Publicité

Pourquoi le sida a tué deux fois moins en 10 ans

Par
Le nombre de morts du sida divisé par 2 en 10 ans
Le nombre de morts du sida divisé par 2 en 10 ans
© Radio France - Camille Renard

A voir . Selon le rapport annuel de l'ONU sur le sida, publié ce jeudi, la mortalité du sida a été divisée par deux en 10 ans. A la veille de la plus importante conférence scientifique sur le sujet, organisée à Paris de dimanche à mercredi, voici en graphiques une explication des causes de ces progrès.

Selon le rapport annuel de l'ONU sur le sida, publié jeudi 20 juillet, la mortalité du sida a été réduite de moitié de 2005 à 2016. Alors qu'une conférence scientifique majeure organisée à Paris du 23 au 26 juillet questionnera et approfondira ce bilan, voici en graphiques le constat de ces progrès et l'explication de leurs causes.

1) Un engagement politique pour une meilleure diffusion des traitements

En 2016, pour la première fois dans l'histoire, plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH ont accès aux traitements (soit 53% des malades : 19,5 millions sur 36,7). Cela était "inimaginable" il y a encore quelques années, selon le responsable d'ONU sida, Michel Sidibé, qui présentait le 20 juillet les résultats de son rapport annuel.

Publicité

"On avance, c'est incroyable. Imaginez, il y a quelques années, on pensait que des pays comme le Botswana n'auraient même pas existé !"

1 min

L'approche internationale du traitement du VIH a profondément changé à partir de 2014 : elle s'est éloignée de l’accent mis sur le nombre de personnes ayant accès au traitement antirétroviral pour donner une plus grande importance à la suppression de la charge virale chez les personnes vivant avec le VIH. Le traitement protège ainsi non seulement les personnes vivant avec le VIH des maladies liées au sida, mais il réduit aussi considérablement le risque de transmission du virus puisque sa quantité dans le sang et dans les autres liquides corporels peut arriver à un niveau indétectable.

Non seulement plus de personnes ont accès au traitement, mais elles le commencent plus tôt, réduisant ainsi leur charge virale, soit la quantité de HIV présente dans le corps, et donc la transmission.

Cette meilleure diffusion des traitements est notamment le fait d'une prise de conscience politique, comme l'explique le docteur Aliou Sylla, directeur du réseau de coalition internationale sida plus, interrogé par Lise Verbeke. Ancien président fondateur de l'association malienne Arcad-sida, il a créé la première structure de prise en charge du VIH sida au Mali, le CESAC (Centre d'écoute, de soin, d'animation, de conseil pour les personnes vivant avec le VIH) :

Les chefs d'Etat de l'Union africaine viennent de s'engager fortement dans un plan de rattrapage pour l'accès aux anti rétro viraux

1 min

Les pays à revenus faibles ou intermédiaires rattrapent progressivement leur retard face aux services disponibles dans les pays à revenus élevés. L'Afrique du Sud a notamment eu une attitude offensive dans la négociation pour réduire les prix mondiaux des tests de dépistage de la charge virale, et a obtenu un tarif préférentiel, dont bénéficient des pays comme l'Ethiopie, le Nigeria, ou le Kenya.

Les nouvelles infections au VIH divisées par 2 en 20 ans
Les nouvelles infections au VIH divisées par 2 en 20 ans
© Radio France - Camille Renard

2) Une meilleure qualité des traitements

Depuis la découverte du VIH en 1983, les financements de la recherche pour son traitement ont été colossaux. Après l'apparition du tout premier médicament contre le VIH - l’AZT, d’autres molécules, toujours plus efficaces, de mieux en mieux tolérées, ont abouti aux tri-thérapies actuelles, qui permettent aux patients de vivre dans de bonnes conditions avec leur infection. En plus d'une moindre morbidité, les améliorations de la qualité de vie sont substantielles. En Afrique du Sud, la proportion de personnes vivant avec le VIH ayant signalé une douleur est passée de 69% à 17% après cinq ans de traitement antirétroviral selon le rapport de l'ONU.

L'Invité des Matins d'été (1ère partie)
22 min

3) Plus de dépistages

La prise de conscience de la maladie chez ceux qui sont porteurs du virus est fondamentale. C'est l'un des trois piliers de la politique de l'ONU concernant le sida pour en enrayer la transmission et éradiquer la maladie. Aujourd'hui, 70 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut. En plus du dépistage du VIH, le dépistage de la charge virale est fondamental pour le maintien de l'extension du traitement. Une prise de sang peut indiquer si le virus est très actif dans sa reproduction, et permet d’évaluer la vitesse de progression de l’infection, ainsi que la rapidité estimée de l'affaiblissement immunitaire. Le nombre total de personnes sous traitement antirétroviral ayant accès au dépistage de la charge virale s’est accru de 4,4 à 8,1 millions entre 2015 et 2016.

4) Plus de prévention

Qui dit moins de diffusion de la maladie dit logiquement moins de mortalité. La prévention reste un axe fort, dans le cadre d’une approche globale qui inclut les préservatifs, la circoncision masculine médicale volontaire, la prophylaxie pré-exposition et "les efforts visant à protéger les droits de l’Homme et à créer un environnement propice à la prestation des services" selon la note de l'ONU.

5) Certes, moins de morts, mais l'épidémie continue de progresser

Le nombre de personnes vivant avec le VIH ne cesse d'augmenter dans le monde
Le nombre de personnes vivant avec le VIH ne cesse d'augmenter dans le monde
© Radio France - Camille Renard

- Encore 1,8 million de nouvelles infections ont été dénombrées par l'INU sida en 2016, soit une nouvelle contamination toutes les 17 secondes.

- Dans certaines zones, comme en Europe de l'Est et en Asie centrale, le sida progresse vite : le nombre de décès dus au sida a augmenté de 27% en six ans et on observe 60% de nouvelles infections. Les nouveaux pays les plus touchés sont la Russie, l'Albanie et l'Arménie.

- Des comportements sexuels actuels chez certains groupes sociaux, même dans des pays à hauts revenus comme la France, ne sont pas de bonne augure : non-utilisation du préservatif, multiplication des partenaires sexuels sans protection... D'autres maladies sexuellement transmissibles se développent, laissant peser la menace d'un retour du sida. Paradoxalement, grâce aux progrès des traitements qui permettent de vivre mieux et plus longtemps, la transmission du VIH est moins crainte que par le passé.