Pourquoi il faut dédramatiser la violence dans les jeux vidéo

Publicité

Pourquoi il faut dédramatiser la violence dans les jeux vidéo

Par

Un jeu vidéo qui proposait de violer et tuer des femmes a fait scandale il y a quelques jours sur la plateforme Steam. Rapidement retiré, il a relancé un débat aussi vieux que les premières consoles, celui de la place de la violence dans les jeux vidéo.

Le jeu vidéo n’est pas le seul médium à montrer des scènes de violence. Pourtant, il est le coupable médiatique idéal, à cause de l’identification à l’avatar. 

Alexis Blanchet, chercheur en game studies : "Ça fait 40 ans que les jeux vidéo sont attaqués sous l’angle de leur violence, violence de leurs contenus, possibilité que la violence qui se développe dans leurs contenus s’exprime dans la réalité.

Publicité

La fiction a toujours posé ce problème de ce qui se passait dans la fiction et de ce qui se passait en dehors."

Mais ce procès est injuste pour plusieurs raisons.

Il y a dans tout jeu une forme de compétition donc une forme de violence.

Alexis Blanchet : "C’est un motif qui renvoie à une forme d’adversité, d’agôn, dirait un essayiste qui s’appelle Roger Caillois, qui a beaucoup travaillé sur le jeu. La catégorie de l’agôn, le fait qu’on s’oppose à un adversaire, comme on peut le faire dans un jeu de lutte ou un match de tennis, c’est un des plaisirs du jeu. 

Ça s’exprime ensuite dans le cadre du jeu, par des formes de violence qui sont jouées elles-mêmes aussi. Les enfants jouent au gendarme et au voleur, ils s’entendront entre eux pour dire que tout ça, c’est pour du jeu. Même quand on joue à un jeu sans règle, on est toujours attentif à ce qu’il y ait un consensus qui fasse qu’on ne dépasse pas certaines limites."

Le traitement médiatique ne se concentre que sur la violence physique.

Alexis Blanchet : "Il y a des violences qui sont totalement invisibilisées dans les jeux vidéo. Certains jeux vidéo de gestion renvoient à des formes de néocolonialisme qui sont des formes de violence, mais qui vont être beaucoup moins repérées et repérables dans le traitement médiatique. 

Un jeu qui s’appelle Pikmin de Nintendo, qui appartient à une compagnie connue pour faire des contenus adaptés aux familles et aux jeunes, on est assez frappé en jouant à Pikmin d’incarner un colon qui vient sur une planète récupérer les ressources, réduire en esclavage les personnages, les Pikmins. On ne le percevra pas comme un jeu violent, au contraire on dira que c’est un jeu mignon. Quand on parle de violence dans les jeux vidéo comme quand on en parle partout, il faut voir à quel type de violence on fait référence."

La violence dans les jeux vidéo, souvent esthétisée est surtout cosmétique, elle fonctionne comme un système de récompense pour le joueur qui accomplit une action.

Alexis Blanchet : "Une manifestation horrifique d’un impact de balle sur un corps ne servira qu’à marquer le fait qu’un coup est réussi. Il est fort possible que toute une série d’animations de cette violence physique peut-être un peu gore parfois, soit effacée par les joueurs et les joueuses qui sont en fait concentrés sur l’action de jeu. Ce sont plus des questions de skills, c’est-à-dire de compétences à faire valoir dans le cadre du jeu, d’évitement, de précision, et c’est ça qui est retenu par les joueurs et les joueuses."

En savoir plus : Jeux vidéo, jouir du pire