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Prix Femina étranger : Manuel Vilas récompensé pour "Ordesa"

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L'écrivain espagnol Manuel Vilas
L'écrivain espagnol Manuel Vilas
© Maxppp - Mimmo Frassineti

Le fil culture. L'écrivain espagnol Manuel Vilas a reçu le prix Femina étranger pour "Ordesa" (Editions du Sous-Sol, 2019), ce mardi 5 novembre 2019. Traduit par Isabelle Gugnon, son roman explore la mémoire familiale et ses défaites les plus intimes.

Comment faire le deuil de ses parents ? C'est la question que soulève Ordesa, le dernier roman de Manuel Vilas, pour lequel il reçu le prix Femina étranger, ce mardi 5 novembre 2019. Après le décès de son père en 2005, et de sa mère en 2014, l'écrivain pourtant arrivé à un âge avancé, ne se résout pas à la perte de ses deux êtres chers qui lui ont donné la vie. Ordesa aborde sans fards la divinité qu'incarne la figure parentale et l'amour inconditionnel qui caractérise la relation "atavique" entre le parent et son enfant. Traduit en français par Isabelle Gugnon, ce récit creuse la question des filiations, de notre éternelle condition d'orphelins.

Ordesa est une région de Huesca dans le Nord de l’Espagne où l'auteur s'était rendu avec ses parents, en vacances, à la fin des années 1960. Pour Manuel Vilas, cette relation entre un enfant et ses parents est d'une pureté sans pareil, comme le dernier espace intact, qui n'a pas encore été souillé par les dynamiques mercantiles du capitalisme. À travers différents portraits des membres de sa famille, Manuel Vilas décrit, en creux, une certaine Espagne, celle de la classe moyenne inférieure, celle d'une époque révolue, les années 1960-1970. Entre roman et autofiction, l'auteur se remémore avec nostalgie des scènes de la vie quotidienne : des courses au supermarché, le ménage au sein de la maison familiale ou les souvenirs de vacances. 

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Magnifiant la trivialité de son quotidien, Manuel Vilas évoque les objets qui parsèment la maison parentale et son propre appartement. En outre, il use d'un procédé inusité : le choix de désigner ses proches par le nom de grands musiciens. La mère devient ainsi Wagner, l'oncle vagabond sera Monteverdi, le père est appelé Bach, les enfants de l'auteur sont Brahms et Vivaldi. Entre les pages d'Ordesa s'élève un nouveau mausolée : la procession de tombeaux que chacun porte, invisible, sur ses épaules. Car ce roman est avant tout un livre sur l'impossibilité du deuil, comme l'expliquait Manuel Vilas, invité de l'émission "Le Grande table culture", en octobre 2019 : 

27 min

J'ai vu un mystère anthropologique de la vie, quelque chose d'atavique entre cette relation profonde entre la mère et le fils. Cette relation est une relation qui dure toujours, même si la mère est morte et donc je voulais faire une recherche sur le fait que cette chose-là dure, cet esprit entre la mère et le fils. L'idée, c'est le fait qu'on est perpétuellement orphelin, ou à jamais orphelin. Manuel Vilas

Se définissant comme un "humaniste", Manuel Vilas pose la question fondamentale de notre venue au monde : 

Je voulais aller vers un territoire plus mystérieux, c'est-à-dire le moment où le père n'est plus là. Et là je crois qu'il y a une relation très intense ; ce que je perçois dans Ordesa ou ce que j'ai réussi à y trouver, c'est presque une religion. [...] Cette idée de l'affrontement logique entre un père et un fils ne m'intéressait pas, le père conservateur, le fils moderne... Moi je voulais vraiment aller vers un autre territoire, un autre terrain, quelque chose de plus obscur. Manuel Vilas