Port du voile en Iran : "Je voulais arrêter cette hypocrisie, je voulais être moi-même"

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Port du voile en Iran : "Je voulais arrêter cette hypocrisie, je voulais être moi-même"

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La joueuse d'échecs Mitra Hejazipour, bannie par le régime des mollahs, est désormais réfugiée en France, où elle poursuit des études supérieures.
La joueuse d'échecs Mitra Hejazipour, bannie par le régime des mollahs, est désormais réfugiée en France, où elle poursuit des études supérieures.
© Radio France - Valérie Crova

Parce qu’elle a refusé de porter le hidjab lors d’une compétition à Moscou en décembre 2019, Mitra Hejazipour a été exclue de la Fédération iranienne d’échecs et ne peut plus rentrer dans son pays. Depuis, la jeune femme de 29 ans vit en France, où elle a repris des études d’ingénieur.

L’Iran est en proie à une vague de protestation depuis la mort de Mahsa Amini, une jeune Kurde de 22 ans, le 16 septembre 2022. La jeune femme est décédée après avoir été arrêtée par la police des mœurs pour quelques mèches de cheveux qui dépassaient de son foulard. Mahsa Amini est devenue le symbole de l’oppression du régime des mollahs.

Mitra Hejazipour participait à un tournoi du championnat du monde à Moscou en décembre 2019 lorsqu'elle a décidé de remettre en cause les règles et interdictions édictées par Téhéran envers les femmes.

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"J'ai refusé de porter le voile", explique-t-elle. Ce qui lui a valu une sanction immédiate et radicale : "Le président de la Fédération iranienne d'échecs m’a exclue." Un bouleversement pour cette grand maître d’échecs : "Toute ma carrière a changé. Je ne pouvais plus accompagner l'équipe nationale, ce qui est très important dans la vie professionnelle d’une joueuse d’échecs."

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Sur le plan personnel, les conséquences ne sont pas moins brutales : "Je n’ai plus eu l’autorisation de rentrer dans mon pays après que j'ai refusé de porter le voile." Ses contacts dans le monde des échecs lui permettront de trouver un refuge : "Comme je jouais parfois avec l'équipe de Brest dans des tournois non officiels, je suis restée en France et j'ai repris mes études, dans une école d’ingénieurs. Aujourd’hui, je ne joue plus en tant que professionnelle."

Une "hypocrisie"

Mitra dit avoir été inspirée par le mouvement de ces jeunes femmes qui, pendant l’hiver 2018, montaient sur des transformateurs électriques et brandissaient fièrement leur voile. Beaucoup d’entre elles ont été arrêtées.

"J’ai toujours été contre le hidjab obligatoire mais je n'osais pas vraiment en parler. Quelque chose en moi me disait : il ne faut pas suivre les lois islamiques, il ne faut pas accepter la répression. Puis il y a eu les mouvements de ces jeunes féministes en Iran, qui ont eu beaucoup d'impact sur moi. Et, finalement, j'ai osé parler et montrer que j’étais moi aussi contre le hidjab. Je voulais arrêter cette hypocrisie, je voulais être moi-même."

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Depuis la France, Mitra Hejazipour suit de très près la révolte des Iraniennes et des Iraniens sur les réseaux sociaux. Un mouvement "incroyable", dit-elle. "L'audace et le courage des femmes iraniennes et, aussi, des hommes qui les accompagnent, sont extraordinaires. L'ampleur inédite du mouvement et la maturité de la société sont comme un rêve pour moi."

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Des crimes "impardonnables"

"Avant le 16 septembre, il était inimaginable de croiser des femmes sans voile dans les rues en Iran. Nous souffrons sous l'autorité du régime des mollahs depuis à peu près 44 ans", témoigne Mitra, qui veut croire dans l'avenir du mouvement : "Je pense qu'il va continuer, et j'espère que cela aboutira à un changement de régime. Je pense qu’à peu près 70 % des gens en Iran ne veulent plus de ce régime corrompu et violent. Les crimes qu’ils ont commis sont impardonnables."

Un pouvoir qui, à Téhéran, s'enferme dans le déni : "Ils mentent tout le temps… La semaine dernière, Berlin a accueilli l’un des plus grands rassemblements d’Iraniens : 80 000 personnes ! Vous savez ce qu’ont dit les médias en Iran, la télé officielle ? Ils ont affirmé que ce rassemblement en Allemagne portait sur l'augmentation des prix en Europe."

Mitra Hejazipour espère bien sûr retourner un jour dans sa ville natale, à Mashhad, dans le nord-est de l’Iran, où vivent ses parents et le reste de sa famille. Quand ? Hélas, elle n’est pas en mesure de le dire.

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