Les "communs numériques", un monde de partage

Les "communs numériques" sont un monde de partage et d'échange ©Getty - andresr
Les "communs numériques" sont un monde de partage et d'échange ©Getty - andresr
Les "communs numériques" sont un monde de partage et d'échange ©Getty - andresr
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Les "communs numériques" sont l'antithèse même des GAFAM. Ces ressources partagées — dont les éléments les plus visibles sont Linux, Wikipédia et les licences Creative Commons — sont toutes conçues avec la même philosophie : favoriser le partage culturel sans enrichissement individuel.

Les "communs numériques", c'est le miroir inversé de ma chronique de début de semaine sur  les innovations à gogo du CES de Las Vegas qui s’achève aujourd’hui, un salon qui incarne le temple du capitalisme numérique.

À l’autre bout du spectre, les communs numériques se sont constituées en réaction à des formes de privatisation et à la marchandisation des savoirs et des connaissances. Si on parle de plus en plus des communs pour désigner des ressources partagées et maintenues par une collectivité, comme les rivières ou les forêts, il existe également des communs numériques.

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L’une des figures apparentées à ce mouvement protéiforme, c'est le programmeur et militant américain Richard Stallman qui, dès le début des années 80, va développer le free software, le logiciel libre. Il le considère comme un bien informationnel sur lequel les utilisateurs ont certains droits. Pour mieux faire comprendre sa philosophie, il va même reprendre notre devise républicaine : Liberté garantie aux utilisateurs, Égalité pour que tous disposent de ces mêmes libertés et Fraternité pour encourager chaque utilisateur à coopérer au sein de la communauté.

Le système d’exploitation open source Linux en sera une émanation, ce qui ne va pas du tout plaire au patron de Microsoft de l’époque qui qualifiera Linux de "cancer". On voit bien ici le conflit idéologique à l’opposé du modèle économique de Microsoft fondé sur la vente de copies de logiciels propriétaires.

Inspiré par les licences de logiciels libres, on peut citer les licences creative commons fondées au début des années 2000 par entre autres le juriste américain Lauwrence Lessig. L’idée ici est de faciliter l’utilisation et la réutilisation d’œuvres, les auteurs qui y souscrivent s’engagent à partager leur travail dans le but non pas de s’enrichir, mais de nourrir le patrimoine commun.

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Wikipédia, meilleur exemple de "commun numérique"

L’un des exemples les plus flagrants de l’application des "communs numériques", c’est l’encyclopédie collaborative Wikipédia, fondée en 2001 par Jimmy Wales et Larry Sanger. Un site qui est entré dans nos vies connectées et on ne mesure pas toujours la réussite de ce projet, si révélateur d’une certaine utopie de l’Internet. Wikipédia se classe dans le top 10, des sites les plus consultés dans le monde et il fonctionne sans publicité ni monétisation de notre attention. Un contre-exemple du capitalisme de surveillance qui soutient toute l’économie des GAFAM.

Wikipédia intègre également une gouvernance partagée et démocratique. Ce sont les modérateurs, pour une très grande majorité bénévole, qui participent à la confection d’une information commune et vérifiée. Évidemment, l’encyclopédie a été l’objet d’instrumentalisations de toutes sortes et de certaines défaillances, mais plus de 20 ans après son apparition, on constate que ce fonctionnement collaboratif est efficient. L’encyclopédie a d’ailleurs largement amélioré son image dans l’opinion publique et elle est aujourd’hui perçue comme une source crédible.

Comme notre univers numérique est toujours ambivalent, il est intéressant de noter que certains GAFAM comme Google et Amazon sont des grands donateurs et financent la Wikimedia Foundation, car le succès de l’encyclopédie en ligne leur apporte du trafic et enrichisse certains de leurs services. Des GAFAM qui puisent allégrement dans les ressources des "communs numériques" !

  • Les enjeux des communs numériques et leurs interactions avec les GAFAM, rendez-vous ce vendredi 12 janvier 2024 à 21 h dans  "Le Meilleur des mondes".
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