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Procès des attentats de janvier 2015 : chroniques judiciaires

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Dans la salle d'audience, encadrée par les bancs de la défense et les box, la barre fait face à la cour. Les armes (ici symboliques) sont au coeur des débats.
Dans la salle d'audience, encadrée par les bancs de la défense et les box, la barre fait face à la cour. Les armes (ici symboliques) sont au coeur des débats.
© Radio France - Alexis Couroussé-Volat

Pendant 54 jours d'audiences, la justice est revenue sur les attentats de Charlie Hebdo, Montrouge et de l'Hyper Cacher. Une cour d'assises spéciale a examiné les responsabilités de 14 suspects pour des complicités avec les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Comptes rendus, y compris du verdict.

Le mercredi 2 septembre 2020 a débuté à Paris un procès hors norme, plus de cinq ans après la série d’attaques terroristes de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l'Hyper Cacher. Jusqu'au verdict, le mercredi 16 décembre. Un retour sur trois journées d'horreur qui ont sidéré la France et entraîné une mobilisation d'ampleur internationale. Mais en l'absence des auteurs de ce qui avait entraîné à l'époque la mort de 17 personnes, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, tuées par les forces de l'ordre.   

Ce rendez-vous judiciaire qualifié d'historique - exceptionnellement au tribunal de Paris, porte de Clichy - fut aussi le premier procès terroriste à être filmé en France. Face à la situation sanitaire et à des interruptions répétées, la cour d’assises a un temps envisagé d’utiliser la visioconférence pour l’ultime partie du procès, en s’appuyant sur une ordonnance du gouvernement autorisant exceptionnellement son usage.

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Mais cette proposition a provoqué un tollé chez les avocats de la défense et des parties civiles. Et le Conseil d’État, saisi par une association d’avocats et par le Syndicat de la magistrature, a suspendu cette ordonnance controversée.

Notre journaliste chroniqueuse judiciaire Florence Sturm a suivi de près ces audiences. Voici ses comptes rendus, du plus récent - y compris sur le verdict - au plus ancien. Avec, avant tout, les enjeux de cet événement, analysés avant le début du procès :

Les enjeux du procès, avec Florence Sturm

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Et à quelques heures du verdict, où il apparaît que les débats n'auront pas permis de lever toutes les zones d'ombre, en particulier, sur le circuit des armes aux commanditaires. Or c'est, justement, dans ces zones encore floues que la défense s'est engouffrée et donc, probablement, l'un des enjeux de ce verdict. De même que la qualification d'association de malfaiteurs terroriste criminelle :

Les enjeux du verdict, par Florence Sturm

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© Visactu

Mercredi 16 décembre : le verdict

En fin d'après-midi, après 48 heures de délibéré et dans un silence empreint d'émotion, les 14 accusés sont déclarés coupables de complicité. Avec des peines allant de 4 ans de prison à la perpétuité. Analyse de Florence Sturm sur le rendu de ce verdict plutôt nuancé. Les 5 magistrats professionnels de la cour d'assises sont restés pour la plupart des accusés en deçà des réquisitions du Parquet national antiterroriste. 

La cour retient la plus lourde charge, la complicité de crimes terroristes à l'encontre d'Ali Riza Polat pour son "rôle particulièrement actif dans la préparation des attentats". 30 ans de réclusion criminelle prononcés au lieu de la perpétuité requise par l'accusation. Et, c'est important, cette complicité vise non seulement les actes terroristes commis par Amedy Coulibaly mais aussi par les  frères Kouachi. La cour a établi un lien indéniable entre les trois auteurs et leurs actions menées de manière concertée :

Analyse du verdict et des peines allant de quatre ans de prison à la perpétuité. Par Florence Sturm

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Lundi 14 décembre : dernier jour de procès

Après cinquante-quatre jours de débats devant la cour d'assises spéciale de Paris, le procès touche à sa fin. Le verdict est attendu mercredi à 16 heures. Les 14 accusés risquent des peines allant de cinq ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité. Et ce lundi, la défense et les accusés ont pu prendre la parole une toute dernière fois. A commencer par Christophe Raumel, le seul à comparaître libre. Et ces derniers mots seront pour les victimes : "J’ai vu des images choquantes, des témoignages bouleversants et j’ai vraiment honte de me retrouver dans ce dossier." :

Les dernières prises de parole

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En fin de journée, la cour se retire pour délibérer. La salle se vide, et Sigolène Vinson, l’une des survivantes de Charlie Hebdo s’approche du box, avec Hélène Honoré, la fille du dessinateur abattu par les frères Kouachi. Elles ne diront rien de leur échange avec deux des accusés. Si ce n’est en substance, ce qu’elles attendent depuis le début du procès, une justice qui rende le droit et qui ne soit pas dictée par la vengeance.

Vendredi 11 décembre : "Qui est donc cet Amar Ramdani que l’on vous demande de juger ?"

Les avocats Christian Saint-Palais et Daphné Pugliesi plaident pour Amar Ramdani, poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste et contre qui le parquet a requis 17 ans de réclusion criminelle. Amar Ramdani, ancien co-détenu d'Amedy Coulibaly à Villepinte est accusé d’avoir effectué plusieurs voyages dans le Nord pour procurer des armes au tueur de l’Hyper Cacher. Et Daphné Pugliesi pointe l’autre filière, pilotée par un informateur de la gendarmerie et des douanes, le volet lillois, jugé à part, dans un autre procès. Elle déroule un dossier qu’elle connaît dans les moindres détails :

Amar Ramdani ? : "Aucune radicalisation retenue dans les rapports d’évaluation. Un homme choqué lors des attentats a témoigné son ancienne compagne à la barre." selon un de ses avocats.

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Jeudi 10 décembre : pour la défense d'Abdelaziz Abbad, de Miguel Martinez et de Willy Prévost

Les avocats de ceux que l’accusation avait décrits comme l’un des binômes de ce procès, en l’occurrence Abdelaziz Abbad - Miguel Martinez, se sont attachés à démontrer la vacuité du dossier et l’absence de preuves visant leurs clients. Le parquet national antiterroriste ayant requis respectivement 18 et 15 ans de réclusion criminelle à leur encontre. Pour Abdelaziz Abbad, Margaux Durand-Poincloux se dit troublée, en colère, et maître David Appelbaum fatigué. Pour mieux dénoncer d’une même voix un réquisitoire qui aurait servi une nouvelle version des faits, après la clôture des débats et cinq années de procédure :

"C’est honteux, truffé de mensonges et d’imprécision", attaque l'avocate Margaux Durand-Poincloux, pour la défense d'Abdelaziz Abbad, qui reprend la chronologie du dossier, la téléphonie, les écoutes, les témoignages, la localisation.

