Ginette Kolinka devant une classe d'élèves, à l'aéroport de Cracovie
Ginette Kolinka devant une classe d'élèves, à l'aéroport de Cracovie
Ginette Kolinka devant une classe d'élèves, à l'aéroport de Cracovie ©Radio France - Christine Bernard
Ginette Kolinka devant une classe d'élèves, à l'aéroport de Cracovie ©Radio France - Christine Bernard
Ginette Kolinka devant une classe d'élèves, à l'aéroport de Cracovie ©Radio France - Christine Bernard
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Résumé

"Surtout, fermez les yeux, ne regardez pas ! Birkenau, maintenant, c’est un décor. Comment imaginer la fumée, les cris, les bousculades, ces dizaines de milliers de gens transformés en esclaves, qui travaillent, qui courent et qui tombent de fatigue ?"

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À partir des années 2000, Ginette s’investit dans la transmission de son vécu de déportée ; "pour éviter que cela recommence" comme elle le confie sans relâche. C’est d’ailleurs son occupation principale qui est devenue aujourd’hui la motivation incontournable de son existence. Sa cible ? Avant tout les jeunes ! Sa devise permanente et répétée : "Acceptez l’autre quelles que soient sa couleur de peau et sa religion". Un discours anti haine qu’elle distille sans défaillance dans les établissements scolaires de tout l’hexagone mais aussi sur site, à Birkenau, son principal lieu de déportation.

Ginette Kolinka entourée d'élèves dans la salle des convois à Auschwitz I
Ginette Kolinka entourée d'élèves dans la salle des convois à Auschwitz I
© Radio France - Christine Bernard

Malgré ses 94 ans, elle explique, entre rails et barbelés, plusieurs fois par an, à quoi ressemblait l’enfer instauré par les nazis. Elle ne fait d’ailleurs pas dans la dentelle. Elle reste fidèle à elle-même, authentique et "brute de décoffrage". "Surtout, fermez les yeux, ne regardez pas ! Birkenau, maintenant, c’est un décor" commence Ginette.

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"J'ai toujours cru que la première fois que je viendrais j'allais m'écrouler. Et bien non, je ne me suis jamais écroulée. Ce que je vois ce n'est pas le Birkenau qui est dans ma tête." Ginette Kolinka

"Comment imaginer la fumée, les cris, les bousculades, ces dizaines de milliers de gens transformés en esclaves, qui travaillent, qui courent et qui tombent de fatigue ?". Et Ginette répète inlassablement dans un silence qui appartient maintenant à l’endroit : "n’oubliez pas, sous chacun de vos pas, il y a un mort ".

Un wagon de transport des déportés sur la Judenrampe, leur lieu d'arrivée à Auschwitz-Birkenau
Un wagon de transport des déportés sur la Judenrampe, leur lieu d'arrivée à Auschwitz-Birkenau
© Radio France - Christine Bernard

À la grande surprise de tous, l’âge ne semble pas atteindre cette rescapée qui capte l’attention de tous les élèves en parcourant les hectares d’herbe rase, espace aujourd’hui désincarné. Hier, c’était la boue permanente, les latrines immondes et les baraquements glacials. "La première fois que je me suis réveillée à Birkenau, j’ai vu des tas de chiffons au coin de la baraque dans laquelle je dormais. C’était les mortes de la nuit ". "Les femmes qui nous surveillaient nous frappaient à longueur de temps. Le but constant était de nous avilir et nous détruire. Nous étions ramenées à l’état de bêtes !".

Les latrines à Auschwitz-Birkenau aujourd'hui
Les latrines à Auschwitz-Birkenau aujourd'hui
© Radio France - Christine Bernard

"Quand on l'a supporté, ce n'est pas parce qu'on est courageux, ce n'est pas parce qu'on a de la volonté, c'est parce qu'on a de la chance". Ginette Kolinka

Ginette n’a qu’un regret ; qu’on ne lui demande jamais "que mangiez-vous ?" mais toujours "avez-vous vu Hitler ?". Manger pour vivre, comment l’imaginer dans notre société sans guerre où la consommation est ordinaire ? Car en dépit d’un travail pédagogique effectué avant et après Birkenau par les professeurs qui préparent et accompagnent les élèves, la transmission porte forcément des limites ! Mais la mission, (voire le karma) de Ginette Kolinka arrive, tout de même, à faire son œuvre. Imprimer cette partie génocidaire de l’histoire de l’humanité dans les consciences de la jeune génération ! Avec elle, d’une façon personnalisée. Jusqu’à même une écoute totalement improvisée, par terre, en fin de la journée, dans l’aéroport du retour. Une sacrée victoire !

"Je revis tout ce que je raconte." Ginette Kolinka

Vue depuis l'intérieur du baraquement où était enfermée Ginette Kolinka
Vue depuis l'intérieur du baraquement où était enfermée Ginette Kolinka
© Radio France - Christine Bernard

Archive INA : Robert Antelme - la littérature sur les camps de déportation, enregistré le 01/01/1947

2 min

Avec Ginette Kolinka et les élèves du voyage scolaire le jeudi 21 novembre 2019 à Auschwitz-Birkenau.

Merci à l'historien Olivier Lalieu et à Mathias Orjekh du Mémorial de la Shoah ; Ornella Neri et Julien Coutant du Lycée polyvalent Montesquieu de Herblay (95), Dorota Kuczynska, guide au Musée National d’Auschwitz-Birkenau ; Alexandre Doulut, historien de la Shoah ; Charline Avenel, Rectrice de l’Académie de Versailles.

Les élèves de seconde des classes 5 et 10 (professeur Julien Coutant) du lycée Montesquieu d'Herblay ont été nommés "Ambassadeurs de la mémoire" pour la période 2020-2022, par le Mémorial de la Shoah, le 27 janvier 2020, jour du 75ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau.

Générique

Un documentaire de Dominique Prusak, réalisé par Guillaume Baldy. Mixage, Jean-Michel Bernot. Archives INA, Arnaud Plançon. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France et Maud Jussaume. Nouvelle page web, Sylvia Favre

Bibliographie

Pour aller plus loin

À réécouter : Ginette Kolinka "On n'oublie jamais où mène la haine, sous toutes ses formes."

Rediffusion du 26 janvier 2020

Références

L'équipe

Dominique Prusak
Production déléguée
Christine Bernard
Coordination
Guillaume Baldy
Réalisation
Daphné Abgrall
Collaboration