Photo prise dans les années 1960 de l'écrivain japonais Yukio Mishima (1925-1970)
Photo prise dans les années 1960 de l'écrivain japonais Yukio Mishima (1925-1970) ©AFP - STF / AFP
Photo prise dans les années 1960 de l'écrivain japonais Yukio Mishima (1925-1970) ©AFP - STF / AFP
Photo prise dans les années 1960 de l'écrivain japonais Yukio Mishima (1925-1970) ©AFP - STF / AFP
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25 novembre 1970 : Yukio Mishima, écrivain iconoclaste japonais âgé de 45 ans, met en scène sa propre mort : Alors qu’il s’apprête à quitter le monde, il livre à son éditeur "La mer de la fertilité", véritable testament littéraire et spirituel de cet auteur tourmenté, fasciné par la mort rituelle.

La mer de la fertilité (1970) est une tétralogie écrite par Yukio Mishima entre 1965 et 1970 (Neige de printemps, Chevaux échappés, Le Temple de l'aube, L'Ange en décomposition).

Illustration de couverture de la seconde édition française : Hatsuhana faisant pénitence sous la cascade de Tonosawa. Estampe sur bois de Kuniyoshi Utagawa (autour de 1841-1842)
Illustration de couverture de la seconde édition française : Hatsuhana faisant pénitence sous la cascade de Tonosawa. Estampe sur bois de Kuniyoshi Utagawa (autour de 1841-1842)
- Domaine public - Wikipédia - Utagawa Kuniyoshi

25 novembre 1970, dans la matinée : Il se rend au ministère des Armée, escorté par quatre de ces disciples. Ils montent au deuxième étage de l’École militaire du quartier général des Forces japonaises d’autodéfense. Mishima se précipite dans le bureau du chef de l'état-major. De la fenêtre, il s’adresse aux troupes, déplorant la décadence d’un Japon devenu faible, pacifiste et individualiste, un Japon auquel il veut rendre ses traditions, son empereur et sa splendeur. 

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Êtes-vous des hommes ? Des hommes de guerre ? Est-ce qu’un seul parmi vous se lèvera avec moi ? C’est quoi défendre le Japon ? C’est défendre l’empereur au cœur de l’histoire et de la culture traditionnelle. Yukio Mishima

"Le samouraï vaincu, en se faisant seppuku, renverse sa défaite en victoire". Yukio Mishima (en haut au centre) se suicidera par "Hara-kiri" un peu après s'être tenu devant les soldats des Forces japonaises d'autodéfense (25.11.1970)
"Le samouraï vaincu, en se faisant seppuku, renverse sa défaite en victoire". Yukio Mishima (en haut au centre) se suicidera par "Hara-kiri" un peu après s'être tenu devant les soldats des Forces japonaises d'autodéfense (25.11.1970)
© AFP - STF / UPI / AFP

Près de 800 soldats l’écoutent avant de conspuer ce chantre d’un Japon qui n’est plus, disparu dans le cataclysme atomique, celui qui avait fait la gloire du samouraï et de son code d’honneur définissant les principes moraux du guerrier, le bushido :

Les Occidentaux regardent avec étonnement le Japon qui leur ressemble apparemment comme un frère, bien qu’à force d’extrême ressemblance, ce frère soit transparent et inaccessible. Seul l’invisible est japonais, écrivait cet adepte du Yamato, l’esprit fondateur, l’essence même du Japon. Le samouraï vaincu, en se faisant seppuku, renverse sa défaite en victoire. Yukio Mishima

Il est hué.

Archives INA : Dominique Aury, traductrice de Mishima et présidente du Prix international de littérature 1967, défend les nouvelles de Mishima "La Mort en été" et "Le Marin rejeté par la mer" (04.05.1967)

3 min

12.10 : Mishima se retire dans une pièce du bâtiment accompagné de quelques fidèles pour se suicider à la façon de ses samouraïs selon un rituel parfaitement orchestré, le fameux seppuku : Il s’assoit, déboutonne sa tunique, s'ouvre le ventre avant que son disciple ne le décapite. Par ce geste théâtral, l'écrivain entendait se délivrer d'un Japon qu'il jugeait avili, et moribond. Mais son sabordage avait aussi un autre sens : C'était comme une signature de sang qu'il déposait à la dernière page d'une œuvre complexe et variée depuis Confessions d'un masque (1949 au Japon - Gallimard, 1972), l'un de ses premiers ouvrages. 

La mort de Mishima est son œuvre la plus soigneusement préparée dira Marguerite Yourcenar en1981 dans l’émission Apostrophes à l’occasion de la parution de son essai Mishima ou La vision du vide (Gallimard, 1981). 

Cet homme nostalgique, avec son goût du vertige et de l'absolu, son amour des corps vierges et des âmes chevaleresques, sa quête effrénée des horizons perdus laisse une œuvre considérable qui raconte sans aucun doute la recherche d’une pureté illusoire et la laideur du monde.

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Intervenants 

  • Pierre-François Souyri, professeur honoraire à l’université de Genève spécialiste de l’histoire du Japon
  • Fausto Fasulo, rédacteur en chef des magazines Mad Movies et ATOM
  • Tadao Takemoto, écrivain, spécialiste et traducteur de Malraux au Japon et vieil ami de Mishima
  • Dominique Palmé, traductrice de Mishima chez Gallimard, spécialiste de littérature japonaise et de littérature comparée
  • Julien Peltier, spécialiste des samouraïs, auteur de plusieurs articles parus sur Internet et dans la presse spécialisée, en particulier les magazines Guerres & Histoire (Sciences & Vie) et Actualité de l'Histoire. Il anime également des conférences consacrées aux grands conflits de l'histoire du Japon
  • Thomas Garcin, Maître de conférences à l’Université Paris 7 - Diderot, spécialiste de Mishima et de littérature japonaise
  • Stéphane du Mesnildot, critique de cinéma, et spécialiste du cinéma japonais

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Un documentaire d'Alain Lewkowicz, réalisé par Marie-Laure Ciboulet. Prise de son, Philippe Mersher ; mixage, Eric Boisset. Archives INA, Sandra Escamez. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France et Hélène Fabbrini, stagiaire.

Lectures de textes (tous écrits par Mishima) : Barbara Carlotti - Textes lus (extraits) : Patriotisme. Rites d’amour et de mort (film de et avec Yukio Mishima, 1965. À partir de Yūkoku, nouvelle parue en 1961)- Confessions d’un masque - Le Lézard noir - La Mer de la fertilité.

Archives INA : Ivan Morris et Tadao Takemoto - Flash info annonçant la mort de Mishima le 25 novembre 1970 - Voix de Mishima (1966).

Extraits de films : Mishima de Paul Schrader (1985) - Le Lézard noir de Kinji Kukasaku (1968) - Extrait du discours de Mishima juste avant son seppuku, le 25 novembre 1970.

Bibliographie

Yukio Mishima dans une photo le montrant en martyr de Saint Sébastien
Yukio Mishima dans une photo le montrant en martyr de Saint Sébastien
© AFP - AFP PHOTO/TORU YAMANAKA

Ouvrages de Julien Peltier

Vidéos

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L'équipe

Anaïs Kien
Anaïs Kien
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Production
Christine Bernard
Christine Bernard
Christine Bernard
Coordination
Marie-Laure Ciboulet
Réalisation
Sylvia Favre-Steyaert
Collaboration
Alain Lewkowicz
Production déléguée