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"Monsieur Prévost n’a ni haine, ni rancœur. Il n’a souhaité la mort de personne, Coulibaly s’est servi de lui et l’a trahi", estime de son côté son conseil Hugo Lévy. Tous deux ont grandi dans la même cité à Grigny, cette "ville ouverte à tous les vents mauvais" glisse Hugo Lévy, "34 années de relégation sociale et maintenant 18 ans de réclusion criminelle" (la peine requise à son encontre). L'avocat rappelle aussi la violente agression, à coups de barre de fer, dont a été victime son client de la part d’Amedy Coulibaly en novembre 2009 :

"Willy Prévost, ce n’est pas un frère d’armes ou de religion. C’est le souffre-douleur sur qui on peut écraser tous ses mégots." affirme son avocat Hugo Lévy

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Mercredi 9 décembre : plaidoiries pour Christophe Raumel et Michel Catino

Suite des plaidoiries à la cour d'assises spéciale de Paris. Et d'abord concernant Christophe Raumel, 25 ans au moment des faits et le seul accusé à comparaître libre à ce procès, sous contrôle judiciaire, poursuivi pour association de malfaiteurs mais sans la qualification terroriste. Son avocate Clémence Witt demande qu’on lui laisse sa liberté. "Coupable, selon elle, d’avoir été le conducteur, l’accompagnateur, le bon copain, la petite main de Willy Prévost, mais il n’est coupable que de ça. Il n’existe aucun lien entre lui et Coulibaly, cet homme qu’il ne connaît pas, qu’il n’a jamais croisé." Puis vient Maître Beryl Brown, pour la défense de Michel Catino. Il est à 68 ans le doyen des accusés, crâne dégarni, cheveux gris qui tombent dans le cou, un statut d’invalide à la suite d’une vieille agression. Tête baissée, comme absent des débats, lui dont la seule et unique passion reste le jeu. Michel Catino, plutôt connu pour trafic de stupéfiants et dont l’accusation a lié l’implication à celle de Metin Karasular, le garagiste belge, tous deux accusés d’avoir contribué à fournir des armes à Amedy Coulibaly. Les avocats généraux ont requis 15 ans de réclusion criminelle à son encontre :

Pour la défense de Christophe Raumel et de Michel Catino

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Et pour Metin Karasular, c'est maître Jean Chevais qui a pris la parole :

Pour la défense de Metin Karasular

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Mardi 8 décembre : réquisitions. De 5 ans de prison à la perpétuité 

Par l'intermédiaire des deux avocats généraux, le parquet national antiterroriste a requis ce mardi matin des peines allant de 5 ans d'emprisonnement pour les accusés les moins impliqués à la réclusion criminelle à perpétuité. L'accusation s'est en particulier longuement attardée sur le cas d'Ali Riza Polat, le principal accusé, présent au procès et surtout le seul poursuivi pour complicité. Ce qui a permis à l'accusation de réclamer la réclusion à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans, à l'encontre de celui qui est qualifié de "pivot des préparatifs". Perpétuité réclamée également à l'encontre de Mohamed Belhoucine, jugé par défaut pour "complicité" de crimes terroristes et présumé mort en Syrie, considéré comme le mentor du tueur de l'Hyper Cacher et présumé mort en Syrie :

Détail des réquisitions du parquet antiterroriste.

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Ali Riza Polat est présenté comme le bras droit d'Amedy Coulibaly, le tueur de l'Hyper Cacher. "Une personnalité qui marquera les annales de la justice" résument les avocats généraux à propos de l'accusé contre lequel ils ont requis la peine la plus lourde, parmi les 11 présents :

Ali Riza Polat, "une personnalité qui marquera les annales de la justice" d'après les avocats généraux. "Chez lui, aucune intégration de la norme, de la loi" indique Julie Holveck.

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La défense d'Ali Riza Polat, première à prendre la parole, a plaidé l'acquittement. "Une enquête peut soulever des hypothèses mais un procès ne peut pas reposer sur des approximations." Maître Antoine Van Rie pointe une accusation qui aurait fabriqué un costume trop grand à son client. "Cet homme, responsable de tout, dit-il, y compris de complicité de crimes avec les frères Kouachi…Comment peut-il être complice de personnes qu’il n’a jamais vues ?" Sa consoeur Isabelle Coutant-Peyre se risque à évoquer l’affaire Dreyfuss, l’erreur judiciaire. Plusieurs avocats de la partie civile quittent la salle pendant qu’elle conclut... "Je vous demande évidemment de l’acquitter" :

Les deux avocats d'Ali Polat demandent son acquittement.

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Lundi 7 décembre : début du réquisitoire des deux avocats généraux

Jour 49 de procès et nouvelle phase avec le réquisitoire à deux voix des deux avocats généraux : Julie Holveck et Jean-Michel Bourlès. Ils soutiennent l'accusation à l'encontre des 14 accusés dont 11 seulement sont présents à l'audience. Et ce réquisitoire est prévu pour durer une journée et demie. "Il y a des événements qui vous marquent à vie, des procès qui font trembler la voix." Julie Holveck a choisi de débuter en laissant filtrer sa propre émotion, chose plutôt rare dans la bouche d’un avocat général. Et d'ajouter : "Depuis le 2 septembre, nous avons tous vécu cette interminable attente, cette souffrance, cette douleur." Elle pense aux victimes, mais elle-même était de permanence, le 7 janvier 2015 et elle garde en mémoire "cette loge de gardien  transformée en scène d’horreur, cet amoncellement de corps, ces quatre âmes prises en moins de 15 minutes à l’Hyper Cacher, l’odeur du sang mêlée à cette odeur de poudre, l’odeur métallique de la mort." :

Julie Holveck : "Ces attentats sont plus que jamais un rendez-vous avec l’Histoire, un tremblement de terre dont nous avons senti les répliques à trois reprises pendant ce procès."

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Les avocats généraux, Julie Holveck et Jean-Michel Bourlès, exposant leur réquisitoire le 7 décembre 2020.
Les avocats généraux, Julie Holveck et Jean-Michel Bourlès, exposant leur réquisitoire le 7 décembre 2020.
© Radio France - Alexis Couroussé-Volat

Les procureurs ont repris, un par un, les profils des accusés et leurs liens avec Amedy Coulibaly. Willy Prévost, qui ne pouvait ignorer sa radicalisation et le rôle qu’il a joué dans l’achat de plusieurs matériels utilisés par le terroriste, tout comme Mickaël Nezar Pastor Alwatik, son codétenu de Villepinte, le "top contact". Puis les duos Ramdani-Makhlouf et leurs multiples rencontres avec Coulibaly durant la phase préparatoire des attentats, l’association Martinez-Abbad d’un côté, Karasular-Catino de l’autre. Les uns à Lille, les autres en Belgique "qui mènent une même activité de garagiste permettant de masquer leurs activités illicites, en l’occurrence la fourniture d’armes". Dans son box, Metin Karasular a choisi de se boucher les oreilles :

