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Pourquoi Baudelaire… une archéologie du poncif

Par
Claire Brunent au CCIC, septembre 2021
Claire Brunent au CCIC, septembre 2021
- CCIC Cerisy

“La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien.” (Charles Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne)

Aux premières pages du Peintre de la vie moderne, Charles Baudelaire considère "le beau, la mode et le bonheur", et son départ vaut lecture :
"Il  y a dans le monde des gens qui vont au musée du Louvre, passent  rapidement et sans leur accorder un regard devant une foule de tableaux  très intéressants quoi que de second ordre et se plantent rêveurs devant  un Titien ou un Raphael, (…) puis sortent satisfaits se disant 'je  connais mon musée.'."
À ces "gens", Baudelaire oppose la classe  de ceux qui savent regarder le "second ordre", d'un regard flottant,  mais vif. Ceux qui savent voir la banalité.
Or celle-ci, au  dix-neuvième siècle se fait poncif, pour autant que ce terme noue les  pôles d'une difficulté alors élaborée en anglais, français et allemand  —, à savoir que le présent a son plan de lecture privilégié dans le  vêtement et que le vêtement est tiraillé entre présence du présent, ou  modernité, et représentation du présent, ou mode.
Le poncif est le passage de l'un à l'autre, voilà ma thèse —
Qui  sera confrontée à la question du "style" tel que la formulent deux  articles — de F. Schwartz & M. Wigley. Le premier documente la  défaite des adhérences de tradition, la perte des formes anciennes, dont  la Mode est le nom; le second démontre comment la "querelle du  vêtement" fait paradoxalement prélude aux doctrines de l'architecture  moderne.
Côté mode, ces articles trouvent un équivalent dans la  description baudelairienne du dandy comme dans la généalogie de sa  "mort" chez Barthes.
Parfaitement cristallisé par la mode, le poncif  pose donc une question à la fois formelle et métaphysique : "à l'âge du  capitalisme", la différence est-elle encore possible.

Pourquoi Baudelaire… une archéologie du poncif, par Claire Brunet

42 min

Ancienne élève de l'ENS, docteur en philosophie, maître de conférences à  l'ENS Paris-Saclay, Claire Brunet a d'abord traduit Michael Fried (La place du spectateur & Le modernisme de Manet), Rosalind Krauss (Passages, pour une histoire de la sculpture) et Oskar Bätschman (Poussin, dialectiques de la peinture).  Elle édite depuis 2008 le séminaire de Charles Melman (psychanalyste),  et travaille aujourd'hui à penser le design historiquement, — notamment  autour de l'héritage du moderne baudelairien. Elle est actuellement  membre du jury de la bourse Agora en design (responsable pour les  écritures critiques) et membre du Centre de recherche en Design (CRD —  ENS Paris-Saclay — ENSCI). Paraîtra en juin un numéro spécial de la  revue Critique autour des questions d'architecture et de design  qu'elle a coordonné avec Elie During, elle y publie un texte intitulé  "La grille et le sérial killer, stratégies pour l'histoire du design".  Et sera bientôt mis en ligne sur la plateforme PROBLEMATA un texte sur  les photographies de Bunker Archéologie de Paul Virilio, "L'adieu aux  images".

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Cette communication a été enregistrée  dans le cadre du colloque intitulé La mode comme indiscipline : territoires d'expressions et de recherches  qui s’est tenu au Centre Culturel International de Cerisy du 31 août au  4 septembre 2021, sous la direction de Mathieu BUARD, Denis DARPY,  Céline MALLET et Aurélie MOSSÉ.