Polio : dépasser les préjugés pour convaincre de vacciner

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Polio : dépasser les préjugés pour convaincre de vacciner

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Au Pakistan, 800 000 enfants de moins de cinq ans vont être vaccinés contre la polio, notamment ici, à Quetta, mais aussi à Karachi et Lahore, dans le cadre d'opérations de porte-à-porte.
Au Pakistan, 800 000 enfants de moins de cinq ans vont être vaccinés contre la polio, notamment ici, à Quetta, mais aussi à Karachi et Lahore, dans le cadre d'opérations de porte-à-porte.
© AFP - Banaras Khan

Le monde dans le viseur. Le Pakistan, comme l'Afghanistan, connaît une augmentation des cas de poliomyélite. Un regain singulier, lié notamment aux refus de vacciner les enfants, premières victimes de ce mal. Pour rassurer et convaincre les parents, les autorités sanitaires se déplacent au plus près des familles.

Le 25 août 2020, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré la poliomyélite dite "sauvage" officiellement disparue du continent africain. Car depuis 2016, le nombre de cas de cette maladie hautement infectieuse, invalidante et parfois mortelle, n'y était plus significatif. Pas plus qu'ailleurs dans le monde.

Pourtant, la polio, à laquelle les enfants de moins de cinq ans sont particulièrement vulnérables, connaît un regain dans deux pays aujourd'hui : l'Afghanistan et le Pakistan. Pourtant, la maladie peut être évitée grâce à un vaccin. Et après une longue pause liée au coronavirus, les campagnes de vaccination des enfants contre la polio ont repris au Pakistan.

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Une photo comme preuve

Pour l'AFP, le photographe Banaras Khan nous entraîne directement dans le vif du sujet. "La photo répond à un besoin de vérité, de preuve d’une actualité en cours", explique Hally Pancer, photographe et enseignante à Science-Po : la vaccination d’un enfant accompagné de sa mère.

"Cette goutte qui va sortir est au centre de la photo, elle attire l’œil qui se focalise dans le trou de la bouche."
"Cette goutte qui va sortir est au centre de la photo, elle attire l’œil qui se focalise dans le trou de la bouche."
© AFP - Banaras Khan

"Il n’y a quasiment pas d’arrière-plan, un mur et une porte flous, ce qui nous entraîne tout de suite dans le sujet, et en particulier vers la bouche de l’enfant qui reçoit le vaccin."

On voit la goutte qui va tomber. Et cette goutte qui va sortir est au centre de la photo, elle attire l’œil qui se focalise dans le trou de la bouche. Tout est parfaitement placé les mains, la bouche, la goutte.

Cette construction vise à donner le plus de crédibilité possible à ce qui est en train de se passer, comme pour nous dire "il ne fait aucun doute qu’ils font ce qu’ils doivent faire et tout le monde est d’accord pour qu’il en soit ainsi". On remarque que l’enfant ne pleure pas, ce qui n'enlève pour autant rien à l'humanité de l'image, note Hally Pancer.

"La mère qui tient la tête de l’enfant et ses doigts de chaque côté de la bouche soulignent son approbation ; le fait qu’elle porte du vernis de la même couleur – des roses doux – que les lèvres et le foulard de la petite fille humanise la scène."

La photographe relève aussi "le rappel du tissu noir et blanc de l’habit de la mère sur celui de la manche relevée du soignant donne une proximité entre le médecin et la mère."

Ils sont ensemble pour partager la même nécessité de vacciner l’enfant. Bref, tout le monde est d’accord et on les croit.

"Le rappel du tissu noir et blanc de l’habit de la mère sur celui de la manche relevée du soignant donne une proximité entre le médecin et la mère."
"Le rappel du tissu noir et blanc de l’habit de la mère sur celui de la manche relevée du soignant donne une proximité entre le médecin et la mère."
© AFP - Banaras Khan

Un climat de suspicion

Pourtant, la démarche n'est pas acquise. Les équipes font désormais du porte-à-porte pour convaincre les parents de faire vacciner leurs enfants. "Sur la photo, le soignant ne touche pas l’enfant, insiste Hally Pancer. Comme pour signifier qu’il ne prend aucun risque."

Une sécurité louable en temps de coronavirus, mais pas seulement. Au Pakistan, les campagnes de vaccination ne sont pas toujours bien vues, le plus souvent du fait de rumeurs. Au point que, à Islamabad, par exemple, des policiers ont dû encadrer les équipes médicales pour le bon déroulement des opérations.

Le Journal de l'histoire
4 min

Dans le nord-ouest du pays, des enfants se sont plaints de douleurs après le vaccin antipolio. Ce qui a déclenché un mouvement de panique chez les parents, bien qu’aucune maladie n’ait été diagnostiquée. Un centre de santé a été incendié et des policiers qui accompagnaient les soignants ont été tués.

Pour autant, aux racines de la rumeur, il y a parfois des éléments de doute. En 2011, une fausse campagne de vaccination a été organisée par les services de renseignements américains pour retouver le chef d’Al-Qaïda Oussama Ben Laden, tué à Abbottabad, dans le nord-ouest du Pakistan.

Une campagne nécessaire

Des talibans et des ultra-religieux ont laissé entendre que les vaccins contenaient des ingrédients interdits par l'islam, comme du porc, ou causaient l'infertilité. Des propos sans fondement, qui ont "déjà fait tripler le nombre de refus de vaccination, passés de 40 000 en 2017 à 125 000 en 2018", explique Rana Safdar, de l'Institut national de la santé du Pakistan, et qui ont permis à la polio de regagner du terrain. Le nombre de cas avait chuté de 306 en 2014 à 8 en 2017 ; il est remonté à 12 l'an dernier, selon l'Organisation mondiale de la santé.

2,8 millions de nouveaux-nés n'ont pas reçu leurs doses pendant les quatre mois de flambée de Covid-19 au Pakistan. Mais 800 000 enfants de moins de cinq ans vont être vaccinés, notamment à Quetta, Karachi et Lahore, dans le cadre d'opérations de porte-à-porte. 

"Ces vaccinations vitales sont essentielles si l'on veut que les enfants évitent une nouvelle urgence sanitaire", a déclaré Jean Gough, directeur régional de l'Unicef pour l'Asie du Sud.

Comme le monde ne l'a que trop bien vu, les virus ne connaissent pas de frontières et aucun enfant n'est à l'abri de la polio tant que tous les enfants ne sont pas à l'abri.