Sophocle, copie romaine d'un original grec. Musée Ny Carlsberg Glyptothek, Copenhague.
Sophocle, copie romaine d'un original grec. Musée Ny Carlsberg Glyptothek, Copenhague.
Sophocle, copie romaine d'un original grec. Musée Ny Carlsberg Glyptothek, Copenhague.  - Wikimedia Commons - Wolfgang Sauber
Sophocle, copie romaine d'un original grec. Musée Ny Carlsberg Glyptothek, Copenhague. - Wikimedia Commons - Wolfgang Sauber
Sophocle, copie romaine d'un original grec. Musée Ny Carlsberg Glyptothek, Copenhague. - Wikimedia Commons - Wolfgang Sauber
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Résumé

Alors qu’il approche l’âge exceptionnel de 90 ans et compose l’une de ses toute dernières œuvres, Sophocle fait revivre le lieu de son enfance : Colone. Le vieil Œdipe aveugle et réprouvé, escorté par sa fille Antigone, vient y chercher asile, s’attirer la grâce des dieux et y mourir en paix.

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Œdipe à Colone, mise en scène à titre posthume en -401, c’est alors Sophocle lui-même retournant dans son pays natal pour lui rendre hommage, au crépuscule de sa vie, après les vicissitudes innombrables d’une vie mouvementée, emportée dans les remous de l’Histoire qui frappa la brillante cité d’Athènes dont il fut l’une des figures éminentes. 

Sophocle, à la différence de ses rivaux Eschyle et Euripide, ne fut pas seulement cet homme de théâtre de modeste origine dont la carrière triomphale commença en -468, et dont l’œuvre connut le plus grand nombre de victoires aux concours annuels des Dionysies. Si sa vie, assez mal documentée, fut ponctuée par la rédaction d’au moins 123 pièces dont 7 seulement nous sont parvenues, on sait moins que Sophocle fut aussi un citoyen engagé dans la vie politique et intellectuelle de son époque, mais aussi dans les moments les plus symboliques de l’histoire d’Athènes, de son apogée à sa disgrâce, en l’espace d’à peine un siècle – le siècle de ce qu’on appela le miracle grec, celui du grand Périclès. 

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"Œdipe à Colone" (1798), huile sur toile de Fulchran-Jean Harriet (1776 - 1805), sise au Cleveland Museum of Art (Ohio. USA)
"Œdipe à Colone" (1798), huile sur toile de Fulchran-Jean Harriet (1776 - 1805), sise au Cleveland Museum of Art (Ohio. USA)
- Domaine public - Wikimedia Commons

En effet, il avait déjà atteint la cinquantaine lorsqu’il exerça sa première charge publique : hélletomane, c’est-à-dire trésorier des Grecs, charge délicate créée lors de la formation de l’empire athénien à l’issue de la victoire massive de Salamine, en -480. Qu’est-ce qui le propulse à cette fonction si ingrate ? Cinq ans plus tard, en -441, alors qu’il a déjà composé Ajax et Antigone, Périclès le désigne comme son premier stratège lors de l’expédition d’Athènes contre la puissante île de Samos révoltée. Pourquoi lui ? On raconte que ce sont ses connaissances des stratégies de l’amour qui dictèrent ce choix... De même, en -431, année de la mise en scène d’Œdipe Roi, la terrible Guerre du Péloponnèse est engagée, Sophocle en établit la stratégie. Quelques années plus tard, c’est au milieu des ravages causés par la terrible peste qui frappe Athènes – épidémie évoquée dans Œdipe Roi – qu’il compose son Electre. Par ailleurs, en -411, pourquoi ce fervent défenseur de la démocratie participe-t-il à l’établissement du régime oligarchique, dit des Quatre-Cent ? Et pourquoi soutient-il le retour du fougueux Alcibiade, ennemi juré de son mentor Périclès ? Parallèlement, on sait qu’il était au fait des controverses qui agitaient le monde intellectuel, qu’il battit le fer avec les Sophistes, s’engagea opiniâtrement dans les débats sur le droit, la justice, la famille, la religion. Ne fut-il pas, d’ailleurs, à l’origine aussi de l’instauration d’un nouveau culte dédié à Asclepios ? Aussi, en tant que dramaturge triomphant, quelle est sa particularité à l’égard de ce genre récent qu’est la tragédie ? Qu’est-ce qui le distingue de ses contemporains connus, en quoi compte-t-il ?

