L'écrivain nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986 ©AFP - KOLA SULAIMON / AFP
L'écrivain nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986 ©AFP - KOLA SULAIMON / AFP
L'écrivain nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986 ©AFP - KOLA SULAIMON / AFP
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Résumé

Chronique de sa détention dans les prisons nigérianes entre 1967 et 1969, au moment de la Guerre du Biafra, récit d’indignation, d’humiliation, de désintégration mais aussi de détermination, "Cet homme est mort", publié en 1972, valut à Wole Soyinka l’exil au Royaume-Uni, puis au Ghana.

avec :

Jean-Michel Martial (Président du CREFOM, comédien).

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Cet homme est mort rassemble des notes de prison publiées en 1972 par Wole Soyinka, arrêté, mis au secret pendant quinze mois et incarcéré pendant dix-huit, pendant la guerre du Biafra, entre 1967 et 1969. C’est un récit d’indignation, d’humiliation, de désintégration mais aussi de détermination. A bout de forces, le corps est prêt à craquer mais l’esprit veille et ramène l'écrivain prisonnier à la question de son innocence : "Le problème n’était pas de savoir si je pouvais ou non supporter tout cela. Le problème était de savoir pourquoi je devais le supporter." Cet homme est mort est également un impressionnant exemple de ces rites de passage auxquels Wole Soyinka se soumet régulièrement pour retrouver son africanité ou, plus simplement, son humanité menacée. 

POURQUOI ? MAIS POURQUOI ? N’es-tu pas maître de l’environnement ? Ne t’ai-je pas couronné roi de la solitude ?    
Maîtrise-toi. Maîtrise-toi. Aspire. Expire. Ne laisse aucun autre son t’échapper. Tiens-toi aux deux barreaux parallèles de la porte, ce signe de l’équation des sciences ésotériques qui t’occupent. Deux barreaux, une équation. Maintenant équilibre le ciel par la terre et la terre par le ciel. Tiens-les ferme, mais tais-toi ! Touche le fer et fourre-le dans ton âme. Maintiens-le là.    
Mais quand es-tu arrivé à la porte ?    
La terre. La terre. Assieds-toi sur le sol. La couverture. Si seulement il faisait moins froid. L’oreiller alors, assieds-toi sur l’oreiller pour protéger tes chevilles, enveloppe-toi dans la couverture. Respire. Détaille tous les objets en commençant par la brosse à dents sur le rebord. A quoi sert-elle ? Et le savon ? Compte les barreaux un à un en oubliant le signe de l’équation. Non, par le nez, ne respire que par le nez. Ne halète pas, tu n’as pas couru, il n y a guère de place pour cela ici. Ne laisse pas entrer les démons. Maintenant vide ton esprit. Ancre-toi.    
En cette nuit d’harmattan glacé je suis inondé de sueur. Peut-être est-il préférable, après tout, de rester au lit, à plat. Une plus grande surface touche la terre, Les bras à plat, les talons enfoncés dans les morceaux de kapok, j’attends l’instant relâché de cet assaut, rassemblant mes forces dans les moments de lucidité. Comment décrire la chose ? Cela devient un rythme, un mouvement de flux et de reflux, de désordre et de clarté. L’attaque féroce des meutes de loups puis le bref refuge sous un surplomb. Les doigts agrippés au-dessus du précipice faiblissent dans une nausée. La longue chute dans le vide, une immobilité stupide au centre de la succion. Une fois je suis demeuré collé à la paroi verticale d’une falaise où rien ne me retenait que la force qui m’y avait d’abord élevé. Quand ? Je suis incapable de le dire. Patelle maintenue en place par la distribution des forces la plus également sinistre, rien ne la décollerait, il n’y avait pas d’espace pour insérer le coin de la rationalité. Le lavage de chaque marée en diminuait l’épaisseur et la largeur. Patiemment l’érosion des eaux la réduisit à une plaque sensible. Est-ce là ma radio sur le schiste ? Débris insaisissables qui s’attardent, rognures d’intuition.

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Wole Soyinka, Cet homme est mort, Belfond, 1986 (traduit de l'anglais (Nigéria) par Etienne Galle)

  • Texte lu par Jean-Michel Martial
  • Réalisation : Jean-Matthieu Zahnd
  • Equipe de réalisation : Jehan Richard Dufour et Eric Villenfin
  • Assistante à la réalisation : Chloé Mauduy
Références

L'équipe

Etienne Vallès
Réalisation
Jean-Matthieu Zahnd
Réalisation
Michel Sidoroff
Réalisation