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Pologne : le PiS pris entre division et opposition

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Évincé par l'ultra-conservateur Duda, du parti Droit et Justice, en 2015, l'ancien président polonais Bronislaw Komorowski, ici en 2018 à Cracovie, revient en politique.
Évincé par l'ultra-conservateur Duda, du parti Droit et Justice, en 2015, l'ancien président polonais Bronislaw Komorowski, ici en 2018 à Cracovie, revient en politique.
© AFP - Beata Zawrzel / NurPhoto

C’est un mauvais signal pour Droit et Justice, le parti de Jarosław Kaczyński, au pouvoir en Pologne. L’ancien président de la République Bronislaw Komorowski a décidé de reprendre la politique pour "se débarrasser de PiS", de plus en plus isolé.

Le parti ultra-conservateur polonais Droit et Justice (PiS) s’est toujours nourri des tensions avec le reste de la société polonaise. Ce qu’il n’imaginait pas, c’est qu’il contribuerait à former un front contre lui. Dernier opposant en date, l’ancien président de la République Bronislaw Komorowski, qui a décidé de reprendre la politique pour "se débarrasser de PiS". 

Bronislaw Komorowski a choisi le 2 mai 2021 pour faire son annonce. Tout un symbole : la journée du drapeau de la Pologne, instaurée en 2004 sous le pouvoir des sociaux-démocrates, en mémoire de ce jour de 1945 où des soldats polonais de l’Armée Rouge avaient hissé le drapeau blanc et rouge de la Pologne sur la Colonne de la Victoire à Berlin. Une touche de patriotisme pour cet ex-militant de Solidarność, emprisonné en 1981 par le régime communiste.

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Bronislaw Komorowski entend redonner de "la stabilité à la démocratie". Un régime sous tension, rappelle le médiateur des droits civiques ("ombudsman") Adam Bodnar, qui a pointé le risque d’une "Pologne non démocratique".

Il faut dire que depuis sa première accession au pouvoir, le PiS des jumeaux Kaczyński a engrangé autant de victoires qu’il a essuyé de crises. Le contrôle total – Lech président de la République et Jaroslaw Premier ministre –, c'était en 2006. Un an plus tard, leur gouvernement explosait et la Plateforme civique (PO), le parti de centre-droit, europhile, s’installait au pouvoir pour huit ans.

Autoritarisme et instabilité

Malgré la disparition de son frère dans un accident d’avion en 2010, Jarosław Kaczyński parvenait à remonter la pente, à reconquérir le pouvoir en 2015. Et depuis, le PiS est resté aux affaires, dans l’ombre du président Andrzej Duda, élu le 6 août 2015 et réélu 12 juillet 2020, et à la Diète (37 % en 2015 et 43 % en 2019). Mais à quel prix ?

Andrzej Duda, son épouse et sa fille, lors du dernier meeting de la campagne présidentielle polonaise en 2020, dont il est sorti victorieux.
Andrzej Duda, son épouse et sa fille, lors du dernier meeting de la campagne présidentielle polonaise en 2020, dont il est sorti victorieux.
© AFP - Artur Widak / NurPhoto

Jarosław Kaczyński, patron du PiS, dirige son parti en solitaire. Il décide de tout, sans discussions et sans aucun compromis avec les autres partis du parlement polonais. Il ne négocie rien avec l’opposition, évidemment, mais il cède peu aux membres de la majorité, comme L’Alliance (Porozumienie), avec qui la tension est palpable. Chaque semaine, ou presque, son patron, Jaroslaw Gowin, menace de rejoindre l’opposition.

Zbigniew Ziobro, le ministre de la Justice, a déjà quitté le PiS, mais son parti, Pologne Solidaire (Solidana Polska), fait encore partie de la majorité. Jusqu'à quand ?

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Pour annoncer son retour en politique, Bronislaw Komorowski s’est entouré d'élus de la Plateforme civique, opposants historiques au régime de Jarosław Kaczyński, et de membres du Parti paysan, le vieux mouvement agrarien, qui courtise les déçus de la majorité présidentielle.

Mais ce noble – Komorowski  est un comte, issu d’une famille de Haute-Lituanie, dans le Bélarus actuel, et parent du Grand-Duché de Lituanie –, saura-t-il dépasser l’esprit de revanche à l’égard de Duda, qui l’a évincé en 2015, et rassembler ? Pour l’heure, il n’est que le signe d’une opposition qui s’étoffe. 

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