"La tâche est rude", reconnaît l'avocat général Jean Michel Bourlès, "tant les accusés et un certain nombre de témoins ont tissé un mur opaque de mensonges, d’amnésie et de contre-vérités…"

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Jeudi 3 décembre : "Pourquoi ?" cette haine

Après une nouvelle interruption le matin, le principal accusé Ali Riza Polat ayant été conduit aux urgences puis jugé en état de comparaître, les plaidoiries ont repris. Le président l'a d'ailleurs sommé de se tenir tranquille sous peine d'expulsion. Et les avocats de la partie civile ont continué à se succéder à la barre, notamment ceux des victimes de l'Hyper Cacher. "Ce procès est celui de l’antisémitisme qui a tué sur notre sol", l'avocat Elie Korchia détache les mots face à la cour. "Inéluctable répétition de l’horreur, poursuit sa consœur Laurence Cechman. C’est une onde constante, permanente. Le ventre de la bête immonde a mué mais c’est la même chose…" Elle le crie presque "Mort aux juifs". "Pourquoi ?" La voix de l’avocate se fait plus douce pour interroger les racines de cette haine qui, dit-elle, ne s’explique pas, mais qui s’insinue, se donne en héritage :

"Vous êtes à l’origine de cette douleur" lance une avocate aux accusés. Ils nient tous leur connaissance précise des projets terroristes d’Amedy Coulibaly.

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A la barre également, Sarah Aristide, l’avocate de la famille de Clarissa Jean-Philippe, autre victime d'Amedy Coulibaly. La jeune policière avait été abattue à Montrouge la veille de la prise d'otages dans le supermarché de la porte de Vincennes. Avant elle, sa consœur est venue dire la culpabilité qui continue à habiter les collègues de la jeune femme… la culpabilité du survivant, maintes fois évoquée par ceux qui restent depuis le début de ce procès. Et le dernier message de l’avocate est destiné à la mère de Clarissa Jean-Philippe, venue de Martinique, assise au fond de la salle, et qui sanglote à côté de sa nièce. Un message qui l’incite à faire ce deuil impossible pour elle… "Il est temps, Mme Jean-Philippe de la laisser partir.." :

"Tu es morte en héroïne", lance encore Sarah Aristide, l'avocate de la famille de Clarissa Jean-Philippe. "Tu es morte, enfant universelle, en femme debout. Alors va où le temps n’est pas compté."

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Mercredi 2 décembre : reprise en présence d'Ali Riza Polat

Suspendu depuis près d'un mois à cause de la crise sanitaire, le procès des attentats de janvier 2015 a repris, avec la suite des plaidoiries des parties civiles. Le principal accusé, jugé pour association de malfaiteurs et complicité de crimes terroristes, est là : Ali Riza Polat, diagnostiqué positif au Covid-19 fin octobre. Barbe fournie et traits tirés sous son masque, il tousse et crache dans une bassine posée à terre. Les accusés qui partagent son box se sont massés loin de lui à l’autre bout du banc. Il n’est plus positif au Covid depuis le 17 novembre dernier et le médecin expert estime qu’il est en état de comparaître malgré des vomissements persistants. Un avocat des parties civiles dénonce une simulation… "Pas question de laisser le cours de ce procès entre les mains de M. Polat" enchérit l’avocate générale :

Les plaidoiries interrompues reprennent et les avocats se succèdent, dont celui de l’Etat

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Dans son box, Ali Riza Polat s’agite se lève, demande à sortir : "Je sais même pas ce que je fais là à écouter vos salades." Le président prévient : "Si vous intervenez de nouveau pendant qu’un avocat plaide, je vous expulse." A la barre, Maître Antoine Casubolo Ferro reprend : "Nous n’attendons plus qu’une chose, que vous condamniez sans faiblesse ceux qui doivent l’être, car l’état de droit n’est pas l’Etat de faiblesse". 

Croquis du tribunal réalisé le 2 décembre 2020 montrant Ali Riza Polat, le principal accusé dans le procès.
Croquis du tribunal réalisé le 2 décembre 2020 montrant Ali Riza Polat, le principal accusé dans le procès.
© AFP - Benoit Peyrucq

Vendredi 30 octobre : début des plaidoiries pour les parties civiles

Les débats sont maintenant terminés et la parole est à nouveau aux parties civiles, avec les premières plaidoiries de leurs avocats. Ainsi maître Antoine Comte interroge "où sont les jurés ?", tempête contre les juridictions spéciales, "exception française détestable". Puis, plus doucement, évoque celles et ceux qu’il représente, Chloé Verlhac, Hélène Honoré : "Quel père ne voudrait pas avoir une fille comme elle". Patrick Pelloux, Philippe Lançon et ce petit laps de temps qu’il décrit entre la vie et la mort : "Si l’on survit, on le subit toujours."

La défense est allée chercher les mots qui lui manquent chez les poètes et les écrivains.

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Mardi 27 octobre : le principal accusé se présente comme un délinquant

Deuxième et dernier jour d'interrogatoire du principal accusé : Ali Riza Polat, dont le nom est associé à celui du terroriste islamiste de Montrouge et de l'Hypercasher, Amedy Coulibaly. Il est poursuivi pour complicité de meurtres et association de malfaiteurs terroristes : un homme d'origine kurde, converti à l'islam et qui ne montre pas de signe d'idéologie radicale ou de risque de passage à l'acte violent d'après les experts qui l'ont évalué. Il n'empêche, Ali Riza Polat surjoue-t-il son image de délinquant pour cacher ses liens avec le terrorisme ?

"Pas d'élément tangible d'idéologie radicale ou de risque de passage à l'acte violent"

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Lundi 26 octobre : Ali Riza Polat, le principal accusé

Me Coutant-Peyre et son client Ali Riza Polat, revivant le moment où il découvrit à la TV son ami Coulibaly perpétrant un attentat à l'Hyper Cacher (sa main en aurait été prise de tremblements).
Me Coutant-Peyre et son client Ali Riza Polat, revivant le moment où il découvrit à la TV son ami Coulibaly perpétrant un attentat à l'Hyper Cacher (sa main en aurait été prise de tremblements).
© Radio France - Alexis Couroussé-Volat

Il est celui des 11 accusés présents sur qui pèsent les charges les plus lourdes : complicité de meurtres et association de malfaiteurs terroristes. Ali Riza Polat est aussi le dernier à être interrogé. L'interrogatoire est prévu sur deux jours et il a débuté ce matin :

"Je ne veux pas aller en prison pour ça, cette dinguerie, ce truc de fou", déclare Ali Riza Polat à son procès.

