-Rapho via Getty Images
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Célébré pour la singularité de son œuvre cinématographique, Pier Paolo Pasolini était aussi un polygraphe qui intervenait sans relâche par le texte et l'image pour rendre visible la violence de son monde contemporain.

Le 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini est retrouvé battu à mort sur une plage d’Ostie. Fait divers sulfureux et affaire criminelle irrésolue, sa fin le fait connaître en dehors de l’Italie comme jamais. Elle oriente aussi l’imaginaire lié au personnage : poète et cinéaste maudit, quinquagénaire homosexuel en prise avec ses désirs illicites qui ont fini par avoir sa peau. Pourtant Pasolini n’est pas un marginal, loin de là. Intellectuel médiatique, il est lu et réputé pour ses critiques littéraires et cinématographiques avant même de passer derrière la caméra à quarante ans passés. Son assassinat l’enferme dans le cliché d’un homme solitaire ce qu’il n’est pas non plus. Ses nombreuses amitiés font tout autant partie de sa vie et de son œuvre, des amitiés entretenues, des collaborations nombreuses avec entre autres Fellini, Bertolucci et bien sûr Moravia. Au moment de sa mort, il dénonçait avec la plus grande verve dans la presse les collusions entre la mafia et la démocratie chrétienne, une inimitié avec le pouvoir en place qu’il avait fini par payer cher même après sa mort : le procès de son assassin se transforme en procès de la victime, c’est Pasolini que l’on jugera et mal. Parce que l’affaire est politique dans une cruelle fidélité à son regard sur le monde : Pasolini faisait de la politique et parlait de politique dans tous les arts qu’il a fréquentés et ils étaient nombreux.

Une pensée politique originale, parfois indéchiffrable voir incompréhensible tant lui qui prônait l’émancipation avait réussi à se mettre à dos les féministes et les étudiants révoltés de Mai qui l’attendaient pourtant à leurs côtés.

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Rome (10-01-1962) : Pasolini sur le tournage de "La Ricotta"
Rome (10-01-1962) : Pasolini sur le tournage de "La Ricotta"
© Getty - Bettmann

Si son œuvre cinématographique fait date, elle n’est pas d’un abord facile, la violence, les scènes d’humiliation insoutenables de Salo, son tout dernier film sorti en salles après sa mort mais censuré en Italie, la recherche d’une rédemption des oubliés de l’histoire esquissent le tableau d’une humanité ténébreuse et torturée mais bien vivante mâtinée d’un christianisme où voisine Marx, Freud et Jésus.

Archive Ina :

À propos de "Théorème" par Jean-Louis Bory et Georges Charensol, "Le Masque et la Plume" (1969)

4 min

45 min

Pour en parler

  • Hervé Joubert-Laurencin, professeur en études cinématographiques à l'université de Paris Nanterre, codirecteur du département des arts du spectacle et de l'unité de recherches "HAR", traducteur et spécialiste de l’œuvre de Pier Paolo Pasolini
  • René de Ceccatty, romancier, éditeur et essayiste, traducteur et spécialiste de Pier Paolo Pasolini
  • Melinda Toën, auteure d’une thèse sur la présence de l’histoire dans l’œuvre de Pier Paolo Pasolini

Bibliographie

Par Hervé Joubert-Laurencin

Par René de Ceccaty :

Par Melinda Toën :  Pasolini : l'enragé de l'histoire (Laborintus, 2017)

Archives Ina principales : Pasolini à propos de Salo, Dix de der (A2, 08.11.1975) - Pasolini l'enragé, Cinéastes de notre temps (ORTF, 15.11.1966) - Pasolini le contesté, Variances (ORTF, 10.11.1969)

Avec des extraits de ses films : Accattone, Mamma Roma, Salo ou les 120 journées de Sodome, Théorème...

Archive Ina :

Pasolini au micro de Monique Berger dans "Rendez-vous à cinq heures" (1965)

2 min

Générique

Un documentaire d'Anaïs Kien, réalisé par Angélique Tibau. Prise de son, Gilles Gallinaro. Archives Ina, Delphine André. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France. Page web, Sylvia Favre.

Pour en savoir plus

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Actualité :

Pier Paolo Pasolini aurait cent ans, le samedi 5 mars à partir de minuit, un programme d’archives à l'occasion du centenaire de sa naissance. À retrouver ici et sur la page Les nuits de France Culture

51 min