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Présidentielle américaine : de la couverture santé aux armes à feu, revue des thèmes de la campagne démocrate

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A gauche Bernie Sanders et l'ancien vice-président Joe Biden lors du débat organisé par CBS News le 25 février 2020 à Charleston, en Caroline du Sud
A gauche Bernie Sanders et l'ancien vice-président Joe Biden lors du débat organisé par CBS News le 25 février 2020 à Charleston, en Caroline du Sud
© AFP - Win MCNamee / Getty images North America

Repères. La primaire démocrate pour désigner le candidat qui se présentera en novembre propose des programmes opposés pour l'Amérique post-Trump : la barre à gauche de Bernie Sanders, le centre de Joe Biden, ou la troisième voie, indéfinissable, du milliardaire Michael Bloomberg.

Quatre années sous le règne de Trump ont accentué les inégalités sociales aux Etats-Unis, ont mis à mal les efforts du pays en matière d'environnement et laissent un pays profondément divisé. En conséquences, même si les thématiques de campagne des candidats démocrates sont presque toutes les mêmes, les remèdes diffèrent considérablement, allant de la gauche de l'échiquier du parti jusqu'au centre. 

Le programme de campagne officiel du parti démocrate pour la présidentielle de 2020 sera adopté par les membres lors de la Convention nationale du 13 au 16 juillet prochains à Milwaukee, dans le Wisconsin. Les 4 000 délégués devront alors adopter un programme qui enrichira la dernière en date, celle de 2016. D'ici à cette convention, chaque candidat déroule des visions toutes différentes des besoins de leur pays après quatre ans de trumpisme. 

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Tour d'horizon en ce "Super Tuesday" - jour de vote aux primaires démocrates dans 14 États, aux îles Samoa américaines et pour les électeurs démocrates de l'étranger - et alors que les candidats Pete Buttigieg et Amy Klobuchar viennent d'abandonner. Cinq prétendants restant en lice.

Une couverture santé pour tous (ou presque)

C’est Bernie Sanders qui a, au tout début de sa campagne, proposé une couverture maladie pour tous. Il faudrait à ses yeux démonter Obamacare, le plan d'Obama contre lequel se sont battus en justice 14 Etats, et refonder un système totalement différent. De nombreux candidats démocrates (ils étaient à ce moment-là 25 en lice) lui ont emboîté le pas, annonçant même qu’ils s’alignaient sur son plan. 

Pas de réseau d’assurances privées, pas de franchise, pas de facture exorbitante surprise. Soins dentaires, lunettes, santé mentale, traitements de désintoxication, congés maternité, PMA, médicaments, etc. Objectif : empêcher les compagnies pharmaceutiques de réclamer des sommes astronomiques aux Américains, et faire en sorte que personne ne verse plus de 200 dollars par an pour se soigner.

On pourrait croire que Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, souhaiterait étendre Obamacare, aller plus loin. Obamacare (intitulé ACA, Affordable Care Act) permet aux personnes ayant un antécédent médical d'être couvertes par une assurance maladie au moindre coût. Ce n'était pas le cas auparavant. Obamacare permet également aux plus modestes d'obtenir un remboursement de leurs frais médicaux, soit par l'Etat, soit via leur employeur. Or, tout en refusant de démonter le système et de repartir à zéro, Biden ne veut pas étendre Obamacare à davantage de citoyens :

Je me suis tué à faire passer ce texte au Congrès. Je sais à quel point c'est dur !

Il est le seul des candidats à ne pas vouloir toucher à Obamacare, à ne pas présenter une grande refonte du système. Selon lui, Obamacare n'est pas qu'un lot de mesurettes :

Je sais que 20 millions de personnes ont obtenu une couverture qu'il n'avaient pas, et que 100 millions d'Américains avec un antécédent médical ont pu être couverts

► REGARDER | Le débat entre les candidats sur la couverture santé 

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Un "Green New Deal"

Il s’agit d’un grand programme d’investissements dans le secteur de l’environnement et des énergies renouvelables tout en assurant une justice sociale. Son appellation fait référence au New Deal du président Franklin D. Roosevelt mis en place de 1933 à 1936, en réponse à la Grande Dépression suite au krach de 1929. Le Green New Deal est une combinaison de l’approche économique de Roosevelt (déjà appliquée par Barack Obama en 2010) alliée au développement des énergies renouvelables. 

La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez lance la résolution sur le Green New Deal au Congrés
La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez lance la résolution sur le Green New Deal au Congrés
© AFP - SAUL LOEB

Le Green New Deal est inclus dans le programme de plusieurs candidats démocrates, à commencer par Bernie Sanders. Au départ, il a été lancé par la représentante nouvellement élue en 2018 Alexandria Ocasio-Cortez. Cette dernière soutient d’ailleurs la candidature de Bernie Sanders à l’investiture démocrate.

  • Transformer le système énergétique actuel, ne faire appel qu’aux énergies renouvelables et créer 20 millions d’emplois pour résoudre la crise actuelle.
  • Accompagner la réinsertion des salariés des industries fossiles
  • Rendre justice aux communautés qui souffrent en premier lieu du réchauffement climatique, à savoir les peuples autochtones, les personnes handicapées, les enfants et les seniors.

Joe Biden propose, dans la même veine, sa "révolution de l’énergie propre", qui rendrait l’économie 100% renouvelable en se fixant zéro émission d’ici 2050, et en attribuant des amendes aux pollueurs. 