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Vendredi 23 octobre : Peter Cherif, personnage clé et provoquant

On le présente comme le mentor des frères Kouachi, leur maître à penser, un cadre d'Al-Qaïda, mais aussi un vétéran du djihad et parfois même comme l'instigateur de l'attentat contre la rédaction de Charlie-Hebdo. Forcement, sa parole était donc très attendue. Mais Peter Cherif s'est livré à un numéro de provocation entre silence et prière depuis la prison de Fresnes. Il avait refusé de se présenter mais la cour et les différentes parties au procès ne voulaient pas passer outre ce témoignage. Il a donc été conduit par la force dans une petit pièce où il est resté seul, menotté, face à la caméra :

Peter Cherif : "Au nom de Dieu et d'Allah le miséricordieux, c'est le seul témoignage que je vais vous apporter aujourd'hui"

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Peter Cherif sur un écran du palais de justice de Paris le vendredi 23 octobre 2020.
Peter Cherif sur un écran du palais de justice de Paris le vendredi 23 octobre 2020.
© AFP - Benoit Peyrucq

Plus tôt dans la journée, une femme de 31 ans était entendue depuis la prison de Fleury-Mérogis où elle est incarcérée et dont le témoignage permet aujourd'hui d'éclairer la piste des donneurs d'ordre. Sonia Mejri, originaire de la Drôme et mariée à un chef du groupe Etat Islamique, aujourd'hui, présumé mort, est rentrée de Syrie en janvier dernier. Elle répète que cet homme était le commanditaire des attentats de janvier 2015.

"Juste dire à Charlie Hebdo. C’est important que vous continuiez. Ne lâchez pas. Vous représentez la liberté et c’est ce qu’ils détestent le plus."

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Il m’a expliqué qu’il s’était occupé d’organiser l’attentat de l’Hyper Cacher, celui de Sid Ahmed Ghlam et un autre manqué, en Belgique; qu’il avait recruté Amedy Coulibaly et qu’il avait d’autres contacts en France. Elle assure ne pas en savoir plus, cantonnée dans un rôle de femme soumise : Je devais m’occuper du ménage et ne pas poser de questions.

Jeudi 22 octobre : "On ne tue pas pour des dessins"

Miguel Martinez est considéré comme l’homme de main d’Abdelaziz Abbad, tous deux de Charleville-Mézières, la ville où résidait aussi Saïd Kouachi. Tous deux sont soupçonnés d’avoir contribué à fournir des armes aux terroristes des attentats de janvier 2015. Lors de l’audience, l'accusé âgé aujourd'hui de 38 ans a admis avoir réceptionné un sac, mais qui contenait de vieux fusils, qui n’ont pas (cela est établi) servi aux attaques de Charlie Hebdo ou de l’Hyper Cacher. Et l’homme, converti de longue date à l’islam, a lui-même orienté les débats sur les questions de radicalisation.

"Vous n’avez pas une question sur ma radicalisation, Madame le Procureure ?"

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Mercredi 21 octobre : "J’ai une sacrée expérience dans le domaine de la justice, mais là, c’est quand même une gamme au dessus"

Abdelaziz Abbad est le premier accusé à la barre pour lequel apparaît le nom de Saïd Kouachi, l'un des deux frères auteur de la tuerie de Charlie Hebdo. Et fait surprenant, c’est l’accusé lui-même qui évoque le nom de Saïd Kouachi, dès son premier interrogatoire. Plus précisément, ce natif de Charleville-Mézières explique aux policiers que le petit ami de sa sœur est venu le voir un jour, avec un mec qui portait un béret et des lunettes et qui ressemblait à Saïd Kouachi. Ils cherchaient des armes. Jamais il n’a identifié formellement le terroriste, plutôt fait marche arrière. Et le président s’interroge sur les versions contradictoires qu’il a pu tenir durant l’instruction. Ce qui ne semble pas l’émouvoir une seconde : "J’ai pu changer quand j’ai compris que je me suis incriminé tout seul." Silhouette fluette et cheveux bruns, bras croisés ou coude posé sur la balustrade devant lui, l'homme de 36 ans répond aux questions avec calme, une certaine décontraction, en vieux routard des tribunaux. "J’ai une sacrée expérience dans le domaine de la justice, lâche-t-il, une pointe de fierté dans la voix, mais là, c’est quand même une gamme au dessus" :

Abdelaziz Abbad réfute, lui-aussi, catégoriquement une quelconque implication dans ce dossier.

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Une audience marquée aussi par la déposition d’une jeune femme, même si celle-ci n’a pas apporté d’éléments concrets à l’affaire elle-même. La rumeur courait à Charleville que l’accusé ne limitait pas son trafic aux stupéfiants, qu’il vendait aussi des armes, elle vient le confirmer à la barre. Longs cheveux épars, manteau noir, toute petite voix d’enfant, elle raconte son histoire et le temps s’arrête un instant, en marge du procès et des faits examinés :

L'avocat d'Abdelaziz Abbad s’emploie à démonter les charges qui pèsent sur son client, avant la déposition d'une jeune femme dont l'ancien petit ami était un proche des frères Abbad.

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Mardi 20 octobre : Michel Catino, le plus vieux des accusés clame lui aussi son innocence

On le considère comme le bras droit ou l’homme de main de Metin Karasular, le garagiste turc soupçonné d’avoir recherché et fourni des armes à Amedy Coulibaly. Lui aussi nie les faits qui lui sont reprochés : "Je reconnais que j’ai détenu deux vieux fusils, de la came mais faut pas me mettre des trucs de terrorisme sur la tête." Terrorisme, le mot revient comme un repoussoir dans la bouche de l’accusé. Crâne dégarni, cheveux en broussaille sur les tempes et rides marquées sur le front, il a 68 ans, des origines italiennes, un accent belge et une seule passion dans la vie, le jeu :

"Moi, les faits divers, je connais pas." Et Michel Catino répète, le terrorisme non plus.

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Lundi 19 octobre : l'émotion après la décapitation d'un professeur

Reprise très particulière après le terrible assassinat le vendredi précédent d'un professeur d'histoire-géographie de Conflans-Sainte-Honorine. Samuel Paty, tué pour avoir montré à ses élèves pendant un cours d'éducation civique des caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo. L'avocat de l'hebdomadaire satirique, Richard Malka, a pris la parole, ainsi, notamment, que le président du tribunal, Régis de Jorna :

Hommages à l'enseignant Samuel Paty, avant la reprise du procès par l’interrogatoire de Metin Karasular, soupçonné d’avoir recherché et potentiellement fourni des armes à Amedy Coulibaly

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La cour tient à exprimer son émotion suite à l’assassinat de cet enseignant, mort du seul fait d’avoir transmis à ses élèves ce que représentait la liberté de penser et la liberté d’expression. La cour ne peut que s’associer aux hommages qui lui sont rendus.

