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Présidentielle en Tunisie : où sont les femmes ?

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Les femmes en première ligne lors des funérailles de Beji Caid Essebsi, le 27 juillet 2019 à Tunis.
Les femmes en première ligne lors des funérailles de Beji Caid Essebsi, le 27 juillet 2019 à Tunis.
© AFP - Khaled Nasraoui / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE

La Commission électorale tunisienne a validé 26 candidatures et en a rejeté 71 pour l'élection présidentielle du 15 septembre prochain. 24 hommes postulent ainsi à la succession de Béji Caïd Essebsi au Palais de Carthage. Et seules deux femmes visent la présidence.

Bien que les Tunisiennes soient aux premiers rangs depuis la chute de la dictature de Ben Ali il y a huit ans, pour donner au pays un caractère démocratique où les citoyennes jouent à part égal avec  les hommes, elles sont les grandes absentes du scrutin du 15 septembre prochain. Initialement prévue en novembre, après les législatives du 6 octobre, l'élection présidentielle a été avancée de deux mois, en raison du décès du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi. Dès lors, les candidats ne disposent que de dix jours pour mener campagne, du 2 au 13 septembre. Un temps très court qui avantage donc les postulants à la magistrature suprême déjà connus... et soutenus par un parti bien implanté.  Et dans ce domaine, force est de constater qu'aucune femme n'a acquis une telle position en Tunisie. En effet, rares sont les femmes qui ont été ministres ou conseillères auprès de la Présidence, même sous BCE, pourtant partisan de l'égalité homme-femme. L'ascension politique reste une affaire d'hommes. Le patriarcat est têtu. 

BCE installé à son bureau présidentiel le 5 juillet 2019.
BCE installé à son bureau présidentiel le 5 juillet 2019.
© AFP - Slim Abid / TUNISIAN PRESIDENCY

Seulement deux femmes dans la course

Deux candidates de renommée nationale, mais de second plan, affrontent 24 hommes. Ambitieuses et courageuses, elles ont réussi à recueillir les 10 000 parrainages nécessaires au dépôt de dossier.

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Abir Moussi est avocate à la Cour de cassation. Depuis le 13 août 2016, elle préside le Parti Destourien Libre, le PDL. Son cheval de bataille est son opposition farouche aux "barbus" et au parti islamiste Ennahda qu'elle appelle le "parti des frères musulmans". Elle a gagné en popularité, mais beaucoup de Tunisiens lui reprochent son passé politique. Abir Moussi  a appartenu au RDC, parti au pouvoir sous Ben Ali. En janvier 2010, elle occupait le poste de secrétaire générale adjointe, chargée de la femme au rassemblement constitutionnel démocratique aujourd'hui dissout. Née en 1975, dans le gouvernorat de Sousse, Abir Moussi est mariée et a deux filles.

Abir Moussi en campagne électorale à La Goulette, le 2 septembre 2019.
Abir Moussi en campagne électorale à La Goulette, le 2 septembre 2019.
© AFP - Nacer Talel / Anadolu Agency Nacer Talel / ANADOLU AGENCY

Salma Elloumi Rekik a, elle, été ministre du Tourisme, et directrice du cabinet présidentiel.  Après avoir été l'une des fondatrices du parti Nidaa Tounés, Salma Elloumi se présente aujourd'hui sous l'étiquette "El Amal", une nouvelle formation politique qui s'appuie sur 

l'héritage réformiste moderniste tunisien, attaché aux réalisations de l'Etat de l'indépendance et en faveur de la consolidation de la démocratie, du pluralisme et de la libertés de la presse et de tous les acquis obtenus après le 14 janvier 2011.

Dès le dépôt de son dossier auprès l'instance électorale tunisienne, l'ISIE, elle a indiqué ses priorités si elle était élue : "la sécurité nationale pour achever le travail du président Beji Caid Essebsi ". Femme d'affaires, elle est entrée en politique en janvier 2011. A l'issue des élections de 2014, Salma Elloumi Rekik a intégré le gouvernement de Habib Essid, puis celui de Youssef Chahed.  

Salma Elloumi Rekik, une politicienne chevronnée.
Salma Elloumi Rekik, une politicienne chevronnée.
© AFP - Natalia Seliverstova / SPUTNIK

Douze autres femmes avaient déposé des dossiers de candidature qui n'ont pas été validés par l'ISIE, comme 45 autres candidatures masculines, dontcelle de Mounir Baatour, qui se présentait comme défenseur des droits des LGBTQ. Parmi elles, des représentantes de la société civile, des femmes d'affaires ou des universitaires très compétentes dans leurs sphères, mais inconnues du grand public.
Malgré les lois adoptées sur la participation des femmes dans la vie politique, le nombre de Tunisiennes à l’assemblée a baissé. Il y a également moins de femmes sur les listes électorales comme tête de liste pour les législatives . 

Une bataille d'ego

En Tunisie, le Président n'a plus la même fonction qu'avant la révolution puisque le peuple a choisi un régime parlementaire. Il n'est plus le chef de l'exécutif, mais il doit s'assurer que les instances respectent la Constitution. Le président est un facteur important pour la sécurité et la stabilité du pays. Globalement, les citoyens souhaitent un homme d'Etat irréprochable, charismatique et chevronné. D'ailleurs, les sondages placent en tête des intentions de vote, l'ancien chef du gouvernement, Youssef Chahed, l'ex ministre de la Défense Abdelkrim Zbidi et le Président du parlement Abdelfaltah Mourou ainsi qu'un indépendant, roi des médias, Nabil Karoui, aujourd'hui inculpé et écroué pour blanchiment d'argent . 

Abdelkrim Zbidi, l'un des favoris à la succession de BCE, en campagne le 7 août 2019 à Tunis.
Abdelkrim Zbidi, l'un des favoris à la succession de BCE, en campagne le 7 août 2019 à Tunis.
© AFP - HASNA

La multitude de candidats, signe de la vitalité de la démocratie et du changement du paysage politique tunisien, n’assure pas pour autant une relève efficiente. Beaucoup de candidats sont issus du même parti, Nidaa Tounés, qu'ils ont quitté pour suivre un parcours individuel, voire individualiste, sans véritable programme ni vision pour la Nation. Le danger de cette élection est une confrontation entre islam et populisme, un clivage entre démocrates et islamistes. Tous et toutes se revendiquent centristes, épris de justice et de liberté et promettent de redonner aux citoyens la confiance dans la politique "pour construire une nouvelle Tunisie". 

Le choix du Président aura obligatoirement des retombées sur les législatives du mois prochain, un scrutin primordial pour faire face aux problèmes que traverse le pays : en vrac, un chômage à plus de 15%, une inflation de 6,8% et des turbulences régionales. Un expert résume ainsi la situation : 

Presque dix ans après la révolution de 2011, les maux se sont aggravés, ce qui risque d’entraîner une instabilité, car le peuple tunisien s'est forgé une culture politique et reste prêt à défier le pouvoir politique.

Pour cette présidentielle, deuxième scrutin au suffrage universel libre et pluraliste en Tunisie, les 26 candidats s'affronteront lors de trois débats télévisés. Du jamais vu dans le pays et une nouveauté dans le monde arabe. Ces trois rendez-vous de 2 heures 30 ont débuté samedi soir, puis hier, avant de s'achever ce lundi. 

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