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Présidentielles de 1969 à 2017 : des scores serrés aux élections

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En août 1976, Raymond Barre serre la main de Jacques Chirac, alors qu'il le remplace en tant que Premier ministre.
En août 1976, Raymond Barre serre la main de Jacques Chirac, alors qu'il le remplace en tant que Premier ministre.
© AFP

"PREVIOUSLY". "PREVIOUSLY" | Jusqu'à la dernière minute, le résultat du premier tour de la présidentielle s'est joué entre 4 candidats. La cinquième République française a déjà vu des premiers tours aux résultats serrés. Des élections de 1969 au séisme de 2002, chronologie en archives.

Les résultats de l'élection sont tombés : Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront donc au second tour de l'élection présidentielle 2017. Avec respectivement 23,9% et 21,7% des voix, ils ont battu leurs deux adversaires les plus proches, François Fillon (20%) et (19,2%).

Jusqu'à la veille du scrutin, les sondages ont donné les quatre premiers candidats très près les uns des autres, laissant planer le doute jusqu'à la dernière seconde.

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La Ve République a déjà connu des premiers tours aux résultats serrés. Petit retour en arrière, avec une série d'archives intitulées "Histoire des élections présidentielles", racontées avec emphase par l'historien et politologue Olivier Duhamel.

1969 : face à Georges Pompidou, le duel Alain Poher - Jacques Duclos

Lors de l'élection, le président du Sénat Alain Poher accède au second tour en devançant le leader du parti communiste, Jacques Duclos, d'à peine 2 %.

Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi. Charles de Gaulle

Le 28 avril 1969, Charles de Gaulle annonce son départ de la présidence de la République dans un communiqué laconique, conformément à sa promesse en cas de défaite du référendum portant sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Alain Poher, alors président du Sénat, lui succède le temps qu'une élection anticipée soit organisée, pour le 1er juin de la même année.

Le père de la Ve République s'étant effacé, la concurrence tente de reprendre le flambeau. Georges Pompidou, ancien premier ministre du Général, se présente comme son successeur naturel. Le ralliement des gaullistes lui assure une place au second tour de cette élection. C'est entre les autres candidats que se jouera la seconde place.

"Intervient alors un nouvel élément qui pour la première fois dans une élection présidentielle va jouer un rôle décisif : les sondages, racontait Olivier Duhamel en 2007, dans l'émission "Histoire de". Ils donnent début mai un très bon score pour Poher au premier tour, 35 %, à 7 points seulement de Pompidou. Les autres plafonnant autour de 10 % ou moins. […] Le 7 mai Poher déclare : 'Je ne suis pas du tout candidat et je ne souhaite pas l'être, mais j'y serai peut-être obligé'".

Obligé d'être candidat par les sondages ? La démocratie d'opinion naît en ce printemps 1969. Olivier Duhamel

Alain Poher, soutenu par la formation de centre-droit Progrès et démocratie moderne, se veut le candidat de la droite non-gaulliste et des centristes. La gauche, elle, est désunie. La popularité de Pierre Mendès-France, présenté comme le futur premier ministre du candidat de la Section française de l'internationale ouvrière, Gaston Defferre, ne suffit pas à sauver une campagne jugée trop technique. A gauche, c'est donc Jacques Duclos, candidat du Parti communiste français, qui s'impose. Sa verve et ses accents de tribun doté d'un grand sens de la répartie, associés à une bonhomie rassurante, font découvrir un personnage haut en couleur qui sait convaincre les foules.

"[Il existe] des divisions entre communistes et socialistes. […] Le constatant, le Parti communiste décide de présenter son propre candidat : Jacques Duclos. Petit, même pas 1m50. Rond, il fut apprenti pâtissier. Il roule les R, il vient des Hautes-Pyrénées, stalinien dans l'âme et chaleureux dans l'apparence, ancien combattant de Verdun, ancien résistant, dirigeant historique du parti, Jacques Duclos est le candidat idéal."

