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Pour François Fillon, l'Elysée vaut bien une messe

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François Fillon s'efforce de séduire l'électorat catholique
François Fillon s'efforce de séduire l'électorat catholique
© AFP - Jean-Philippe Ksiazek

La stratégie et le programme de l'ancien Premier ministre ont séduit une partie des électeurs catholiques. Dimanche, celui qui a de longue date revendiqué sa foi l'a emporté dans plusieurs bastions catholiques. Quelles sont ses propositions et ses liens avec La Manif pour tous notamment?

Qui aurait l'assentiment du Pape François ? Voilà le combat inédit que se sont disputé par plateaux de télévision interposés François Fillon et Alain Juppé au lendemain du premier tour de la primaire de la droite et du centre. Revendiquant chacun la plus grande proximité papale, ils assument surtout de faire entrer les valeurs catholiques dans leur campagne.
François Fillon en a même fait un élément central de sa candidature - à travers son programme mais aussi sa stratégie, afin de rallier le soutien des catholiques. Et avec succès : une partie des électeurs catholiques de droite l'ont soutenu. Au premier tour, François Fillon est arrivé en tête dans des bastions catholiques, à commencer par la Mayenne, la Vendée et le Maine-et-Loire, les trois départements dans lesquels, avec son fief, la Sarthe, il a fait son meilleur score.

Voir : les cartes du vote du 1er tour

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La Manif pour tous s’est aussitôt réjouie non seulement de la victoire du candidat, mais aussi de la place prise dans le débat public par les thèmes qu’elle porte. “Les positions sur la famille, la filiation et l’éducation ont été au cœur des choix des électeurs parmi les principaux candidats.(...) L’enjeu est fort car après un quinquennat marqué par une familiphobie sans précédent, l’heure est venue de reconstruire la politique de la famille", résume un communiqué publié au lendemain du scrutin.
Même satisfaction chez les partisans de Sens commun, l’émanation politique de La Manif pour tous. Le mouvement avait finalement choisi début septembre de délaisser Nicolas Sarkozy pour finalement soutenir le candidat Fillon. En raison de son engagement pour la famille, “pierre angulaire de toute société civilisée” ou pour ’"l'unité du Peuple français autour de son identité et de sa culture”. On trouve d’ailleurs dans [l’équipe de campagne](https://www.fillon2017.fr/2016/09/14/equipe-campagne/ trois porte- parole) de François Fillon trois porte-parole issus du mouvement Sens Commun : Laurence Trochu (conseillère départementale LR dans les Yvelines) pour la “famille et [les] valeurs” ; Hubert de Segonzac (élu à Paris) pour “l’entrepreunariat” et Jacques Lefort (élu à Paris) pour l’environnement.

Écouter : L’Atelier du pouvoir La droite et la religion. Avec le politologue Gaël Brustier et le député Hervé Mariton

L'ancien Premier ministre a toujours parlé publiquement de sa foi. Il y a même consacré un chapitre entier dans son ouvrage, Faire, qui a lancé sa candidature en 2015. Et dans son programme un certain nombre de propositions parlent à l’électorat catholique.

“Un papa, une maman”

“Pour reconstruire notre contrat social, je crois à la famille. Elle est le premier cercle de nos solidarités, de nos tendresses, elle est au cœur de mon projet politique”, écrivait François Fillon en octobre dernier dans une lettre aux évêques de France. Une réponse point par point à l’important texte publié dix jours plus tôt par la Conférence des évêques de France, appelant à "retrouver le sens du politique". Largement relayé sur les réseaux sociaux par la “cathosphère”, François Fillon a tout au long de la campagne rappelé ses propositions en faveur de la famille - comprendre, de la famille hétérosexuelle. Si La Manif pour tous continue de réclamer l’abrogation de la loi Taubira, François Fillon a d’emblée dit qu’il ne reviendrait pas sur l’ouverture du mariage à tous - idée dont il juge lui-même qu’elle n’est “pas réaliste”.

En revanche, il propose de la “réécrire”, et plus particulièrement de modifier les règles de filiation. François Fillon veut supprimer la possibilité d’adoption plénière pour les parents homosexuels. Ces adoptions (qui effacent les filiations précédentes) doivent selon lui être réservé aux seuls hétérosexuels. "Je sais que des couples homosexuels accueillent des enfants avec amour. Mais il ne me paraît pas légitime que la loi permette de considérer qu’un enfant est fils ou fille, de manière exclusive de deux parents du même sexe”, explique l'ancien Premier ministre sur son site. En changeant la loi Taubira, “la règle serait ainsi posée que la filiation ne peut être établie de manière exclusive qu’à l’égard de deux parents de sexes différents”. Les homosexuels n’auraient donc plus droit qu’à une adoption simple - soit d’un enfant à l’étranger, soit de l’enfant de leur conjoint.