Le président de la cour d'assises spéciale, Régis de Jorna.
Le président de la cour d'assises spéciale, Régis de Jorna.
© Radio France - Alexis Couroussé-Volat

L'audience a ensuite repris son cours normal avec l’interrogatoire de Metin Karasular, un garagiste turc de Charleroi soupçonné d’avoir cherché et possiblement fourni des armes à Amedy Coulibaly. Il s’était spontanément rendu à la police en voyant le visage du tueur de l’Hyper Cacher à la télévision :

Metin Karasular : "Je ne suis pas parfait, je jouais, je buvais, je trompais ma femme, mais tuer des gens innocents, je ne mange pas de ce pain-là."

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Vendredi 16 octobre : détail de la téléphonie du principal accusé

La cour a longuement entendu une enquêtrice de la SDAT, la sous-direction anti-terroriste de la police, sur les éléments factuels et la téléphonie concernant Ali Riza Polat, le principal accusé de ce procès. "Certaines auditions ont été très difficiles" a commencé la policière, en préambule. Impossible d’en douter à voir les réactions d’Ali Riza Polat dans son box qui s’agite, proteste, menace même le témoin : "Tu vas le payer". L’avocat général compte engager de nouvelles poursuites pénales

Les charges sont lourdes au vu de la téléphonie et des relations qu’il entretenait avec Amedy Coulibaly. Tous deux originaires de Grigny, ils se connaissent depuis 2007, partagent aussi la même vision radicale de la religion, expose la policière. Ali Riza Polat disposait de 6 lignes téléphoniques différentes au cours de l’année précédant les attentats. 6 dont 4 presque exclusivement réservées aux échanges avec Amedy Coulibaly. Et les contacts se chiffrent par centaines. Le 7 janvier, jour de l’attaque contre Charlie Hebdo, Coulibaly retrouve Ali Riza Polat sur un parking et lui demande de jeter son ancien téléphone. Il lui en remet un nouveau. A un chiffre près, la ligne correspond à celle utilisée par Chérif Kouachi, dans le même temps. 

Trois heures de déposition pour la policière qui finit par considérer Ali Riza Polat comme le bras droit de Coulibaly

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L'interrogatoire sur le fond d'Ali Riza Polat est prévu dans une semaine, mais il s’est fait entendre au cours de la journée et risque désormais de nouvelles poursuites.

Jeudi 15 octobre : l’ancienne épouse religieuse et l’ex belle-sœur de Mohamed Fares

Il a fallu les "convaincre" de témoigner à la barre, en délivrant un "mandat d'amener". Il s’agit de l’ancienne épouse religieuse et de l’ex belle-sœur de Mohamed Fares, l’un des accusés, dénoncé en cours d’instruction par une lettre anonyme. Mais l’audition de ces deux femmes n’a pas permis de faire la lumière sur les nombreux points d’interrogation qui subsistent :

"Je n’ai rien à dire" dit l'une, de dénégation en dénégation. Sa soeur, l'ex épouse de Mohamed Fares, n'apportera pas davantage d'éléments probants.

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Mercredi 14 octobre : Mohamed Fares et ses quantités de versions différentes

Suite des interrogatoires des accusés avec Mohamed Fares, poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste (AMT), soupçonné d'avoir participé à la fourniture d'armes à Amedy Coulibaly. Mais lui n'a été arrêté que longtemps après les attentats à la suite d'une dénonciation. Il n'y a aucune trace de son ADN sur une quelconque pièce à conviction. En revanche, on va retrouver celui de son ancienne belle-sœur sur un pistolet Tokarev abandonné dans l’appartement conspiratif de Coulibaly, à Gentilly. A-t-il une idée de l’auteur de cette lettre de dénonciation envoyée à la juge d’instruction près de trois ans après les attentats ? "Quelqu’un qui veut me faire porter le chapeau", répond l’accusé, plutôt économe de mots, cheveux noirs ramassés en catogan.

Mohamed Fares ne connaît pas Amedy Coulibaly, mais.

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Mardi 13 octobre : nouveaux témoignages au sujet Nezar Pastor Alwatik

Son ancienne épouse l'avait décrit la veille comme ambigu et radical. Aujourd'hui, plusieurs témoignages sont venus contrebalancer cette image. Comme un de ses anciens camarades de détention : 

"On disait qu’on était des musulmans détente."

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On parlait de religion, mais tranquille. Lui, c’est un pratiquant marrant, pas intégriste. Il aimait trop les femmes, ajoute-t-il en souriant. Nous d’ailleurs, on disait qu’on était des musulmans détente.

"Ce n’est pas possible qu’il ait été au courant une demi-seconde, ajoute sa nièce, même voix douce et enveloppante que sa mère, même amour pour son oncle, de 8 ans seulement son aîné, mon meilleur ami, précise-t-elle, quelqu’un d’essentiel à ma vie. Pour toutes les fêtes de famille, il était là et il répétait la prière en hébreu." Elle insiste sur ce respect mutuel des religions au sein de leur famille arc-en-ciel comme l’appelle sa mère, balaye toute éventuelle duplicité, suggérée par la partie civile.

Nezar Pastor Alwatik face aux parties civiles.
Nezar Pastor Alwatik face aux parties civiles.
© Radio France - Alexis Couroussé-Volat

Lundi 12 octobre : Nezar Pastor Alwatik et ses nouvelles explications sur les clés de la voiture jamais retrouvée de Coulibaly

La 7e semaine débute par Nezar Pastor Alwatik. Comme tous les accusés de ce procès, il réfute les accusations d'associations de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Il a 35 ans mais l’air d’un adolescent, imberbe et cheveux noirs très courts, carrure fluette dans un tee shirt à manches longues. Une élocution facile et dans son expression, la même expression d’étonnement qui s’affiche à chaque question. Et les interrogations sont nombreuses le concernant. Il reconnaît seulement avoir touché les armes d'Amedy Coulibaly. Les deux hommes s'étaient liés d'amitié en prison.

Nezar Pastor Alwatik : "On se donnait de petits challenges, tu connais telle sourate, mais il ne m’a jamais parlé de haine anti juif… Surtout que ma sœur est juive"

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L'assesseur Stéphane Duchemin interrogeant Nezar Pastor Alwatik.
L'assesseur Stéphane Duchemin interrogeant Nezar Pastor Alwatik.
© Radio France - Alexis Couroussé-Volat

La cour a également entendu la soeur et l'ancienne épouse religieuse de Nezar Pastor Alwatik, qui ont livré deux témoignages contrastés :

La défense avec cœur d'un demi-frère de 17 ans son cadet, et les précisions d'une ex-épouse qui évoque les ambiguïtés religieuses de son ex-époux.

