L'acteur américain Billy Porter avant la 91e cérémonie des Academy Awards, à Hollywood, le 24 février 2019.
L'acteur américain Billy Porter avant la 91e cérémonie des Academy Awards, à Hollywood, le 24 février 2019.

Pourquoi les hommes ne portent plus de robe

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Pourquoi les hommes ne portent plus de robe

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Avec les beaux jours, les robes estivales font leur grand retour. Mais pourquoi ce vêtement - idéal pour supporter la chaleur - n’est-il aujourd'hui réservé qu’aux femmes, en Occident ?

Pourquoi est-ce si inhabituel de voir un homme en robe ? Associé aujourd’hui exclusivement au genre féminin dans les pays occidentaux, ce vêtement n’a pourtant pas toujours été réservé aux femmes. Longtemps, la robe a été un vêtement unisexe. 

Quand la robe était unisexe

Dans l’Antiquité gréco-romaine, le vêtement qui domine n’est pas le pantalon mais des dérivés de la robe. Les hommes comme les femmes portent des tuniques, des tissus drapés, des toges, des chemises longues. Dans la Rome antique, même les soldats portent des jupes. Courtes et amples, elles permettent de se mouvoir facilement au combat et sont alors perçues comme un symbole de virilité.

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Une illustration de 1820 représentant l'acteur britannique Edmund Kean dans le rôle de Brutus pour la pièce de théâtre "Jules César".
Une illustration de 1820 représentant l'acteur britannique Edmund Kean dans le rôle de Brutus pour la pièce de théâtre "Jules César".
© Getty - Smith Collection/Gado/Getty Images

Au Moyen Âge aussi, hommes comme femmes s’habillent en robe sans que cela ne pose problème.

La robe du Moyen Âge, c’est un ensemble de vêtements, donc elle n’a pas du tout une connotation féminine dans les écrits médiévaux. Au XVe siècle aussi, une sorte de houppelande sera portée par des hommes et par des femmes. Donc le côté féminin du terme en lui-même n’est pas du tout revendiqué au Moyen Âge. On va parler plutôt de vêtements longs ou de vêtements courts. Nadège Gauffre-Fayolle, Historienne médiéviste

En réalité, la mode du Moyen Âge sera mixte durant trois siècles.

On va avoir une mode mi-XIe, XIIe, XIIIe siècle, qui va pouvoir être qualifiée d’unisexe, parce qu’à ce moment-là on va avoir une cotte pour l’homme et la femme et un surcot pour l’homme et la femme qui vont être quasiment identiques. A part quelques petites adaptations : la robe va aller jusqu’aux chevilles pour les hommes, pour les femmes, elle va vraiment couvrir le pied. Les hommes vont avoir des aménagements pour se mouvoir plus facilement. Nadège Gauffre-Fayolle, historienne médiéviste

Un homme et une femme en cotte et surcot, vers 1310-1320.
Un homme et une femme en cotte et surcot, vers 1310-1320.

Révolution vestimentaire au XIVe siècle

Au XIVe siècle, une rupture vestimentaire s'opère entre les hommes et les femmes avec la popularisation d'une nouvelle veste pour hommes plus complexe à coudre et plus confortable à porter. Les hommes délaissent les robes pour une tenue deux-pièces. C’est une révolution vestimentaire profonde. 

On appelle ça "la révolution du costume court", parce que cette fois-ci, l’homme va porter un vêtement en deux pièces. Donc, un pourpoint, agrémenté de chausses pour recouvrir les jambes - ce sont des sortes de bas. La femme, elle, va rester dans un vêtement long, qui couvre l’entièreté des jambes et les bras. Nadège Gauffre-Fayolle, historienne médiéviste

À la Renaissance, malgré l’omniprésence du pourpoint, les robes ne sont pas effacées des gardes-robes masculines. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les bébés garçons et les vieillards portent le vêtement long.

La robe reste également un vêtement synonyme de dignité qui s’impose dans de nombreux métiers, aujourd’hui appelés : “Métiers de Robe”.

Les vêtements de pouvoir sont des vêtements longs. Il y a aussi toute une catégorie institutionnelle qui va continuer à porter ces vêtements d’autorité. Donc, on aura l’université, la magistrature, et puis bien sûr tout ce qui recouvre du personnel ecclésiastique. Nadège Gauffre-Fayolle, historienne médiéviste

C’est donc à la Renaissance que les silhouettes masculines et féminines se distinguent. Elles reflètent aussi le statut social imposé aux femmes de l’époque : quand l’homme en pantalon est actif, la femme en robe est domestique.

Mode mixte et désir d'égalité vestimentaire

Dans les années 1960, un grand mouvement pour la mode unisexe se développe mais ce désir d’égalité vestimentaire connaît des limites. Si les femmes s’approprient le pantalon, les cheveux courts et les chaussures plates, les hommes eux, vont adopter peu de vêtements mixtes.

Le vêtement fait partie de ces normes, de ces carcans, que cette époque veut faire exploser. Le vêtement ouvert - la robe, la jupe - n’a pas été adopté par les hommes, sauf à la marge. Christine Bard, historienne du féminisme

En 1984, Jean-Paul Gaultier crée la jupe pour hommes sans que cela ne se démocratise en dehors des podiums. De nombreux freins sociétaux l'en empêche.

D’une manière générale, pour un homme, porter une jupe c’est s’exposer à des agressions multiples dans l’espace public. Il y a de l’homophobie, de la transphobie, déclenchées par le port d’un vêtement identifié encore au féminin, même s’il est accessoirisé au masculin. Christine Bard, historienne du féminisme

L'artiste américain Kid Cudi rend hommage à Kurt Cobain sur le plateau de l'émission "Saturday Night Live" le 10 avril 2021.
L'artiste américain Kid Cudi rend hommage à Kurt Cobain sur le plateau de l'émission "Saturday Night Live" le 10 avril 2021.
© Getty - Will Heath/NBC/NBCU Photo Bank via Getty Images

Depuis les années 1970 et jusqu’à aujourd’hui, de nombreux artistes masculins ont porté des robes ou des jupes pour dénoncer la binarité des genres. Malgré tout, la robe n’a pas retrouvé sa place dans le dressing masculin.