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Prix World Press 2021 : "Vulnérabilité, séparation, survie", la pandémie en une image

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Après cinq mois sans contact physique à cause de l'épidémie de Covid-19, Rosa Luzia Lunardi, 85 ans, est enlacée par l'infirmière Adriana Silva da Costa Souza, à Sao Paulo, au Brésil, en août 2020.
Après cinq mois sans contact physique à cause de l'épidémie de Covid-19, Rosa Luzia Lunardi, 85 ans, est enlacée par l'infirmière Adriana Silva da Costa Souza, à Sao Paulo, au Brésil, en août 2020.
© Maxppp - Mads Nissen/ Politiken/ Panos Pictures / WPP / HANDOUT

Le monde dans le viseur. Une image "porteuse d'espoir" : le prestigieux concours du World Press Photo, qui récompense chaque année les meilleurs travaux en photojournalisme, consacre le Danois Mads Nissen pour ce cliché de l'étreinte d'une dame âgée et de son infirmière au Brésil.

Un câlin, une étreinte, la première en cinq mois d'une dame de 85 ans dans une maison de repos de Sao Paulo, au Brésil en août 2020, isolée pendant cinq mois à cause de la pandémie, enlaçant Adriana Silva da Costa Souza, son infirmière, protégée du Covid-19 par du plastique. Une image "porteuse d'espoir", saluée par le jury du World Press, qui a récompensé son auteur, le danois Mads Nissen du prix de la Photo de l'Année du prestigieux concours de photojournalisme. Avec ses 211 millions d’habitants, le Brésil est devenu le deuxième plus touché au monde avec plus de 360 000 morts et près de 14 millions de cas au total à la mi-avril. Une catastrophe liée à la gestion erratique et méprisante de la pandémie par le président Jair Bolsonaro.

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Semblant émerger d'une onde noire, l'infirmière - à la fois douce et extrêmement puissante -  derrière sa protection de plastique enlace avec chaleur Rosa Luzia Lunardi dans un fondu de gris et de lumière, souligné par un liseré de plastique jaune qui semble dessiner un papillon ou les ailes d'un ange.  

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Agnès Grégoire, directrice de la rédaction du magazine Photo, n'est pas surprise du choix du jury du World Press. "C'est un cliché profondément emblématique. Il est certes capturé au Brésil, mais il est le reflet d'une actualité qui a traversé le monde entier en 2020." Elle souligne "la positivité de cette image, loin de tout dolorisme, qui vient réveiller la chape de dépression qui s'est abattue sur le monde".  

Authenticité et universalisme

Agnès Grégoire suit avec attention le travail de Mads Nissen depuis des années, impressionnée par son "empathie des problèmes sociaux et contemporains et sa capacité à être dans une esthétique hypertravaillée ou dans le pur photojournalisme, capable de saisir une action sur le vif". Un parcours photographique riche, en parallèle de travaux au long cours sur des sujets très personnels, qui lui permet de "__créer de l'information et de l'émotion dans une seule image". 

L'émotion, souligne-t-elle, tient évidemment à cette étreinte, "un besoin universel de se toucher, pour nous qui sommes faits de chair, et dont nous sommes privés depuis de si longs mois". L'abandon dans ce geste est visible, et l'authenticité de la photo tient notamment à un détail presque infime, l’œil plissé de l'infirmière qui dépasse de son masque et laisse deviner la joie sur son visage au moment de ce câlin, comme celle de la vieille dame. 

Dans ce cliché de Mads Nissen, l'émotion tient à l'étreinte, "un besoin universel de se toucher, pour nous qui sommes faits de chair, et dont nous sommes privés depuis de si longs mois".
Dans ce cliché de Mads Nissen, l'émotion tient à l'étreinte, "un besoin universel de se toucher, pour nous qui sommes faits de chair, et dont nous sommes privés depuis de si longs mois".
© Maxppp - Mads Nissen/ Politiken/ Panos Pictures / WPP / HANDOUT

La photo, extraite d'une série d'images de soignants et de patients réalisées par Mads Nissen est en cela exceptionnelle.  

"La puissance de l'image", note-t-elle également, "est aussi liée à sa verticalité : on n'est plus couchés. On est debout, on va s'en sortir". C'est un "moment suspendu", un effet renforcé par "l'absence de repères sur les côtés de l'image qui nous disent où on se trouve". Une "grande créativité, originalité, extrêmement construite"

En cela, insiste-t-elle, il ne faut jamais oublier "qu'une image est une "construction intellectuelle. Ce n'est pas juste ‘je prends mon appareil et j'appuie sur le déclencheur’. Le parcours du photographe est essentiel : cette photo arrive à cause de tout ce qu'il y a eu avant, tout le travail que Mads Nissen a déjà réalisé et lui permet, grâce à cette construction, de toucher à l'universel"

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Pour Kevin WY Lee, membre du jury, "cette image commémore le moment le plus extraordinaire de nos vies, partout", et montre à la fois "vulnérabilité, séparation et survie"

"Pour moi, c'est une histoire d'espoir et d'amour dans les moments les plus difficiles" Mads Nissen 

Basé à Copenhague, Mads Nissen, photographe au quotidien danois Politiken, avait déjà remporté le World Press Photo de l'année en 2015 pour l'image d'un couple homosexuel en Russie. "Une des premières fois“, note Agnes Grégoire, "que le World Press ne récompensait pas un conflit ou un fléau. Une image magnifique, relevant du tableau de peinture, et qui montre que ce photographe est capable de travailler avec une sensibilité étendue sur les grandes et les petites histoires qui font l'humanité".  

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Cette année pour le World Press plus de 74 000 images avaient été soumises par quelque 4 300 photographes du monde entier et 45 d'entre eux avaient été nommés par les juges. 

Agnès Grégoire, qui regrette cependant la sous-représentativité des femmes parmi les lauréats, reste émerveillée par la richesse et la force des travaux qu'elle voit passer au fil de l'année. "Il y a souvent de la révolte, une envie farouche de montrer le monde, de le faire partager et mieux le comprendre. C'est un privilège de pouvoir côtoyer ces femmes et ces hommes dont l'engagement est si intense pour la connaissance du monde, et d'un monde meilleur. "

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