Pourquoi représente-t-on le cœur avec ce symbole ?
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Pourquoi représente-ton le cœur avec ce symbole

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Pourquoi représente-t-on le cœur avec ce symbole <3 ?

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Avec sa symétrie et ses deux lobes, le symbole cœur s'est imposé comme l'un des symboles les plus universels. Pourtant, il est assez différent de la forme de l'organe.

Vous l’utilisez dans vos conversations de tous les jours pour montrer votre amour, votre amitié ou votre affection. Cette représentation du cœur, apparue au Moyen Âge, n’a pourtant rien à voir avec la forme de l’organe. Voici comment ce dessin stylisé s’est imposé comme symbole universel de l’amour.

L’une des toutes premières représentations modernes du cœur apparaît dans un manuscrit français publié aux alentours de 1340. La forme de l'organe sur le dessin peut évoquer une grosse dent ou un poivron, pourtant la forme symétrique et les deux lobes du symbole coeur sont déjà bien visibles.

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Nicolas Vernot, historien:“Vous dessinez une figure qui veut dire “2 en 1” avec 2 lobes qui sont réunis. Cette idée de 2 en 1 signifie que le cœur est l’organe de l’amour et de tout ce qui vous unit aux autres. Au fond, c’est la forme d’un vase et ça rappelle qu’un cœur c’est creux. Et si c'est creux, eh bien si vous êtes un ardent amoureux vous allez remplir votre cœur d’amour, si vous êtes un sujet loyal vous allez remplir votre cœur de fidélité envers votre souverain et si vous êtes un bon chrétien vous remplissez votre cœur de charité et de foi.”

Cette représentation singulière ne s’inspire pas d’une forme anatomique mais bien de formes végétales, bien connue depuis l'Antiquité. Il s'agit de la feuille de lierre, plante résistante, qui pour les Romains évoque l’attachement et la feuille de tilleul qui pour d’autre cultures évoque le lien amoureux.

Nicolas Vernot : “Vous avez des scènes médiévales où on voit des amoureux sous un tilleul et puis avec l’écorce de tilleul, on fait des cordages. Donc la symbolique du lien rejoint celle du cœur. Si au Moyen Âge, le cœur s’impose comme symbole, c’est parce que le signe qui sert à dessiner cet organe parle déjà aux gens et évoque l’idée d’attachement.”

Un organe associé à l'amour depuis toujours

Mais au-delà de la forme, pourquoi l'organe cœur est associé à l’amour ? Il occupe depuis l’Egypte antique une fonction centrale : c'est un organe vital et le siège de l’âme. Dans l’Ancien Testament, le cœur est le centre des pensées.

Nicolas Vernot : “Chez les Romains, le sentiment de l’amour c'est dans le “cor” ou “pectus”, la poitrine. Et c’est Saint Augustin qui va concentrer cette symbolique dans cet organe en faisant la synthèse entre l’héritage biblique et antique.”

Dès la fin du XIVe siècle, le dessin stylisé du cœur se diffuse en Europe. Il s’intègre parfaitement à l’esthétique du gothique flamboyant, avec ses figures tracées au compas.  

Mais ce succès s’explique par la reprise du motif dans les armoiries des nobles.

Nicolas Vernot : “Et à partir du moment où on vous dit que tout le monde a un cœur, tout le monde peut dessiner son cœur, on peut faire des graffitis avec. Vous avez un symbole qui au fond s’inscrit dans l’histoire de l’affirmation de l’individu en Occident et de l’affaiblissement relatif de la communauté."

Une forme licencieuse

Ce qui fait la force de ce symbole, c’est aussi l’ambiguïté de ce qu’il désigne  

Un cœur ? Un postérieur ? Une poitrine ?  

Nicolas Vernot : “Vous avez des textes comiques, satiriques, grivois qui montrent très clairement que le cœur, c’est ce qu’il se passe sous la ceinture. Cette ambiguïté permet de montrer la sexualité mais d’une manière décente.”

Grâce à l’imprimerie, le cœur se diffuse sous forme d’estampes, mais aussi de gravures sur bois. Il se décline en objets dérivés faciles à concevoir : bagues, miroirs, armoires, etc. que s’arrachent aussi bien les profanes amoureux que les religieux.

Nicolas Vernot :Il y a une sorte d’émulation entre les écrits religieux qui utilisent le cœur pour magnifier la foi et l’élan spirituel, les amoureux qui empruntent ce vocabulaire pour montrer combien ce qu’ils éprouvent est sacré, et les mystiques qui comparent leur expérience spirituelle à l’amour, avec un vocabulaire qui est celui de l’érotisme.”

Avec les dissections de corps humains, on commence à mieux connaître le fonctionnement du cœur_._ Les planches anatomiques circulent en Europe avec des dessins naturalistes de l’organe bien différents du symbole.

Nicolas Vernot : “L’icône cœur a acquis une sorte d’autonomie, elle est au-delà de l’anatomie. On est dans le domaine de la métaphore et on n’a pas besoin d’avoir recours à des dessins qui sont d’ailleurs très difficiles à reproduire.”

L’Eglise tente de renverser cette symbolique, notamment le culte du Sacré-Cœur qui remet le cœur organique au centre de son blason au XIXe siècle.

Nicolas Vernot : “Il y a l’idée que les populations doivent se repentir et pour cela, il faut les faire culpabiliser. Ce cœur sanguinolent, transpercé d’épines, ou d’un glaive, c’est un cœur qui doit faire culpabiliser.”

Le cœur s’affirme comme l’un des symboles culturels les plus universels qui déploie tout son potentiel commercial lors de la Saint-Valentin.

“Cela dit, il y a encore beaucoup de cœurs qui échappent à ce mercantilisme. Si vous regardez les graffiti avec des cœurs sur l’écorce des arbres, c’est quand même un très beau symbole parce que c’est l’idée qu’on espère que l’amour va croître et grandir au même rythme, et avec la même solidité, que l’arbre qui s’élève vers le ciel. Donc il y a encore de l’espoir pour le cœur."

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