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Vendredi 9 octobre : "Tout le monde a des hypothèses mais il s’agit de savoir"

Poursuivi pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, Saïd Makhlouf encourt 20 ans de réclusion criminelle pour participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle. Son ADN a été retrouvé sur la lanière d'un taser. "Mais ce taser-là, c’est même pas que je l’ai pas touché, je l’ai jamais vu… et ça me retourne le cerveau, ça me rend fou.", rétorque-t-il. Ajoutant : "Tout le monde a des hypothèses mais il s’agit de savoir".

On le soupçonne d'avoir contribué aux échanges d'armes qui ont été utilisées par Amedy Coulibaly, le tueur de Montrouge et de l'Hyper Cacher. Mais ce cousin d'Amar Ramdani se présente surtout comme un petit délinquant et trafiquant de cannabis :

"Coulibaly, je ne le connais pas, je l’ai vu une demi-fois" clame Saïd Makhlouf

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Saïd Makhlouf, 30 ans, silhouette corpulente, lunettes noires carrées, cheveux frisés noués en catogan, clame son innocence. Et à droite Amar Ramdani, 39 ans, ancien codétenu d'Amedy Coulibaly à la prison de Villepinte.
Saïd Makhlouf, 30 ans, silhouette corpulente, lunettes noires carrées, cheveux frisés noués en catogan, clame son innocence. Et à droite Amar Ramdani, 39 ans, ancien codétenu d'Amedy Coulibaly à la prison de Villepinte.
© Radio France - Alexis Couroussé-Volat

Mercredi 7 octobre : Amar Ramdani, ancien ami d'Amedy Coulibaly  

On n'a retrouvé aucune trace de son ADN sur les armes mais on reproche à ce charmeur de 39 ans d’avoir apporté son soutien logistique à Amedy Coulibaly pour plusieurs raisons. Ses liens avec deux autres accusés, qui auraient joué les intermédiaires pour la fourniture des armes, et les nombreux échanges avec le terroriste dans les jours qui ont précédé les attentats. Amar Ramdani est un ancien codétenu d'Amedy Coulibaly à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, employés tous les deux à la buanderie. Par cette proximité, les juges estiment qu'il ne pouvait pas ignorer les "convictions islamistes radicales" de Coulibaly et son adhésion à l'idéologie du groupe Etat Islamique. : 

Amar Ramdani : "Coulibaly était quelqu’un de serviable, sympa, intelligent… Ses actes, c’est des trucs de lâche, pas en adéquation avec la personne que j’ai connue"

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On s’est raconté nos enfances, nos adolescences, nos vies d’hommes. C’était quelqu’un de serviable, sympa, intelligent. Ses actes, c’est des trucs de lâche, ils ne sont pas en adéquation avec la personne que j’ai connue.

Et après l'interrogatoire d'Amar Ramdani, l'audience s'est déplacée sur le terrain de la religiosité, avec le témoignage de ses deux anciennes compagnes, dont une ancienne gendarme, désormais radiée de ses fonctions :

Ces deux ex compagnes décrivent un Amar Ramdani perdu lorsqu'il découvre le visage d'Amedy Coulibaly à la télévision. Il leur demande ce qu'il doit faire.

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Mardi 6 octobre : une audience qui vire au règlement de comptes entre anciens conjoints

Christophe Raumel est le seul accusé à comparaître libre. Il a aidé Willy Prevost dans l'achat de matériel pour Amedy Coulibaly. Et il n'est pas parvenu à donner l'image qu'il souhaitait donner. A la barre, Christophe Raumel apparaît calme, posé, désireux de changer : "Avant, je réfléchissais mal". Jusqu’à ce que le témoignage de son ancienne compagne ne bouscule cette image lisse et tranquille. Fébrile, elle raconte en pleurs les violences qu’il lui faisait subir : "J’avais oublié d’acheter du Nesquik pour notre fille et j’ai cru mourir ce jour-là… C’est un manipulateur, un menteur, ajoute-t-elle. A deux jours du procès, il est venu chez moi pour m’intimider." Les avocats des parties civiles s’engouffrent dans la brèche, elle s’énerve, hurle, crie des insultes. L’audience n’a plus rien d’un procès terroriste. Mais entre deux invectives, la jeune femme finit par le reconnaître : sur les faits eux-mêmes, elle ne sait rien :

Christophe Raumel : "Quand les policiers sont venus chez moi, ils ont dit terroriste, j’ai dit terroriste de quoi ?"

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Lundi 5 octobre : aux accusés de parler

Ils sont soupçonnés d'avoir apporté un soutien logistique aux frères Kouachi et à Amedy Coulibaly. Des accusés qui depuis l'ouverture de ce procès historique, il y a un mois, ont tous condamné des actes monstrueux et assuré n'avoir jamais adhéré à l'idéologie djihadiste. Le premier à avoir été interrogé se nomme Willy Prevost. Il avait été l'un des tous premiers suspects interpellés dans ce dossier tentaculaire, et en particulier après la découverte de son ADN dans la voiture utilisée par Amedy Coulibaly pour se rendre à l'Hyper Cacher. "Association de malfaiteurs, ok, mais terroriste, non. Ce qu’il a fait, c’est atroce, c’est un monstre." Willy Prevost assume la matérialité des faits mais dément avoir été au courant des intentions terroristes d’Amedy Coulibaly, le grand du quartier de Grigny où il a grandi lui aussi :

Willy Prevost : "Je n'ai rien à voir avec tout ça, je ne suis pas un terroriste"

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Ensemble, les deux hommes se sont livrés à divers trafics de stupéfiants. Willy Prevost est accusé d'avoir acheté deux couteaux, trois gilets tactiques, deux gazeuses et un taser pour le tueur de l'Hyper cacher, également le Renault Scénic utilisé pour se rendre sur les lieux et fait enlever le traqueur d'une moto. Et s'il admet avoir commis ces actes, il réfute avoir été au courant des intentions terroristes :

L’interrogatoire se prolonge et Willy Prevost s’énerve… "Mais parlez-moi des trucs que j’ai fait… C’est du n’importe quoi"

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Jeudi 1er octobre : "Si les armes n’avaient pas été trafiquées, les gens ne seraient pas morts…"

Suite de l'étude du  puzzle "complexe" des armes et des intermédiaires. Avec, à l'origine de la commande de huit des armes d'Amedy Coulibaly, un trafiquant lillois : Claude Hermant. Un ancien indicateur des douanes et des gendarmes, connu comme une figure de l'extrême-droite dans le Nord et déjà condamné à 8 ans de prison pour trafic d’armes à Lille. "Vous ne serez pas jugé une deuxième fois, lui lance le président, Régis de Jornac, mais cela vous fait quoi d’être devant cette cour d’assises sachant que les armes que vous avez fournies ont fini dans les mains de terroristes qui ont tué des personnes ?" :

Claude Hermant : "C’est un énorme loupé. Les huit armes sont bien passées par notre société, mais j’étais sous surveillance depuis 2013…"

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Claude Hermant interrogé par Régis de Jorna, président de la cour d'assises, et son assesseur Stéphane Duchemin.
Claude Hermant interrogé par Régis de Jorna, président de la cour d'assises, et son assesseur Stéphane Duchemin.
© Radio France - Alexis Couroussé-Volat

Claude Hermant, entendu à titre de simple témoin, et avec lui, des gendarmes, des policiers ainsi que son ancien lieutenant, qu'il surnommait "Monstro"… Même carrure massive que lui, même crâne rasé, chaîne en argent au cou, tee-shirt rouge  et biceps tatoués. Mais Christophe Dubroeucq est beaucoup moins bavard, particulièrement taisant :

"J’étais une sorte de rabatteur" [pour vendre des armes], admet Christophe Dubroeucq à demi-mots…

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Des gendarmes entendus en visioconférence, derrière un rideau et anciens agents traitants de l’informateur Hermant, on n’apprendra rien de plus.

