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Pourquoi le cessez-le-feu en Libye est "structurellement défaillant"

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Carte du conflit libyen, juillet 2017
Carte du conflit libyen, juillet 2017
© Radio France - Camille Renard

Entretien. Sous l'égide d'Emmanuel Macron, deux chefs ennemis libyens ont conclu mardi 25 juillet un accord de cessez-le-feu. Carte à l'appui, le spécialiste de la Libye Jalel Harchaoui explique pourquoi cet accord est, en l'état, illusoire.

Un "Etat failli sur les rives de la Méditerranée". C'est ainsi qu'Emmanuel Macron qualifie la Libye dans un entretien accordé à Ouest France le 13 juillet dernier. Le chef de l'Etat français peut aujourd'hui se targuer d'une première victoire diplomatique pour stabiliser ce pays plongé dans le chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi, afin, à terme, de "résoudre la crise migratoire" en Europe. C'est sous son égide, ce 25 juillet, qu'un cessez-le-feu a été paraphé entre deux des principaux protagonistes du conflit : le chef militaire Khalifa Haftar, qui contrôle l'est du pays, et le dirigeant du gouvernement d'union nationale reconnu par l'ONU, Fayez Seraj.

Suite au conflit débuté en 2011, une deuxième guerre civile oppose depuis 2014 plusieurs gouvernements rivaux et diverses milices tribales, dont les allégeances varient au gré des parrainages locaux ou internationaux : Egypte, Emirats Arabes Unis, Qatar, Turquie, Soudan... sont impliqués de près ou de loin dans le conflit. Dans ce pays éclaté, le vide sécuritaire et politique profite aux djihadistes et aux trafics humains. Jalel Harchaoui, géopoliticien du Moyen-Orient spécialiste de la Libye (Paris-8), voit trois principaux achoppements à l'accord signé hier entre deux acteurs prépondérants du conflit. Cessez-le-feu qui a peu de chances d'être concrétisé sur le terrain selon lui.

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1) Des milices incontrôlables

Ce type de cessez-le-feu ne concerne pas des usages de la force à l'encontre de groupes considérés comme terroristes. Et justement, dans la doctrine du maréchal Khalifa Haftar, il y a cette règle qui consiste à considérer tout ennemi politique comme un groupe terroriste. Donc cela veut dire concrètement qu'il se garde l'option d'user de la force contre tout ennemi qu'il désignerait comme nécessitant une action militaire.

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2) La faiblesse du chef du gouvernement d'union nationale

L'autre problème, c'est la faiblesse du Premier ministre Fayez Seraj. Il est reconnu internationalement. Mais il est simplement toléré par d'autres groupes armés dans la capitale depuis laquelle il dirige, Tripoli. Ces groupes et milices le tolèrent, mais ne lui obéissent pas. Structurellement, il y a donc beaucoup de défaillances à cet accord.

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3) Des élections fantoches

L'idée contenue dans l'accord, selon laquelle des élections doivent être tenues en 2018, est une idée mentionnée depuis longtemps, au moins le début de 2017, et à laquelle les Occidentaux tiennent beaucoup. Mais plusieurs problèmes sont soulevés par cette perspective. En premier lieu, les conditions de possibilités matérielles : comment imaginer organiser des élections sur la totalité du territoire libyen aujourd'hui ? Ensuite, il s'agit d'atteindre un taux de participation acceptable, autour de 40%. Il ne faut pas oublier qu'en 2014, le taux de participation avait été de seulement 18%, et cela a été le coup de départ de la guerre civile à laquelle on assiste aujourd'hui. Il ne faudrait pas répéter cela. Ce n'est pas vraiment ce qui a manqué à la Libye, des élections.

La condition sine qua non, urgente, pour une pacification du conflit, selon Jalel Harchaoui : le désarmement des parties.

Ce qu'il faut, c'est désarmer le nombre gigantesque de groupes armés, qui suivent leur propre agenda.