Le poète islandais Hallgrímur Pétursson (1614-1674)
Le poète islandais Hallgrímur Pétursson (1614-1674) - Domaine public. Wikimedia Commons. Auteur inconnu
Le poète islandais Hallgrímur Pétursson (1614-1674) - Domaine public. Wikimedia Commons. Auteur inconnu
Le poète islandais Hallgrímur Pétursson (1614-1674) - Domaine public. Wikimedia Commons. Auteur inconnu
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L'économie des corsaires qui enlèvent des esclaves est celle de la rançon : outre leur travail gratuit, leurs maîtres escomptent récupérer de l'argent du rachat, par les autorités des captifs, de leurs ressortissants.

Huit ans et demi après le raid de 1627, des fonds collectés en Islande et au Danemark parviennent à Alger, dans la cassette d'un négociateur mandaté par le roi Christian IV de Danemark, afin de payer la rançon du plus possible de captifs. Guðríður Símonardóttir fera partie des élus, mais pas son fils Sölmundur, car il s'est converti à l'islam — pas forcément de sa propre volonté, d'ailleurs. On ne rachète que celles et ceux qui sont restés de bon chrétiens, pas les “renégats“, quelle que soit le degré de sincérité de leur conversion. C'est donc sans Sölmundur que Guðríður arrive à Copenhague après un long périple, et c'est un terrible déchirement pour elle.

À Copenhague, les captifs islandais affranchis sont pris en charge par un jeune poète et théologien, très connu et populaire, Hallgrímur Pétursson, afin de rééduquer leur foi protestante certainement altérée par une si longue immersion dans des superstitions mahométanes.

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Archive Ina : Dans "Heure de culture française", "L'Islande" (20.10.1958)

4 min

Hallgrímur et Guðríður ont un coup de foudre. Et malgré la position du jeune pasteur, de seize ans le cadet de Guðríður, ils s'aiment, conçoivent un enfant, hors mariage, et dans l'adultère, en ce qui concerne Guðríður, puisque son mari Eyjólfur est officiellement toujours vivant — En réalité, il vient tout juste de périr en mer.  Le couple scandaleux finit par s'embarquer pour l'Islande, au printemps 1637, dix ans après le raid au cours duquel 400 Islandais avaient été enlevés, dont Guðríður. L'accueil qui leur est fait est mitigé : Hallgrímur Pétursson est respecté, notamment pour la qualité de ses Psaumes de la passion, que tout le monde connaît en Islande, tandis que Guðríður Símonardóttir devient “Tyrkja Guðða“, la “Guðða des Turcs“, surnom qui peut être entendu comme péjoratif.

Son caractère et sa bonne santé lui permettront de vivre jusqu'à l'âge de 84 ans, un record pour l'époque et pour une existence aussi mouvementée.

Le “raid des Turcs“, comme on dit en Islande, a laissé des traces indélébiles chez ce peuple, jusqu'à nos jours : lors d'un récent match de football opposant la Turquie et l'Islande, le slogan des Islandais était : Ne laissez pas les Turcs nous capturer à nouveau !

L’historien Þorsteinn Helgason nous explique que "cette histoire a été connue presque aussitôt. Le premier témoignage nous vient d’un officiel ayant autorité sur les îles Vestmann. Mais il n’y était pas à ce moment-là. Un marchand danois et un capitaine, qui avaient assisté à l’attaque, avaient réussi à fuir en ramant jusqu’à la Grande île où ils ont rencontré cet officiel. Celui-ci se rendit rapidement sur le lieu de l’enlèvement : Il a vu les corps, interrogé les témoins sur ce qu’il s’était passé et a écrit, presque immédiatement, une sorte de reportage journalistique, dans le mois qui a suivi le raid."

Pour en parler

  • Torfi Tulinius, médiéviste
  • Þorsteinn Helgason, historien, professeur à l'université d'Islande
  • Steinunn Jóhannesdóttir, romancière
  • Éric Boury, traducteur de l'islandais
  • Guillaume Calafat, historien

Textes lus par Élodie Huber. Extraits de L'esclave islandaise (Gaïa, 2017) de Steinunn Johannesdóttir, traduit par Éric Boury. Traduction de l'islandais, Sæmundur Halldórsson. Traduction de l'anglais, Joy Majdalani. Voix françaises, Phil Bouvard et Sonia Masson.

Merci à Florent Gast de l' Alliance Française à Reykjavik et à Émilie Mariat-Roy

Générique

Un documentaire d'Olivier Chaumelle, réalisé par Julie Beressi. Prise de son, Marie Lepeintre. Mixage, Éric Boisset. Archives Ina, Delphine André. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France. Page web, Sylvia Favre.

Bibliographie

  • Æsa Sigurjónsdóttir et Michel Sallé, Histoire de l'Islande : des origines à nos jours (Tallandier, 2020)
  • Michel Sallé, L'Islande (Karthala, 2019)
  • Guillaume Calafat, Une mer jalousée : contribution à l'histoire de la souveraineté (Méditerranée, XVIIe siècle), (Seuil, 2019)
  • Þorsteinn Helgason ,The Corsairs’ Longest Voyage (Brill, 2018. En anglais)
  • Steinunn Jóhannesdóttir, L'esclave islandaise (Gaïa, 2017). Traduit de l'islandais par Éric Boury
  • Olafur Egilsson, The Travels of Reverend Olafur Egilsson : The Story of the Barbary Corsair Raid on Iceland in 1627 (Cuapress, 2016. En anglais)
  • Roger Coindreau, Les corsaires de Salé (La croisée des chemins, 2006)
  • Torfi H. Tulinius, La matière du Nord : sagas légendaires et fiction dans la littérature islandaise en prose du XIIIe siècle (Sorbonne Université Presses, 1995)
  • Relation de la captivité et liberté du Sieur Emanuel d'Aranda (1657)

Archive Ina : Dans "La vie islandaise", l’importance de la littérature (06.03.1964)

2 min

Pour aller plus loin

À réécouter : Polaroid Islande
58 min

L'équipe

Christine Bernard
Christine Bernard
Christine Bernard
Coordination
Julie Beressi
Réalisation
Olivier Chaumelle
Olivier Chaumelle
Olivier Chaumelle
Production déléguée
Sylvia Favre-Steyaert
Collaboration