Éloïse Bouton, créatrice du média Madame Rap, fait valoir que les femmes qui rappent existent. Encore faut-il vouloir les trouver.
Éloïse Bouton, créatrice du média Madame Rap, fait valoir que les femmes qui rappent existent. Encore faut-il vouloir les trouver.

"Il faut oser faire émerger des rappeuses"

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"Pour faire émerger des rappeuses, il faut prendre des risques"

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Face aux préjugés sur les rappeuses ou sur le sexisme du rap, une journaliste fait émerger des artistes. Et regrette le manque de volonté des labels, des festivals, des médias grand public.

“Impossible d’être féministe et d’écouter du rap”, “il n’y a pas de femmes qui rappent” : c’est parce qu’elle en avait marre d’entendre ces a priori qu’Eloïse Bouton a créé, il y a quelques années, Madame Rap. 

Je pense que pour faire émerger plus de rappeuses, il faut déjà en avoir envie, analyse la journaliste. Pour les médias grand public, les festivals, les labels, il faut prendre des risques et oser signer des rappeuses, même si on a l'impression qu'elles ne correspondent à aucun modèle qui existe déjà”.

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2 392 rappeuses recensées

Avec ce média, elle entend faire émerger des rappeuses du monde entier. Pas moins de 2 392 artistes ont été recensées à ce jour sur tous les continents. À la fois peu et beaucoup.

Une génération qui émerge souvent en autodidacte : “Il y a ce côté un peu DIY, où elles apprennent à tout faire, alors que souvent, faire appel à l'extérieur, non seulement ce sont des moyens financiers qu'elles n'ont pas forcément, mais en plus c'est parfois s'exposer au risque de voir son image un peu retravaillée ou formatée”, décrypte-t-elle.

Délit de premier degré

Sexiste, le rap ? Eloïse Bouton remet les choses en perspectives, invoquant le “délit de premier degré” souvent présumé sur les paroles.

Le gros problème, c'est qu'on n'arrive pas à reconnaître au rappeur la capacité de second degré, la capacité de narration, de créer de la fiction”, regrette-t-elle, rappelant que l'ego-trip et l'exagération sont la norme dans la fiction rap.

Elle relève aussi le “deux poids, deux mesures” de l'accusation, qui vise le rap mais omet le plus souvent d’observer avec la même rigueur la chanson populaire, porteuse elle aussi de sa part de sexisme.

Ce n'est pas parce que le mot 'pute' ou 'salope' est prononcé qu’il y a forcément plus de sexisme que dans un film de Woody Allen ou dans une chanson de Michel Sardou,” compare celle qui a compilé les perles du genre.

À voir : "Haut et Fort", de Nabil Ayouch