Des militants de La Manif pour tous défilent contre la GPA (2014)
Des militants de La Manif pour tous défilent contre la GPA (2014)
© AFP - Patrice Pierrot Citizenside

Écouter : Que "faire" ? Comme dit Fillon. Les Matins, avec François Fillon

<strong>PMA limitée, GPA attaquée</strong>

François Fillon s’est par ailleurs prononcé contre la possibilité d’ouvrir la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes. (Seule Nathalie Kosciusko-Morizet l’avait défendue dans son camp). Il veut en limiter strictement l’accès aux couples hétérosexuels stériles.
Comme l’ensemble de son camp, il est également très opposé à la gestation pour autrui, la GPA. C’est- à-dire la recours aux mères porteuses, qui permet à des couples homosexuels de devenir parents - et est aujourd’hui interdit en France. Il souhaite d'ailleurs renforcer “les sanctions pénales sur le recours ou la promotion de la GPA” et "conduire une action au niveau international en faveur de l’abolition de la GPA”, explique -t-il sur son site. Il est même prêt pour cela à quitter les organisations internationales. La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a condamné deux fois la France pour son refus de reconnaître des enfants nés de mère porteuse aux États-Unis. François Fillon a lui proposé que la CEDH "soit réformée pour qu'elle ne puisse pas intervenir sur des sujets qui sont des sujets essentiels, fondamentaux pour des sociétés». Ou alors de quitter la CEDH.

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Fiscalité favorable aux familles.

Autre axe de campagne : la promotion de la famille, à travers des instruments fiscaux. François Fillon propose ainsi de “rétablir l’universalité des allocation familiales supprimées sous Hollande”. En réalité, l’universalité n’a pas été remise en cause ; toutes les familles ont droit aux allocations ; en revanche, a été introduite la modulation. Cela signifie que le montant des allocations versées est désormais calculé en fonction des ressources du foyer. C’est cette proportionnalité en fonction des revenus que le candidat souhaite supprimer.

Autre promesse : remonter à 3000 euros le plafond du quotient familial. Ce plafonnement est un mécanisme fiscal qui limite le montant de la réduction d'impôt résultant de l'application du quotient familial. Actuellement il est (dans le cas général) de 1 512 euros pour chaque demi-part supplémentaire.

Développer l’enseignement privé

Le candidat Fillon a aussi donné des gages aux catholiques sur le volet éducation, proposant notamment "d’assouplir les règles limitant à 20% le financement de l’enseignement privé sous contrat par l’État. “ Il a d’ailleurs reçu des soutiens comme celui de la très réactionnaire association SOS éducation (connue pour ses pétitions contre “la théorie du genre” ou sa mobilisation contre l’exposition "Zizi sexuel" de Titeuf à la Villette). Elle s’est félicitée de la victoire de François Fillon au premier tour alors que “l'identité de notre pays est au bord de la faillite et de la la guerre civile”.

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© AFP - Godon Bsip

Les valeurs chrétiennes

C'est enfin plus globalement sur le terrain l’identité chrétienne que se place François Fillon, revendiquant la défense des "valeurs héritées du christianisme et des Lumières (...) "Face à la montée de ce que j’appelle le « totalitarisme islamique » nous devons opposer la certitude de nos valeurs, sans céder au relativisme. Confrontés à l’uniformité souvent écrasante de la mondialisation, nous devons rappeler la singularité de notre civilisation”, écrivait-il dans sa lettre aux évêques.

Écouter : Les catholiques une force politique ? Avec le sociologue Philippe d’Iribarne Les Matins (01/11/2016)

Une défense et illustration de la chrétienté à laquelle s'adosse une conception de la laïcité. Dans une tribune publiée dans Valeurs actuelles et qui a tourné dans la cathosphère, François Fillon et le sénateur Les Républicains de la Vendée Bruno Retailleau saluent la décision du Conseil d’État autorisant le maintien des crèches de Noël dans les lieux publics. L'occasion pour eux d'y défendre une laïcité "respectueuse de nos traditions et de nos affections (...) Voilà où nous conduit cette laïcité de combat : au grand vide, à cette idéologie du “rien” qui dégage la voie pour l’idéologie du “tout”, celle du totalitarisme islamique. "
Vaincre le totalitarisme islamique, c'est d'ailleurs le titre de son ouvrage publié en octobre dernier. “Cessons donc de faire croire qu’il faut durcir les règles de la laïcité au prix d’atteintes inacceptables à la liberté religieuse alors que seule la poussée intégriste qui enflamme le monde musulman est une menace pour notre société”, affirmait-il une fois encore dans son discours au Palais des Congrès 18 novembre dernier.