Publicité

Pourquoi la biodiversité est en danger

Par
Un agriculteur français dans un champ utilise des produits phytosanitaires (herbicides, fongicides, insecticides). 7 août 2017.
Un agriculteur français dans un champ utilise des produits phytosanitaires (herbicides, fongicides, insecticides). 7 août 2017.
© AFP - Philippe HUGUEN

Le plan pour la biodiversité du ministre de l'Ecologie est censé ralentir les effets désastreux de l'activité humaine sur le monde du vivant. Alors que la situation est dramatique, des associations critiquent le manque de moyens mis en oeuvre. Passage en revue des signes les plus alarmants.

L'heure est grave. Il est peut-être même déjà trop tard pour sauver la biodiversité. Depuis plusieurs années, des scientifiques alertent sur l'extinction de masse des animaux. Un phénomène qui ne cesse de s'accélérer et dont les effets pourraient être irrémédiables. En juillet 2017, des chercheurs de l'université de Stanford évoquent "un anéantissement biologique" en cours.

Est-il déjà trop tard ? Éléments de réponse avec les Matins de France Culture :

Publicité
19 min

La situation est telle que notre planète vivrait une sixième extinction de masse de la biodiversité. Mais cette fois, la cause n'est pas à chercher du côté d'une activité volcanique exceptionnelle ou des météorites. 

L'homme est le responsable. L'impact de notre activité ne date pas d'hier. Selon une étude récente, l'influence de l'être humain sur la nature s'exerce depuis 125 000 ans. 

Mais la tendance s'est nettement accélérée ces dernières décennies, provoquant des réactions catastrophiques sur la biodiversité.

Un recours aux pesticides nocifs pour les insectes et la chaîne alimentaire

Selon Nicolas Hulot, on compte "80% d'insectes en moins à échelle européenne". Ces espèces, abeilles en tête, sont les victimes directes de l'utilisation massive de pesticides à base de néonicotinoïdes. La disparition massive des abeilles a un impact direct pour la biodiversité :

"Sans abeille : il n'y a pas plus de légumes, il n'y a plus de fruits. Elles fécondent 80% des plantes à fleurs" expliquait Gilles Bœuf, président du conseil scientifique de l’Agence Française pour la biodiversité sur France Culture à l'été 2017.

21 min

En plus de la pollinisation qui se retrouve perturbée, c'est la chaîne alimentaire qui est bouleversée. Ainsi, les campagnes sont vidées de leurs oiseaux qui ne trouvent plus d'insectes pour se nourrir. Environ un tiers des oiseaux ont disparu des campagnes ces vingt dernières années, selon les observations du CNRS et du Muséum d'histoire naturelle. Principal facteur de cette diminution progressive, mais néanmoins catastrophique ? L'agrochimie.

L'artificialisation des terres et la destruction des milieux naturels

Un sol artificialisé est une terre qui supporte l'activité humaine en dehors de l'agriculture et de la sylviculture (forêts et boisements). Cela concerne 9,3% du territoire français, selon le ministère de l'Agriculture. Cette artificialisation des sols ne cesse de gagner du terrain en France. + 0,8% de terres bétonnées chaque année depuis 2010, soit l'équivalent d'un terrain de football toutes les cinq minutes. Le grignotage des terres reste très soutenu en France. Il se fait, pour les deux tiers, au détriment des espaces agricoles, pour laisser la place à des logements, des zones économiques et commerciales, de routes et autres réseaux de transports.

55 min

Ces zones, une fois bétonnées, deviennent à la fois imperméables, ce qui peut donner des crues ou des inondations en cas de fortes pluies, et peuvent devenir des déserts biologiques. Le plan biodiversité de Nicolas Hulot, qui considère que la gestion des sols doit être sobre et durable, consisterait au minimum à compenser les surfaces artificialisée en "désartificialisant" des surfaces équivalentes. Cette approche de compensation systématique consisterait par exemple à végétaliser des toitures, des trottoirs, ou des parkings en zones urbaines. L'Etat entend mieux aussi accompagner des élus qui s'opposeraient sur leur commune à des projets trop consommateurs d'espaces naturels.

Par ailleurs, la déforestation a aussi des conséquences directes sur certaines espèces. C'est le cas des singes. Sur les 504 espèces de singes recensées à travers le monde, les trois quarts sont en déclin et 60 % en risque d'extinction. Avec une disparition qui pourrait être rapide, d'ici 25 à 50 ans, pour ces proches parents biologiques concentrés majoritairement dans quatre pays : le Brésil, l'Indonésie, la République démocratique du Congo et Madagascar.

Plastique, engrais et surexploitation des ressources bouleversent les océans

Il n'est pas question (pour le moment) de parler d'extinction massive de la biodiversité marine. Mais l'activité humaine a un impact considérable sur nos espaces marins. Les produits en plastique utilisés massivement se retrouvent dans les océans, et sont ingurgités par la faune marine.

En savoir plus : Océans de plastiques
58 min

Tout aussi grave, le CNRS relève dans une étude (2018) qu'au cours des cinquante dernières années "la proportion de zones de haute mer dépourvues de tout oxygène a plus que quadruplé". Tandis que les "sites à faible teneur en oxygène situés près des côtes, y compris les estuaires et les mers, ont été multipliés par dix depuis 1950". Ces zones mortes s'expliquent par l'augmentation de la température des océans due aux émissions de gaz à effet de serre et à l'utilisation massive d'engrais dans les champs qui se retrouvent dans les fleuves puis dans les océans.

Dans son plan pour la biodiversité, le ministre de l'Ecologie a annoncé la suppression progressive de 12 produits en plastique. Il vise également 100% de plastiques recyclés d'ici 2025.

43 min

"La biodiversité, tout le monde s'en fiche"

Si on ne fait rien, "40% des espèces vivantes auront disparu au milieu du siècle prochain" prévient  Nicolas Hulot. Mais ce n'est pas la première fois que le ministre essaie de mobiliser autour de cette question, tout aussi importante selon lui que celle du réchauffement climatique.

En mars 2018, à l'Assemblée nationale il tentait de provoquer un sursaut des députés :

"[Ce constat] ne provoque pas de la peine ni de la colère mais de la honte de savoir que derrière la sixième extinction de la biodiversité, le responsable c'est nous. Plus on réduit la biodiversité, plus on réduit nos options pour faire face à l'avenir. Il y a des tragédies invisibles et silencieuses dont on s'accommode tous les jours. Alors je vous le dis : tout seul, je n'y arriverai pas. Alors oui, je vais proposer dans quelques semaines un plan pour la biodiversité, mais sincèrement tout le monde s'en fiche, sauf quelques uns."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

© Visactu