Lutter contre les inégalités

Plusieurs candidats proposent de taxer les riches. Les deux plus convaincus sur le sujet sont bien sûr les deux plus à gauche du parti démocrate, à savoir Bernie Sanders et Elizabeth Warren. 

Lorsqu’elle est devenue sénatrice en 2013, Elizabeth Warren s’est faite connaître pour ses attaques envers les patrons de Wall Street et comme une adversaire des grandes inégalités de revenus.  

Sanders milite pour un revenu minimum à 15 dollars.

En Californie par exemple, Etat le plus peuplé, les inégalités sont devenues criantes ces dix dernières années. La mégapole de Los Angeles a vu pousser des "villages" de tentes de sans domicile aux portes des quartiers les plus huppés de la ville.

Au Nord de l’Etat, du côté de San Francisco, la bulle internet a fait flamber les prix de l’immobilier et de la vie quotidienne en général. Les salariés de la Silicon Valley aux fortes rémunérations ont chassé à coups de dollars les habitants de la classe moyenne qui ne peuvent plus se loger, les loyers étant devenus prohibitifs. San Francisco, ville progressiste, est depuis trente ans une ville accueillante pour les SDF, au nom de la compassion qui a guidé sa politique de compréhension. Mais aujourd’hui la ville est dépassée, la population de sans-abri est estimée à 17 595 personnes, enregistrant un bond de 30 points par rapport à 2018. La ville compte 880 000 habitants. 

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L'université pour tous

Les Etats-Unis sont le pays le plus endetté en matière de scolarité. Tout Américain ayant fait des études universitaires est confronté aux tarifs élevés des études, et doit, (en tout cas pour % des Américains), contracter un prêt bancaire. Même le couple Obama, alors à la Maison Blanche, avait toujours un prêt bancaire à rembourser, un emprunt contracté au temps de leurs études à la fac de droit. 

Certains candidats vont plus loin : comme Bernie Sanders qui propose d’annuler la dette de 45 millions d’Américains qui doivent un total de un milliard et demi de dollars. Sanders compte également investir plus d’un milliard chaque année dans les établissements d’enseignement supérieur privé à destination des populations noires et des minorités. Ces établissements avaient été créés pendant la ségrégation "pour éduquer la population noir" et existent toujours aujourd’hui. Ces écoles procurent encore un accès à l’université aux Afro-Américains. En effet, les disparités entre Afro-Américains et le reste de la population en matière d’éducation sont importantes. Les étudiants noirs sortant de ces écoles sont 16% plus nombreux à avoir une chance d’être diplômés après six ans d’études que les étudiants noirs suivant des cours dans d’autres universités.

Le contrôle des armes à feu

La politique en matière d’armes à feu reste un thème de campagne essentiel depuis des décennies. Selon l’ONG spécialisée The Trace, 500 000 crimes et délits par arme à feu sont commis chaque année, faisant 110 000 morts ou blessés.  

Les démocrates restent profondément marqués par la tuerie du lycée de Parkland en Floride qui a fait 17 morts en février 2018. Mais ils sont aussi poussés par le traumatisme créé dans l’opinion publique américaine. Les jeunes électeurs ont mis la pression sur le parti démocrate pour faire du contrôle des armes un thème fort cette année. Les candidats Cory Booker et Beto O’Rourke, qui ne sont plus dans la course aujourd’hui, étaient les plus ambitieux. Le plan de Cory Booker prévoyait par exemple d’imposer un permis fédéral de port d’arme à tout possesseur d’arme à feu. Les démocrates se sont ensuite emparés du sujet et Elizabeth Warren et Pete Buttigieg ont apporté leur soutien à une obligation de permis au niveau fédéral. Aujourd’hui, seule une quinzaine d’Etats  (sur 50) ont de telles lois. 

Le milliardaire Michael Bloomberg a fait du contrôle des armes à feu l’un de ses principaux thèmes de campagne, si ce n’est le thème numéro un. Joe Biden également alors que Bernie Sanders se fait attaquer sur des propos passés. 

Joe Biden et Bernie Sanders soutiennent de leur côté les programmes de rachat, et proposent de les généraliser. Actuellement, dans certains Etats (Californie, New-York par exemple), la police ou la mairie organisent des sessions d’échange. Les possesseurs d’armes à feu peuvent rapporter leur arme de manière anonyme et obtiennent en échange soit de l’argent, soit des bons d’achat pour des grandes enseignes de supermarchés. Biden rappelle régulièrement qu’il est à l’origine d’un texte de loi au sénat en 1994 qui visait à interdire les armes d’assaut. Il propose de renouveler cette interdiction, qui n’est plus en vigueur aujourd’hui, et d’imposer une vérification du casier judiciaire national (universal background check) pour toute personne voulant acheter une arme. 

Warren ne soutient pas forcément les programmes d’échange d’armes à feu. La sénatrice du Massachusetts, née en Oklahoma, soutient le droit aux citoyens respectueux de la loi de posséder une arme. 

De son côté, Bernie Sanders doit faire face aux critiques de ses adversaires, à commencer par celles de Joe Biden, pour avoir signé une loi en 2005 qui évite aux fabricants d’armes des poursuites pour morts injustifiées. Et s'engage sur son site :

Une fois à la Maison Blanche, nous agirons fermement pour mettre fin à la violence par armes à feu dans ce pays, et ferons voter une législation de bon sens qu’une majorité d’Américains réclame pour réglementer les armes à feu. Il affirme notamment vouloir s’attaquer à la NRA, le lobby des armes à feu.