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Présidentielle : la France n'est pas prête pour le vote électronique

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© Getty - sorbetto

Premier tour de la Présidentielle ce dimanche. Pour voter, les électeurs devront se rendre au bureau de vote le plus proche. La France n’est (pas encore) prête à avoir recours au vote électronique.

Imaginez. Ce dimanche, vous votez en quelques clics sur votre ordinateur depuis votre chambre ou confortablement installé dans votre canapé, sans avoir à vous déplacer jusqu’à un bureau de vote. L’instauration du vote électronique était pourtant au programme du candidat Emmanuel Macron en 2017. Mais la France n’est pas prête. D’autres pays pourtant s’y sont mis : la Suisse a tenté l’expérience. Au sein de l’Union européenne, l’Estonie fait figure de pionnière. Explications de Véronique Cortier, chercheuse au CNRS au Laboratoire Lorrain de recherche en informatique.

Pourquoi la France n’a pas recours au vote électronique ?

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À l'heure actuelle, le vote électronique n'apporte pas les mêmes garanties de sécurité que le vote à l'urne. Pour l’élection présidentielle en tout cas, il parait donc préférable de se passer de cette technologie. La priorité absolue dans un scrutin, c’est de pouvoir garantir le secret du vote. L’autre priorité, et ça c’est difficile dans le vote électronique, c’est la transparence. L’électeur doit pouvoir être certain à 100% que sa voix est bien prise en compte.

Existe-t-il un risque de piratage des votes, ou de détournement des résultats ?

Tout à fait. Dans toute élection, la priorité est de se prémunir de toute manipulation des résultats. Et dans le vote électronique, la surface d'attaque est plus grande. D’éventuelles personnes malveillantes peuvent essayer d’installer des virus sur les ordinateurs des électeurs. Les serveurs de l’élection aussi peuvent être attaqués, avec pour objectif de faire disparaitre des votes, ou au contraire d’en ajouter.

Est-ce que d'autres pays ou d'autres démocraties ont tenté l’expérience ?

Oui, la Suisse utilise le vote électronique, que les autorités préfèrent au vote par correspondance. Les Suisses ont mis en place une législation très exigeante. D’abord, en demandant que la description complète du système de vote soit publique, qu’elle soit accessible à tous. Tout un chacun peut analyser le système, et même tenter de l'attaquer en cherchant des failles. Ceux qui trouvent des failles informatiques et les signalent sont récompensés. Grâce à cela notamment, la Confédération Helvétique dispose de garanties fortes, en termes de sécurité et de fiabilité.

La Suisse est un pays plus petit que la France en terme démographique. Est-ce la raison pour laquelle elle a pu se lancer dans cette expérience ?

La raison principale, c’est surtout le fait que la Suisse organise des élections, des votations, à un rythme beaucoup plus intense que la France. La population est consultée trois à quatre fois par an, sur un grand nombre de questions. Et donc, il est très difficile dans ces conditions de ne faire que du vote à l'urne. C’est compliqué d’expliquer aux citoyens que, trois à quatre fois par an, ils doivent se déplacer jusqu’à un bureau de vote. La France évidemment ne rencontre pas cette difficulté. L’Estonie aussi s’est lancée dans le vote électronique il y a plusieurs années. C'est probablement le pays qui a le plus recours à cette technologie. La différence avec la France, c’est que les Estoniens disposent d’une carte d'identité numérique. Ils ont des moyens cryptographiques plus avancés que chez nous, qui sont mis à la disposition des électeurs. C’est en avantage en terme de sécurité numérique.

Est-ce que le vote électronique peut être une réponse à l’abstention ? Et si c’est le cas, pourquoi les politiques ne s’emparent pas du sujet ?

Concernant l'abstention, il y a assez peu d'études sur le sujet. Mais les quelques études qui existent démontrent que le vote électronique a très peu d'impact sur l’abstention. Je ne considère donc pas que cela soit une réponse à ce phénomène, ou alors elle est très marginale. L’autre question, c’est : est-ce que les politiques s’en emparent ou pas ? Effectivement, cette question du vote électronique revient régulièrement sur le devant de la scène. Et dans la campagne qui vient de s’écouler, on a vu que le vote électronique avait été utilisé lors des différentes primaires. Car pour des élections primaires, il est compliqué d’organiser un vote à l’urne. C’est pour cette raison que les partis ont eu recours au vote électronique. Mais je dois préciser que lors de ces scrutins (Les Républicains, Europe Ecologie les Verts, Primaire Populaire), il y avait très peu d’informations sur le système informatique utilisé, très peu de transparence. Dans un vote à l’urne, vous savez comment cela fonctionne, c’est très clair. Les gens peuvent facilement vérifier les résultats. Mais avec le vote électronique, c’est beaucoup moins clair. Ce manque de transparence est un problème.

Les Français de l’étranger vont-ils pouvoir voter électroniquement ce dimanche ?

Non. Pour l'instant, le vote électronique des français de l'étranger sera uniquement possible pour les législatives de juin, mais pas pour la Présidentielle.

NDLR : Véronique Cortier s’apprête à publier le 18 mai prochain, avec Pierrick Gaudry : Le vote électronique, les défis du secret et de la transparence, chez Odile Jacob.

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