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"Pose", saison 3 : extravagance, abondance et bienveillance

Par
Octavia St. Laurent (1964-2009) au Drag Ball d'Harlem, à New-York en 1988
Octavia St. Laurent (1964-2009) au Drag Ball d'Harlem, à New-York en 1988
© Getty - Catherine McGann

La série "Pose" nous plonge dans le phénomène du voguing, chanté par Madonna, et la culture des balls transgenres, noirs et latinos à New York dans les années 1980. On se met alors à aimer ces figures marginales, ces hommes et ces femmes blessées, qui l’espace d’un bal deviennent des géants heureux.

En attendant la réouverture des cinémas, parlons de la série Pose, dont la 3ème et dernière saison sort ce soir sur la chaîne FX aux États-Unis et sera diffusée dès lundi soir sur Canal Plus.  Ecrite par Ryan Murphy, à qui l’on doit la série chantante Glee, Pose est un petit bijou, un diamant qui scintille dans la nuit, une pause, « straight the pose » comme chante Madonna. La série est d’autant plus époustouflante qu’elle nous fait pénétrer dans un univers secret et codé, celui des travestis, transsexuels et transgenres qui font – ou pas – leur transition. Au générique de Pose, il y a d’ailleurs la plus grande distribution d’acteurs et d’actrices trans de l’histoire du cinéma. La saison a démarré magnifiquement en 2018, la deuxième saison date de 2019 et la troisième (et donc dernière) saison, commence ce soir.    

Un « poseur » est celui ou celle qui feint d’être ce qu’il n’est pas. Selon Le Robert, c’est une personne qui prend une attitude affectée pour se faire valoir. « Elle est un peu poseuse » signifie qu’elle est affectée, maniérée. En Français, on a ce mot chez Céline, par exemple. Et en Américain, le terme a le même sens bien qu’il soit ici plus maniéré et plus prétentieux encore. Et tel est bien l’idée et l’intérêt de la série : au lieu d’un simple éloge de la « transitivité », la série montre également les dérives médicales possibles, les dangers, les excès et la toxicité de la nuit. Lorsque le sida débarque dans ce monde déjà peu banal, protégé de l’extérieur et maintenant vulnérable, la fête tourne au cauchemar.« And the band played on » avait titré Randy Shilts dans son livre important sur le sida : l’orchestre continue de jouer alors que les gens tombent.   Pose bouscule les genres et nous fascine : l’une des meilleures séries de Canal Plus.

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Littérature qui tient dans la poche

En littérature, cette semaine ce n’est pas un auteur, mais un format qui gagne : le livre de poche. Les trois meilleures ventes du classement ne sont pas des nouveautés, mais des rééditions petit format de best-sellers de 2020. On croyait pourtant que les maisons d’éditions croulaient sous les nouveaux manuscrits ; que le confinement avait lancé des tas de vocations. Alors soit les éditeurs sont peureux, soit la nouvelle génération des Victor Hugo confinés n’est pas à la hauteur, en tout cas le classement de mai 2021 est le copié-collé du classement de mai 2020... mais en petit format.  

À la première place, Guillaume Musso domine les librairies depuis plus d’un mois avec l’édition de poche de La vie est un roman. À la seconde place, c’est le thriller de Bernard Minier, La Vallée, également sorti l’année dernière. Un polar de synthèse, bien dans l’air du temps, puisqu’il mélange tous les débats du moment : l’identitaires, le complotisme, le racisme, etc. Et à la troisième place, toujours en édition de poche, Né sous une bonne étoile, un roman d’Aurélie Valognes qui avait déjà signé Mémé dans les orties, En Voiture simone, La Cerise sur le gateau. Des petits livres drôles et insignifiants, qui sont à la littérature ce que le macramé est l’art moderne  – mais ça marche. Ça se vend « comme des petits pains » et tiens elle pourrait en écrire un avec ce titre-là !  

Pour trouver une nouveauté, il faut attendre la cinquième place, avec La Princesse au petit moi, paru le 5 avril. Enfin de la littérature : La Princesse au petit moi est le dernier roman de Jean-Christophe Rufin, l’écrivain-diplomate de l’Académie Française. Une histoire de consul et d’intrigues politiques dans la Principauté de Starkenbach. Mais ne cherchez pas Starkenbach sur Google Maps, il s’agit d’un État fictif, même si il y a bien un petit patelin suisse allemand qui porte ce nom.  

Le classement des meilleures ventes de la semaine en Littérature, par l'institut GfK 

En Essais-document, beau succès pour l’ouvrage de l’historien Patrick Weil, De la laïcité en France, à la 7ème place du classement, livre dont on parlait en ouverture de l'émission. 

50 nuances de la même musique

En musique, les Américains ont découvert un nouveau stratagème pour promouvoir leur musique : ressortir le même titre... plusieurs fois. L’idée, c’est d’appliquer sur chaque nouvelle version des petites modifications pour les adapter à différents publics : il va y avoir la version Lo-Fi, pour low-fidélité, c’est-à-dire un son sale, un peu underground, qui recrée le bruit et l'ambiance des disques à l'ancienne. Il y a la version TikTok, plus courte, qui sera reprise en boucle et deviendra peut-être un mème. 

C’est loin d’être nouveau, cela dit. Sur les disques de house et de techno des années 90, à Chicago, à New-York ou à Detroit, il y avait déjà plusieurs versions d’un même son : un “Vocal Mix”, un “Dub Mix” et un “Radio Mix” par exemple. Mais ces distinctions étaient pensées pour les DJs, pour qu’ils jouent en club la version adaptée à l’heure et à l’ambiance, pas pour le commun des mortels. Aujourd’hui, entre Spotify et Tiktok, puisque tout le monde a accès à toute la musique ET à l’audience, tout le monde est un peu son propre DJ.   

L’autre magie du phénomène, c’est que les versions ne sortent pas en même temps, mais successivement. Ainsi, le rappeur Spottem Gottem a ressorti son morceau phare Beatbox 5 fois, à plusieurs mois d’intervalle, en changeant le featuring, c’est à dire le rappeur invité. Des nouvelles versions qui, à chaque fois, relancent l’audimat et le streaming – et donc les ventes. Un peu comme les versions de poche des livres de l’année dernière, un peu comme la série Pose qui cesse ce soir sa pause.  

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Écoutons Lil Nas X, passé maître dans l’art de dédoubler ses propres sons, et même pionnier de la pratique. On l’avait entendu ici même avec son dernier succès, Montero Call Me By Your Name, grande tribulation érotique qui a choqué l’Amérique puritaine. Et maintenant, il y a la version « lofi » (voir ci-dessus) ; la version dites “bruits de bouche” (ci-dessous) ; il y a la version où il reste silencieux ; enfin la version originale .

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