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Pourquoi les abeilles sont indispensables ?

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Une abeille peut butiner une centaine de fleurs par voyage et faire plusieurs kilomètres en une journée.
Une abeille peut butiner une centaine de fleurs par voyage et faire plusieurs kilomètres en une journée.
© Getty - LightRocket

La surmortalité des abeilles inquiète en France et en Europe. Dans l’hexagone, les apiculteurs parlent même d’hécatombe ces dernières semaines. Les abeilles sont déboussolées, notamment à cause des insecticides. Une grave menace pour la biodiversité. Mais à quoi servent les abeilles ?

Les apiculteurs français ont choisi ce jeudi pour alerter les pouvoirs publics sur le taux de mortalité très élevé des abeilles. Dans leur viseur : les pesticides qui tuent leurs insectes. Ils vont converger de plusieurs régions avec des ruches vides et des abeilles mortes jusqu’à l’Elysée pour réclamer des aides publiques. Cette année est particulièrement meurtrière pour les abeilles domestiques, certains professionnels ont perdu la quasi-totalité de leurs ruches. C’est pour cela qu’ils demandent également l’interdiction des pesticides. Car même si l’Union européenne a voté pour l’interdiction de trois produits de la famille des néonicotinoïdes sur toutes les cultures en plein air, pour les ONG, comme Greenpeace Europe, il reste encore d’autres pesticides qui déciment les ruches. 

Beaucoup de zones géographiques sont touchées en France, en Dordogne, 2 500 colonies sont mortes. La situation est aussi problématique en Charente Maritime, en Bretagne, dans le Doubs ou encore dans la Creuse. Plusieurs raisons à cela, la météo de cet hiver qui n’a pas été bonne, mais aussi des maladies qui se sont développées. A cela s’ajoutent les pesticides, qui déboussolent les abeilles, domestiques et sauvages. 

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À lire : Comment la France perd ses abeilles (et leur miel)

Selon une étude britannique, menée en 2016, durant 18 ans, par sept chercheurs du centre pour l’écologie et l’hydrologie de Wallingford et Fera Science Limited, il y a un lien sûr entre pesticides et le fait que de plus en plus d’abeilles et de bourdons perdent leur sens de l’orientation, même s’ils n’apportent pas de "preuves solides", selon les mots des auteurs. 

Si le phénomène s’accentue, concernant les abeilles domestiques et sauvages, cela pourrait avoir de graves conséquences sur la biodiversité. 

À lire : Abeilles et néonicotinoïdes : quel est le problème ?

Sans abeille, pas de plante 

Il existe 1 000 espèces différentes d’abeilles sauvages en France et 20 000 à travers le monde. Selon les scientifiques, les abeilles sont apparues sur Terre, 100 à 150 millions d’années avant l’Homme. Elles ont permis l’évolution des plantes à fleurs et en ont garanti la survie.

Car les insectes, et principalement les abeilles, contribuent à la pollinisation de 80% des espèces de plantes à fleurs et des plantes cultivées. "La pollinisation est un élément essentiel de la reproduction sexuée des plantes, explique Bernard Vaissière, chargé de recherche à l’unité abeille et environnement à l’Inra d’Avignon. Les plantes produisent du pollen qui contient des gamètes mâles, et ce pollen n’est pas mobile. Il faut donc le transférer sur la partie réceptrice de l’appareil femelle de chaque plante. Pour cela, il y a la gravité, le vent, ou les insectes, et donc les abeilles".

Selon le chercheur, les abeilles interviennent dans 4 grands domaines de l’agriculture, "ce qui représente 30% de notre tonnage d’alimentation, elles sont donc essentielles à notre alimentation" : 

  • L’agriculture fruitière. Quasiment toutes les rosacées dépendent des insectes pour transférer le pollen, soit d’une fleur à l’autre, soit d’une plante à une autre, car la plupart sont auto-incompatible. Pour les pommiers par exemple, il faut une variété de production et une autre variété pour réaliser la pollinisation de cette variété de production. 
  • Les grandes cultures : oléagineuse et protéagineuse. Le tournesol et la fibreuse par exemple sont dépendants de l’activité pollinisatrice des abeilles. 
  • Le maraîchage, les cucurbitacées, le melon, la pastèque, la courgette, et les fraises.
  • La production de semences. Pour l’oignon, le poireau, la carotte, la salade, les endives… 

Selon l’Inra, Institut national de la recherche agronomique, la valeur économique de l’activité pollinisatrice des insectes est estimée à 153 milliards d’euros, "soit 9,5% en valeur de l’ensemble de la production alimentaire mondiale. Les cultures les plus dépendantes de la pollinisation par les insectes sont aussi celles qui ont la valeur économique la plus importante". 