Mercredi 30 septembre : l'origine des armes d'Amedy Coulibaly

D'où provenaient les armes utilisées par les terroristes ? Et si la provenance de celles des frères Kouachi n'a pas pu être établie, les armes d'Amedy Coulibaly ont, en revanche, fait l'objet d'une enquête minutieuse. Huit des armes retrouvées à l’Hyper Cacher et dans l’appartement loué par le tueur à Gentilly proviennent toutes d’une société slovaque. AFG Security revend des armes d’ex Yougoslavie transformées. "Transformées ne veut pas dire démilitarisées" précise la policière. Il apparaît assez simple de les remettre en état avec un outillage adapté. La vente est légale en Slovaquie mais pas conforme à la législation européenne. En revanche, elle passe aisément par Internet...

Où l'on s'interroge sur le volet lillois des armes

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 La cour d'assises spéciale le 16 septembre 2020.
La cour d'assises spéciale le 16 septembre 2020.
© AFP - Benoit Peyrucq

Mardi 29 septembre : les liens entre Amedy Coulibaly et trois autres accusés, Mohamed Belhoucine, présumé mort en Syrie, Amar Ramdani et Nezar Pastor Alwatik

Nouvelles précisions grâce aux enquêteurs qui ont travaillé sur la téléphonie et procédé aux gardes à vue d'Amedy Coulibaly et trois autres accusés : Mohamed Belhoucine, présumé mort en Syrie, Amar Ramdani et Nezar Pastor Alwatik qu’un ex codétenu présente comme "un clown peu marqué par la religion". A la prison de Villepinte où ils étaient détenus entre 2010 et 2013, on les appelait "la secte de la buanderie". Tous savaient qu’Amedy Coulibaly avait été incarcéré pour des faits liés au terrorisme, précise l’enquêteur. A leur sortie, les liens subsistent entre les anciens prisonniers. Leurs très nombreux échanges téléphoniques et les rencontres que les bornages de leurs portables permettent de situer géographiquement en attestent. Non seulement au cours des mois précédant les attentats, mais aussi les jours précédents, alors que le tueur de l’Hyper Cacher réduit le nombre de ses correspondants.  :

A la prison de Villepinte, où ils étaient détenus entre 2010 et 2013, on les appelait "la secte de la buanderie".

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Lundi 28 septembre : détail des échanges téléphoniques de l'époque

Examen à partir de cette semaine des faits reprochés à chacun des quatorze accusés et des liens qu'ils ont pu entretenir avec Amedy Coulibaly et les frères Kouachi. Avec plusieurs enquêteurs qui ont témoigné ce lundi, notamment sur la téléphonie. L’analyse de la téléphonie des frères Kouachi n’a pas vraiment apporté d’éléments nouveaux aux enquêteurs, si ce n’est de confirmer leur grande proximité : ils disposaient chacun d’une ligne mobile. En revanche, Amedy Coulibaly avait ouvert pas moins de 17 lignes téléphoniques sous différentes identités avec au cours des quatre mois précédant l’attentat des centaines de communications, appels ou SMS avec quatre des accusés présents dans le box. Nezar Pastor Alwatik, Willy Prévost, Amar Ramdani et Ali Reza Polat. Leurs noms viennent d’être prononcés pour la première fois. Quatre correspondants habituels qui vont devenir des correspondants exclusifs à l’approche des actions menées par Amedy Coulibaly :

Détail des échanges téléphoniques des frères Kouachi avec 4 des accusés présents dans le box

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Vendredi 25 septembre : à l'écoute de proches des frères Kouachi

A peine le procès repris en l'absence de cas de Covid, c'est une attaque terroriste à l'arme blanche devant les anciens locaux de Charlie Hebdo qui bouleverse le contexte autour des débats. Alors que la sécurité a déjà été renforcée ces derniers jours autour de plusieurs membres de l’équipe de Charlie Hebdo. Mais à aucun moment la cour n’évoque cette nouvelle attaque. Elle a entamé une nouvelle phase du procès, avec la déposition d'un enquêteur de la DGSI et des proches des frères Kouachi. "Vous considérez que votre époux est un martyr ?" questionne une avocate des parties civiles. "Non". Foulard et tunique rose, l’ex-femme de Chérif Kouachi répond avec une certaine économie de mots. Brosse un portrait sans relief de son mari : "On avait un islam assez rigoriste, mais j’ai beau refaire le film maintes fois, je ne comprends pas à quel moment j’ai loupé quelque chose."

L'ex femme de Chérif Kouachi et la veuve de Saïd Kouachi à la barre

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Croquis de tribunal du 25 septembre 2020 montrant Izzana Hamyd, veuve de Chérif Kouachi, au palais de justice de Paris.
Croquis de tribunal du 25 septembre 2020 montrant Izzana Hamyd, veuve de Chérif Kouachi, au palais de justice de Paris.
© AFP - Benoît Peyrucq

En garde à vue, la veuve de Saïd Kouachi avait, elle, refusé de s’exprimer. Les policiers avaient noté une absence d’émotion. Au juge qui l’interroge sur sa perception des événements, elle indique aujourd’hui : "Je ne suis pas d’accord avec ce qu’ils ont fait. C’est grave et c’est malheureux d’en arriver là."

Jeudi 24 septembre : procès suspendu pour suspicion de Covid

La 17e journée du procès s’est brusquement interrompue à 11h après le malaise de l’un des accusés, Mickaël Pastor Alwatik, 35 ans. Avec difficultés respiratoires, maux de tête et fièvre. Aussitôt transféré à la prison de Fleury-Mérogis où il est détenu, il passera un examen médical et un test Covid, dont on devrait avoir les résultats ce vendredi matin. Résultats qui vont conditionner la suite de ce procès hors norme, dans un contexte sanitaire marqué par la remontée de la pandémie actuelle.