Au soir du premier tour, Georges Pompidou est déjà loin devant avec 44,47 % des suffrages. Derrière, Alain Poher obtient 23,31 % des voix et Jacques Duclos 21.27 %. Ce dernier n'appelle à voter pour aucun candidat, jugeant qu'il s'agit de "bonnet blanc et blanc bonnet". Le candidat de la SFIO, l'ancêtre du PS, Gaston Deferre, affiche 5,01%. Au second tour, Georges Pompidou est élu avec 58,21 % face à Alain Poher.

1969, la Ve République sauvée (Histoire de, 2007)

19 min

1988 : Derrière Mitterrand, un affrontement entre Chirac, Barre et Le Pen

En 1988, François Mitterrand se représente. Malgré une popularité en baisse au terme de son premier mandat, il reste loin devant ses principaux concurrents, le déclin du parti communiste assurant au Parti socialiste d'être le principal candidat de la gauche française. Face à lui Jacques Chirac obtient 19,5 % des voix, talonné par Raymond Barre à 16,5 % et Jean-Marie Le Pen à 14,4 %.

En 2007, l'historien et politologue Olivier Duhamel revenait sur cette "réélection molle" : "Plusieurs facteurs compliquent la donne. Tout ne se joue pas entre Mitterrand et Chirac, Chirac et Mitterrand. Il faut compter avec la multiplicité des candidats. […] Pléthore à gauche mais forte concentration à droite. Il s'agit de battre Mitterrand, de se regrouper derrière Chirac. Deux candidats seulement peuvent compliquer la tâche du premier ministre, deux candidats d'envergure qui peuvent prétendre l'un à gagner l'élection, l'autre à sérieusement la perturber. […] Depuis 2 ans, la vie politique connait un changement aussi inédit que profond : un nouvel acteur, un nouveau parti, de nouveaux électeurs y font éruption. […] L'extrême-droite disqualifiée depuis un demi-siècle, depuis le régime collaborationniste de Vichy."

Le succès de Jean-Marie Le Pen replace l'extrême-droite dans l'échiquier politique, alors qu'il avait fait un score inférieur à 1 % en 1974 et ne s'était pas présenté en 1981. L'arrivée du Front National entérine la renaissance de l'extrême-droite en France, avec ce score de 14,38 %.

"L'autre trouble-fête de la concentration bi-partite ne peut venir que du centre, ou de la deuxième droite, disons du centre-droit, incarné cette fois par Raymond Barre. L'ancien premier ministre de Giscard d’Estaing est populaire, et désormais la popularité conditionne la présidentiabilité. Elle détermine en tout cas la décision de se présenter. […] Barre possède à l'évidence le facteur X. Personne ne le lui conteste, il est connu, populaire, et pas d'une popularité seulement d'estime mais de présidentiable. Possède-t-il la dernière ressource, le soutien d'un grand parti ? Idéologiquement il se situe aux confluences des grandes familles de la droite et du centre. […] La présidentielle ne se contente cependant pas d'idéologie, pour mener la bataille il faut aussi une machine électorale."

Malgré la synthèse idéologique que représente Raymond Barre, il ne parvient pas à mobiliser suffisamment. Avec 16,54 %, il échoue à la troisième place, derrière le favori du RPR, Jacques Chirac, à 19,96 % et loin derrière François Mitterrand, indéboulonnable, à 34,11 %.

1988, la réélection molle (Histoire de, 2007)

20 min

1995 : le duel Chirac-Balladur

En 1995, seulement 2 % des voix séparent au premier tour les principaux candidats. Jacques Chirac (21 %) et Edouard Balladur (19 %), tous deux au RPR, s'affrontent. A gauche, Lionel Jospin (23 %) prend la tête au premier tour.

