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Pogroms anti-roms, cachalots et héritage : la Session de rattrapage

Cachalots, baleines, narvals...
Cachalots, baleines, narvals...

Sélection. Retrouvez chaque samedi la sélection hebdomadaire des programmes de France Culture à réécouter.

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Bonjour à toutes et à tous,

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“Nous ne mangeons pas les enfants”. Des photos circulent, un peu dérisoires face à un mécanisme vieux comme une pluie acide : 2019 a comme un goût de Moyen-Âge, avec cet énième chapitre à ce qui est une longue histoire de boucs émissaires. Sur ces images, des phrases écrites à la main sur des cartons. Une écriture d’adulte, et parfois, les mots d’un enfant : “Nous sommes des êtres humains”. Cette semaine, des enfants parmi ceux-là ne sont pas venus à l’école : souvent originaires de Roumanie ou de Bulgarie, Roms, ils ont eu peur que ça continue. “Ca” ? Un “petit pogrom entre amis”, qui a pris comme un feu fou en Seine-Saint-Denis en début de semaine, à mesure que se propageait la rumeur : des Roms captureraient des enfants, les embarqueraient dans leurs camions ! La police eut beau démentir, raconter, même, comment de faux témoignages servaient d’allumette, des petits groupes d’habitants sont partis “chasser du rom” en région parisienne. A Bobigny, à Clichy-sous-Bois, à Villiers-le-Bel, ou à Colombes, des bidonvilles où les Roms sont relégués ont été attaqués, comme on attaquait déjà les Juifs ou les Tziganes hier et avant-hier… souvent, déjà, sous le souffle des mêmes calomnies. Chloé Leprince

COMPRENDRE

Le 7 octobre 1979, on manifestait encore à Paris pour le droit à l'avortement libre et gratuit, quatre ans après la loi Veil qui le dépénalisait sous certaines conditions
Le 7 octobre 1979, on manifestait encore à Paris pour le droit à l'avortement libre et gratuit, quatre ans après la loi Veil qui le dépénalisait sous certaines conditions
© Getty - Keystone / Gamma-Rapho

Conscience. Après la menace d’un syndicat de gynécologues de ne plus pratiquer d’avortement pour se faire entendre du gouvernement, des parlementaires dénoncent une prise d’otage et veulent supprimer la clause de conscience qui permet aux médecins de refuser les IVG, 44 ans après la loi Veil. (La Question du jour, 34 min)

Pépites. La France est-elle en train de sacrifier sa dernière grande ressource naturelle : le cerveau de ses chercheurs ? Serge Haroche, Prix Nobel de physique 2012 tire la sonnette d’alarme. (La Grande table, 34 min)

Dynamite. Taxer les successions est très impopulaire, quel que soit le niveau de vie de ceux qui héritent. Toute réforme apparaît terriblement explosive. Pourtant, l’héritage renforce les inégalités sociales et générationnelles et les promesses de mobilité sociale se heurtent à cette réalité. (Du Grain à moudre, 40 min)

APPRENDRE

Un centre de détention à El Paso, au Texas, aux Etats-Unis, le 27 mars 2019.
Un centre de détention à El Paso, au Texas, aux Etats-Unis, le 27 mars 2019.
© Getty - Sergio Flores pour The Washington Post

Anti-brouillard. Alors qu’on débat du droit à critiquer le sionisme, et de sa confusion avec l’antisémitisme, que savons-nous au fond des origines du sionisme ? Par une minutieuse enquête d'histoire intellectuelle, Uri Eisenzweig éclaire la mue d’un mouvement qui fut d’abord un humanisme avant de devenir un nationalisme. (La Suite dans les idées, 44 min)

Doute. Replongez aux racines du discours anti-vaccins alors que l’Organisation mondiale de la santé vient de classer “l’hésitation vaccinale” parmi les dix grandes menaces mondiales pour la santé. (La Méthode scientifique, 58 min)

Frontières. Avec une série “Pourquoi migrer ?”, le démographe François Héran, professeur au Collège de France, détricote bon nombre d’idées reçues qui nourrissent depuis bien des années le discours politique pour “rétablir les ordres de grandeur du phénomène migratoire”. (Les Cours du Collège de France, 5x59 min)

(RE)DÉCOUVRIR

L'avenue Nicolas de Pierola à Lima (janvier 1966)
L'avenue Nicolas de Pierola à Lima (janvier 1966)
© Getty - Bettmann

Frottement. La cumbia est longtemps restée méconnue en France. Bien avant les platines des hipsters, son histoire est celle de l’exode rural des indigènes au Pérou, quand, dans les années 50, les habitants des montagnes ont grossi les bidonvilles de Lima avec leur musique traditionnelle, qui s’électrise au frottement de la ville et d’une danse venue de Colombie.  (Juke-box, 26 min)

Obsession. Pour l’exposition “Le Modèle noir” qui ouvrait cette semaine au Musée d’Orsay, Marie NDiaye a traqué “Maria l’Antillaise” sous les traits de ce modèle qui pose sur un lit de coussins sous l’objectif de Nadar. Derrière le regard lointain et la pose, la romancière a rêvé une voix, un accent, qui l’ont obsédée. (La Grande table culture, 28 min)

Les mots des autres. Devenu éditeur à 23 ans, Jean-Claude Fasquelle, le fils de l’éditeur de Marcel Pagnol ou de Jean Rostand, petit-fils de celui d’Emile Zola, Jules Valles, Joris-Karl Huysmans, raconte à Virginie Despentes 47 ans de parcours dans l’édition française où il est devenu le grand patron de Grasset en 1981. (A voix nue, 5x29 min)

LA CITATION 

La phrase résonne au quatrième épisode de l’adaptation radiophonique de Histoire orale de la grande dépression de Studs Terkel :

Tant que ta main est dans la gueule du lion, tiens-toi tranquille !

Octobre 1929, le petit vendeur de journaux court dans les rues, il répète : “La bourse s’est effondrée, la bourse s’est effondrée”. Le capitalisme américain vient de trébucher, la chute sera longue, délétère, violente pour les plus fragiles. Les Etats-Unis plongent dans la dépression économique, les inégalités explosent, et le journalisme Louis “Studs” Terkel consigne la chronique de cette histoire en marche à travers des centaines d’entretiens d’anonymes qui racontent l’abattement, l’effroi, la faim au ventre. Et puis, les années passant, la relégation et une société pyramidale où il y a ceux qui mangent les petits pois, et ceux qui les écossent. Et parfois aussi, les bandes de Studs Terkel révèlent une subversion, le ressort d’un affranchissement, la tige qui ne veut pas plier et le petit personnel qui claque la porte. (Le Feuilleton, 5x24 min)

Et en guise de bande-son pour votre week-end, jetez donc une oreille à la formidable série documentaire LSD qui a tendu des micros aquatiques aux cétacés. Tournant le dos à pas mal de clichés et tout un imaginaire qui court en nous depuis Moby Dick, replongez à la découverte des dauphins, du narval et des cachalots pour écouter ce qu’ils peuvent bien avoir à nous dire d’eux-mêmes… et de nous ? A la semaine prochaine !