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Premiers Amérindiens : une arrivée par le Sud ?

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Les peintures rupestres de Pedra Furada, au Brésil, sont datées de plus de 35 000 ans.
Les peintures rupestres de Pedra Furada, au Brésil, sont datées de plus de 35 000 ans.
- Diego Rego Monteiro

Depuis les années 60, la théorie du peuplement de l'Amérique la plus communément admise est celle d'un passage par la Béringie, entre l'Alaska et la Sibérie. Or une étude publiée par la revue Nature remet cette théorie en question.

La question de savoir quand - et surtout comment - l’homme est parvenu jusqu’en Amérique, interroge et divise depuis un long moment paléontologues et archéologues. Apparu en Afrique il y a environ 200 000 ans, l'homo-sapiens a colonisé le monde : mais par où sont arrivées les premières populations amérindiennes ? En 1929, la découverte du site archéologique de Clovis, au Nouveau Mexique, avait permis d’établir que l’homme était sans doute arrivé en Amérique il y a environ 13 500 ans. Cette hypothèse nommée "Clovis first", selon laquelle les Amérindiens seraient issus de cette culture, a prédominé tout au long du XXe siècle.

Pour expliquer l’arrivée de l’homo-sapiens en Amérique, la théorie officielle défendue par bon nombre d’archéologues depuis les années 1960 est celle de la traversée de la Béringie, une bande de terre qui reliait l’Alaska et la Sibérie. Lors de la dernière période glaciaire, entre 25 000 et 14 000 ans avant notre ère, cette grande plaine se serait formée entre les deux continents. La présence de végétation aurait permis aux ruminants (caribous, mammouths, etc.) d’emprunter ce corridor de 1 500 km entre les deux continents, suivis de près par des chasseurs-cueilleurs nomades. Ces paléo-Américains auraient alors pénétré l’Amérique par le nord il y a près de 13 500 ans, avant de coloniser l’ensemble du continent.

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Or dans une récente étude publiée dans la revue Nature, le paléogénéticien danois Eske Willerslev de l'Université de Copenhague et son équipe ont analysé l’ADN des espèces animales et végétales qui occupaient ce pont de terre. La reconstitution de cet écosystème leur a permis d’établir que, suite au retrait des glaces, la steppe ne s’était formée qu’il y a 12 600 ans. Soit près de 1 000 ans après les premières traces de la culture pré-Clovis retrouvées au Nouveau-Mexique. La Béringie aurait donc été impraticable pour l’homme à une époque où il était déjà en Amérique.

Des pointes bifaciales retrouvées sur le site Clovis.
Des pointes bifaciales retrouvées sur le site Clovis.
- Bill Whittaker

“Nous sommes à la limite de la méthode carbone 14”

Surtout, l’homme aurait conquis l’Amérique bien plus tôt encore. Dès 1988, dans l’émission Archipel Sciences, au micro de Stéphane Deligeorges, l’archéologue et préhistorienne Niède Guidon confiait qu’on avait retrouvé des sites bien antérieurs à celui de Clovis. A l'époque, cette découverte avait été contestée par la communauté scientifique :

“La théorie admise c’est que l’homme serait entré par la Béringie le plus tôt possible aux environs de 30 000. Ensuite il serait descendu par la vallée du [fleuve] Mackenzie, par la côte, il aurait peuplé l’Amérique du Nord, se serait engouffré par l’Amérique centrale et serait rentré en Amérique du Sud. On supposait que l’Amérique du Sud, dans le meilleur des cas, aurait connu les premiers hommes aux environs de 12 000 ans. Or des sites de 12 000, 13 000 ans, il y en a énormément en Amérique du sud. A 12 000 ans, l’ensemble de l’Amérique du sud était peuplé, jusqu’en Patagonie. Cet immense continent, on ne peut pas admettre qu’il a commencé à être peuplé aux environs de 15 000 ou 12 000, il faut reculer. Aujourd’hui, nous au Piauí, nous avons une séquence chronologique parfaite, avec une cinquantaine de datations carbone 14, qui nous mènent jusqu’à plus de 39 000 ans. Nous sommes à la limite de la méthode carbone 14.”

Archipel sciences : Niède Guidon

29 min

De nombreux sites ont, depuis, confirmé l'idée que l'homme était arrivé en Amérique il y a plus de 13 500 ans, notamment au Mexique, comme les sites de Cerro Toluquilla, Hueyatlaco, El Cedral ou encore Baja California, qui ont abouti à des datations de traces humaines proches de 40 000 ans.

Les peintures rupestres de la grotte de Pedra Furada, située au sud-est de l'État du Piauí au Brésil, - là où ont travaillé Niède Guidon et son équipe - ont quant à elles établi la preuve d'une présence humaine il y a plus de 50 000 ans. La date, bien que contestée dans le milieu des archéologues, remet en question l'arrivée initiale de l'homo-sapiens par la Béringie.

Un peuplement par le Sud ?

Dans leur étude, intitulée "Postglacial viability and colonization in North America’s ice-free corridor", les chercheurs de l'Université de Copenhague estiment que les premiers Amérindiens auraient pu longer la côte ouest du Canada, prise par les glaces, trouvant de quoi se sustenter à la manière des Inuits.

Mais cette découverte conforte une autre hypothèse : celle d'un peuplement de l'Amérique par le Sud. Si la plupart des Amérindiens partagent des caractéristiques avec les peuples du Nord-Est de l'Asie et de la Mongolie, certains crânes découverts au Mexique partagent plus de points communs avec des peuples de l'Asie du Sud. Ainsi, les paléo-Américains auraient pu arriver par le Pacifique, passant d'île en île, avant d'être supplantés des milliers d'années plus tard par les Amérindiens en provenance d'Amérique du Nord. Ne reste plus qu'à le prouver.