Pour pallier le manque d’abeilles, "de plus en plus d’agriculteurs ont recours à la location de colonies d’abeilles domestiques, ajoute Bernard Vaissière, ou à des colonies de bourdons pour assurer la pollinisation de leur verger ou de leur culture". 

Sans fleur, pas d’abeille

Les abeilles se nourrissent en grande partie de pollen et de nectar. "Avec l’artificialisation des paysages, s’alarme l’Inra, les pollinisateurs font face à de longues périodes de disette. Pour assurer leur protection et leur survie, il faut donc préserver la diversité des sources de pollen en recourant à des jachères florales en zones de grande culture, sur les bordures des routes, dans les jardins des particuliers …"

Comment les abeilles sélectionnent les fleurs ?

Depuis les années 1970, grâce aux travaux de l’Autrichien Karl von Frish, qui a obtenu le prix Nobel de médecine en 1973, nous savons comment les abeilles communiquent. Elles dansent ! Notamment, en forme de 8. "Une abeille qui trouve une bonne source de nourriture, revient à la ruche et effectue cette danse__", explique Mathieu Lihoreau, chargé de recherche au CNRS, au centre de recherche sur la cognition animale, à Toulouse : 

Les paramètres de la danse vont permettre aux autres individus de connaître la distance de cette nourriture et la qualité. Le "8" est fait à la perpendiculaire, et indique l’angle de la source par rapport au soleil. Plus le "8" est répété, plus la source de nourriture est profitable. Si une certaine partie du "8" est longue, cela signifie que la distance est longue. 

Leur moyen de communication est donc connu. Ce qui l’est beaucoup moins, ce sont les façons dont elles sélectionnent les fleurs. Une abeille peut butiner une centaine de fleurs par voyage et faire plusieurs kilomètres en une journée. Il est bien sûr impossible de suivre les abeilles d’une ruche, qui peuvent être jusqu’à 60 000. 

En savoir plus : Les abeilles pensent-elles ? Et à quoi nous font-elles penser ?

Fleur connectée

Mathieu Lihoreau a donc cherché à en savoir plus, comprendre le comportement de butinage. Pour cela, il s’est appuyé sur une classe de lycéens, du lycée technique Julliot-de-la-Morandière à Granville. Ils ont réalisé le prototype d’une fleur connectée : 

Nous allons pouvoir donner à cette fleur les qualités nutritionnelles que l’on veut, détaille le chercheur, elle va sécréter du nectar artificiel, du pollen, de l’eau ou sucre. On lui donne la forme, la couleur et les caractéristiques que l’on souhaite. 

Cette fleur est censée enregistrer le passage des abeilles, à qui les chercheurs auront mis au préalable des codes-barres sur le corps. "Et ainsi, une caméra au-dessus de la fleur scannera ce code barre, et nous saurons d’où vient l’abeille, ce qu’elle mange sur la fleur, à quelle heure et combien de temps"

Le prototype de fleur connectée.
Le prototype de fleur connectée.
- Lycée Julliot-de-la-Morandière - Granville

Le prototype fonctionne, Mathieu Lihoreau souhaite le reprendre en laboratoire, l’améliorer et le répliquer : "mieux comprendre ces comportements de base nous permettra de mieux comprendre les dynamiques de pollinisation, essentielle à la reproduction des plantes et au maintien des écosystèmes".

Si le système de fleur connectée se développe, l’idée est aussi de mieux connaître le comportement des abeilles si elles absorbent des pesticides.

En savoir plus : Interdiction des insecticides néonicotinoïdes : n’est-il pas trop tard pour sauver les abeilles ?