Une statue d’Asclepios au Glyptothèque Ny Carlsberg (Copenhague, Danemark)
Une statue d’Asclepios au Glyptothèque Ny Carlsberg (Copenhague, Danemark)
- CC BY-SA 3.0 – Wikimedia Commons - Nina Aldin Thune

Intervenants

Un documentaire d’Alexandre Breton et Yvon Croizier. Archives INA, Christelle Rousseau. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France.

Sébastien Norblin (1796-1884), Antigone donnant la sépulture à Polynice (1825). École nationale supérieure des beaux-arts (Paris)
Sébastien Norblin (1796-1884), Antigone donnant la sépulture à Polynice (1825). École nationale supérieure des beaux-arts (Paris)
- CC BY-SA 3.0 – Commons - VladoubidoOo

Bibliographie

Œdipe (à droite), le sphinx (au centre) et Hermès (à gauche). Stamnos attique à figures rouges, v. 440 av. J.-C. Attribué au Peintre de Ménélas
Œdipe (à droite), le sphinx (au centre) et Hermès (à gauche). Stamnos attique à figures rouges, v. 440 av. J.-C. Attribué au Peintre de Ménélas
- CC BY 3.0 – Wikimedia Commons - Jastrow

À lire aussi : Antigone ou le grand non

Lectures (extraits) par Virginie Di Ricci, actrice et dramaturge : Antigone (trad. Florence Dupont) - Antigone (trad. Friedrich Hölderlin) - Ajax (trad. Paul Mazon) - Œdipe roi (trad. Jean Bollack)

Archive INA : Dans "Heure de culture française" (Chaîne nationale, 20.01.1949), "Histoire du théâtre : Naissance de la tragédie grecque. Sophocle". INA

4 min

Merci à Vincent Azoulay, Sandrine Clauzure, Julien Gaillard, Jacques Jouanna et William Marx.

Sophocle, c’est le deuxième après Eschyle avant Euripide. On dit que c’est le meilleur, c’est le sommet… C’est un personnage fabuleux qui a fait des tragédies qui étaient "bien-aimées des Dieux", disait-on. C’est pour ça qu’il a été héroïsé à sa mort. Pierre Judet de la Combe, philologue

Musique : Igor Stravinsky, Oedipus rex - Ildebrando Pizzetti, Prélude symphonique pour l’Oedipe roi de Sophocle - Carl Orff, Antigonae - Felix Mendelssohn-Bartholdy, Antigone opus 55.

Buste de Sophocle (Ve siècle ?), Den fjättrade ankan - Buste d'Eschyle (Ve siècle), musée du Capitole - Buste d'Euripide (vers 330), Gunnar Bach Pedersen
Buste de Sophocle (Ve siècle ?), Den fjättrade ankan - Buste d'Eschyle (Ve siècle), musée du Capitole - Buste d'Euripide (vers 330), Gunnar Bach Pedersen
- Domaine public - Wikimedia Commons

Pour aller plus loin

Qu’est-ce qu’il cherchait à faire ? Qu’est-ce qu’il voulait faire ? Ce qui est frappant, c’est que les gens qui sont les artisans du théâtre sont toujours fascinés. Ils y reconnaissent un vrai collègue, un homme de métier qui a réfléchi sur qu’est-ce que c’est que parler, bouger sur scène, faire parler un groupe, un chœur avec la musique, etc. Donc là, ils reconnaissent quelqu’un du métier. Parce que c’est comme ça qu’il faut d’abord le prendre. Pierre Judet de la Combe, philologue

À réécouter : "Une lecture de Electre, Hommage à Jean Bollack" par Alexandre Breton

Références

L'équipe

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Production
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Coordination
Sylvia Favre
Collaboration