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Préserver sur internet les langues menacées

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Le linguiste K. David Harrison avec John Agid (gche), dans le village de Matugar, en Papouasie, pour étudier le Matukar Panau
Le linguiste K. David Harrison avec John Agid (gche), dans le village de Matugar, en Papouasie, pour étudier le Matukar Panau
- Chris Rainier

Sur les quelque 7.000 langues parlées dans le monde entier, la moitié aura disparu avant la fin du siècle . L'Unesco s'alarme de ce patrimoine culturel et intellectuel (avec un atlas) à l'occasion de la Journée mondiale de la langue maternelle. En partenariat avec la Société National Geographic, qui édite le célèbre mensuel, David Harrison, professeur de linguistique à l’Université de Swarthmore, en Pennsylvanie, et Gregory Anderson, président du Living Tongues Institute for Endangered Languages, ont élaboré des dictionnaires parlant sur internet. Les huit premiers ont été officiellement mis en ligne le 17 février.

Le principe est simple : vous tapez un mot en anglais ou en espagnol, et vous pouvez l’entendre prononcé par une personne parlant couramment la langue .

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Pour choisir ces huit langues, les linguistes se sont fondés entre autres critères, sur la détermination des communautés à sauver leur dialecte. Mais encore fallait-il que cela ne soit pas trop tard. Anna Luisa Daigneault est la coordinatrice du projet pour l’Amérique latine :

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20 sec

Parmi ses huit langues retenues, il y a notamment le Matukar Panau parlé par 600 personnes dans deux villages de Papouasie Nouvelle Guinée et qui n’avait jamais été écrit ou enregistré.

A chaque fois, les linguistes ont procédé de la même manière. Introduits par des membres de la communauté qui luttaient déjà pour sauver leur dialecte – des professeurs, des étudiants… - et qui leur ont servi de traducteur, ils ont enregistré des Anciens, gardiens d’un savoir qui est en train de se perdre. Ils ont choisi des mots du quotidien : les parties du corps humain, les couleurs, les nombres, les plantes, les arbres…

Tito Perez, chamane de la communauté Chamacoco, à Puerto Diana, au Paraguay.
Tito Perez, chamane de la communauté Chamacoco, à Puerto Diana, au Paraguay.
- Chris Rainier

Andrés Ozuna est Paraguayéen et membre de la communauté Chamacoco . Il a participé à la constitution du dictionnaire de ce dialecte parlé par 1.200 Indiens environ :

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18 sec

Selon l'Unesco, 96% des langues ne sont parlées que par 4% de la population et en moyenne, l’une d’entre elles meurt tous les 15 jours. Elles sont victimes de pressions politiques, de conflits, de catastrophes naturelles ou d’épidémies qui déciment les population. Souvent ce sont des impératifs économiques qui obligent bon nombre de villageois à s'installer en ville.

Pour David Harrison, co-responsable du projet, les dictionnaires sur internet permettent de préserver la diversité linguistique :

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35 sec

32.000 mots sont répertoriés dans ces huit dictionnaires qui comptent aussi des photos d’objets culturels. Six autres devraient être prochainement mis en ligne .

Femmes en habits traditionnels de la culture Remo, en Inde. Langue très en danger que l'on peut retrouver désormais en ligne
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- Opino Gomango