Le président Jacques Chirac serre la main de l'ancien Premier ministre Edouard Balladur, le 23 avril à Paris.
Le président Jacques Chirac serre la main de l'ancien Premier ministre Edouard Balladur, le 23 avril à Paris.
© AFP - GERARD FOUET

"La présidentielle se présente comme une élection à part, parce que la France est en cohabitation. Autrement dit, droite et gauche sont associées au sommet de l'Etat. A part surtout pour une autre raison autrement perturbante à savoir que le premier ministre RPR en exercice et le président en exercice du RPR s'y affrontent. Ainsi, il s'agit de savoir si l'on reconduit ou non la politique de la France, vu les pouvoirs considérables d'un premier ministre en cohabitation. […] L'anomalie principale réside dans ce duel fratricide au sein de la famille naguère unie par le Gaullisme."

A droite, ce sont donc Jacques Chirac, président du RPR, et Edouard Balladur, premier ministre membre du RPR, qui s'affrontent. A gauche, l'adversaire principal est Lionel Jospin, successeur de François Mitterrand au Parti socialiste :

"L'essentiel à gauche tient dans la candidature socialiste. François Mitterrand ne s'en est pas mêlé, les membres du parti ont tranché, Bernard Tapie vient d'être rendu inéligible par décision judiciaire : personne ne conteste Lionel Jospin. […] Presque tous, à quelques individualités près, se satisfont de cet équilibre ; ils s'en satisfont d'autant plus que la victoire paraît hors de portée."

La campagne se joue surtout entre les deux membres du RPR. Balladur, longtemps favori, perd peu à peu du terrain au profit de Jacques Chirac. A mi-chemin de la campagne, la tendance s'inverse et Jacques Chirac passe en tête. Le 23 avril 1995, Lionel Jospin arrive en tête avec 23 % des voix, créant la surprise puisque les sondages ne le plaçaient pas en tête. Jacques Chirac, avec 21 %, se qualifie. Edouard Balladur est lui à 19 %. Derrière, Le Pen confirme sa place dans le paysage politique français, avec 15 % des voix.

1995, l'élection imprévue (Histoire de, 2007)

20 min

2002 : le choc Le Pen

En 2002, l'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour est un véritable bouleversement politique. Jaques Chirac, en tête avec 19,8 % des voix, devra affronter le Front National au second tour. Ce dernier, avec 16,86 % des voix, n'a dépassé Lionel Jospin que de 0,62 %.

J'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conséquences en me retirant de la vie politique après la fin de l'élection présidentielle. Lionel Jospin

"Comment l'expliquer ? questionnait Olivier Duhamel dans l'émission "Histoire de". D'abord par l'imprévision, si les sondages avaient annoncé dans la dernière semaine, dans les derniers jours, le 21 avril, le 21 avril ne se serait pas produit. S'ils avaient montré que Le Pen devançait Jospin, Jospin aurait devancé Le Pen. Tout simplement. Il se serait trouvé des abstentionnistes pour aller voter, des électeurs de Chevènement, Taubira, Besancenot voire Bayrou pour changer leur vote. 194 600 voix séparent Jospin de Le Pen. Près de 11,5 millions électeurs se sont abstenus, 28,4 % du corps électoral. Il aurait suffi à Jospin de gagner 1,5 % des suffrages de ceux qui se sont abstenus ou voté blanc ou nul pour éviter le cataclysme. Mais le cataclysme, personne ne l'a envisagé."

Alors que Lionel Jospin avait attaqué le rendez-vous électoral avec près de 30 % d'intentions de vote, une mauvaise campagne associée à une pluralité de candidats à gauche font baisser son score. Globalement les scores sont médiocres : Jacques Chirac fait 19,8 %, un score relativement faible pour un président sortant, et Lionel Jospin 16,18 %. Il se voit dépassé par Jean-Marie Le Pen, à 16,86 % : ce score, largement sous-estimé par les sondages, reste stable au regard des élections de 1995 et le Front National ne gagne "que" 230 000 voix.

Le tremblement de terre fut tel que l'expression "21 avril" devint un nom commun, une notion à soi-seule, celle de l'accident électoral absolu. Olivier Duhamel

2002, le 21 avril (Histoire de, 2007)

19 min