Dès le début du procès, la question sanitaire s’est posée

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Dans un couloir du palais de justice de Paris
Dans un couloir du palais de justice de Paris
© Radio France - Florence Sturm

Mercredi 23 septembre : sortis vivants mais pas indemnes de l'Hyper Cacher

Nouvelle série de témoignages de survivants, qui s'étaient pour la plupart cachés dans la chambre froide du sous-sol du magasin. Ils ne sont pas sortis indemnes de ces 4 heures d’angoisse. Ainsi, Brigitte raconte l’assaut, serrée contre son ami, sous la caisse : "Je sens une brûlure dans mon dos et je lui dis : pars, refais ta vie, je vais mourir." Et de reprendre, la voix blanche, souffle saccadé entre deux respirations : 

Je ne suis pas morte. Mais je suis tombée six pieds sous terre. J’ai toujours eu un caractère déterminé, j’étais arrivée à planter mon drapeau en haut du sommet. J’ai été licenciée d’un travail que j’aimais. J’ai envie d’avancer mais je n’y arrive plus. Cette faille, je ne sais pas quand elle va se refermer, mais ce que j’ai vécu, je ne le souhaite à personne. [Un silence…] Même à mon pire ennemi.

Jean-Luc a hésité avant de venir à la barre : "Un mal solitaire où l’on est isolé… et désormais deux personnes à l’intérieur de moi. Mais l’ancien Jean-Luc ne connaît pas le nouveau."

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Ce même 23 septembre, à l'initiative de Riss, le dessinateur et patron de Charlie Hebdo, des dizaines de journaux et de médias audiovisuels signent conjointement un appel en faveur de la liberté d'expression, menacée "par des idéologies totalitaires nouvelles, prétendant parfois s’inspirer de textes religieux".

Mardi 22 septembre : le témoignage des familles des victimes de l'Hyper Cacher et de la jeune caissière

Les premiers à venir s'exprimer à la barre sont le père et l'oncle de Yohan Cohen, jeune employé de l'épicerie, le premier à avoir été abattu par Amedy Coulibaly. La maman n’a pas eu la force de venir, précise son avocat. Elle vit désormais en Israël, comme de nombreuses autres familles absentes du procès. 

Elle ne veut rien voir, rien entendre, elle est toujours dans le déni, dans la peine, poursuit Eric Cohen, le père du jeune homme. Elle n’est toujours pas informée des circonstances exactes du drame, poursuit-il, je leur ai caché pendant six ans, à elle et ma fille, qu’il avait agonisé pendant près d’une heure.

Sa fille l’a découvert tout récemment dans un reportage. Nouveau choc pour elle, après tous ceux qui ont percuté leur vie depuis cette journée d’angoisse devant l’Hyper Cacher, les fausses informations laissant entendre qu’il n’y avait pas de morts. Avec la policière qui vient finalement les chercher vers 20h, "Les gens que je vais appeler, vous me suivez" : 

"Cet enfant qui est perdu, c’est toute une famille détruite. Ce qu’ils ont fait, c’est à vomir" lance l’oncle de Yohan Cohen

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Photo le 26 juin 2015 devant le magasin Hyper Cacher avec un panneau en hommage aux quatre personnes tués par le terroriste, à commencer par Yohan Cohen.
Photo le 26 juin 2015 devant le magasin Hyper Cacher avec un panneau en hommage aux quatre personnes tués par le terroriste, à commencer par Yohan Cohen.
© AFP - Kenzo Tribouillard

"Il les a tués comme si ils étaient des objets" raconte plus tard la jeune caissière du magasin. Jamais elle ne prononce son nom. Pour Zarie Sibony, 28 ans aujourd'hui, il reste le terroriste, ou un pronom personnel "il". Elle aura été sa principale interlocutrice durant toute la prise d’otages, souligne le président. Elle livre le récit de l’horreur et ces quatre assassinats, ces 4 hommes abattus froidement à côté d’elle : Yohan Cohen, le jeune employé qui range les chariots, Philippe Braham, tué au seul énoncé de son nom, Yoav Hattab qui était venu acheter du vin pour le shabbat et tente de désarmer Amedy Coulibaly, Michel Saada, le client qu’elle ne réussit pas à dissuader d’entrer dans le magasin. Elle s’en veut. Elle le dit.

"En baissant le rideau de fer, j'avais l'impression de tous nous enterrer vivants". Zarie Sibony

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Membres des familles des victimes, survivants de l'attaque, tous ne sont pas venus témoigner. Certains, jugeant trop dur d'être Juif en France ont trouvé refuge en Israël. C'est le cas de Zarie Sibony, qui a tout de même fait le voyage jusqu'à Paris pour livrer le récit glaçant de 4 heures et 4 minutes de terreur. "T'es pas encore morte, toi ? Tu ne veux pas mourir", avait notamment lancé le djihadiste à celle qui était tapie sous sa caisse, avant de tirer.

Zarie Sibony, survivante de l'attaque de l'Hyper Cacher, le 18 septembre 2020.
Zarie Sibony, survivante de l'attaque de l'Hyper Cacher, le 18 septembre 2020.
© AFP - Stéphane de Sakutin

Lundi 21 septembre : la prise d'otages de l'Hyper Cacher

Nouvelle phase dans le procès. Celle qui revient sur la prise d'otages de cette épicerie de la Porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. Quatre personnes mouraient alors sous les tirs du djihadiste Amedy Coulibaly, dont un jeune homme qui a tenté de s'emparer de sa kalachnikov. Le terroriste a tiré une première fois sur un employé, Yohan Cohen, avant de tirer à nouveau alors que sa victime est à terre. Elle va agoniser pendant près d’une heure, au milieu des autres otages. Le terroriste leur demandera même froidement s’il doit l’achever. Calme, déterminé, sans aucune empathie. 

S'en suivront quatre longues heures d’angoisse pour les otages restants, dont un bébé réfugié au sous-sol dans les bras de son père et un petit garçon de 3 ans qui, lui, va assister à toutes les scènes d’horreur dans le magasin. "Nous voulions obtenir leur libération" déclare à la barre l'ancien responsable de la section antiterroriste de la brigade criminelle de Paris, Christian Deau. Mais la neutralisation des frères Kouachi va précipiter l’assaut des forces spéciales. Coulibaly avait menacé de tuer tous les otages si les assassins de Charlie Hebdo étaient abattus. :

Hyper Cacher : 13h06, début de la prise d’otages. 13h21, indique l’enquêteur, 4 personnes auront été tuées

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Vendredi 18 septembre : pourquoi Clarissa Jean-Philippe ?

La cour d'assises a entendu la douleur de la famille de Clarissa Jean-Philippe, cette jeune policière municipale abattue par Amedy Coulibaly le 8 janvier 2015, alors qu'elle intervenait sur un accident de circulation à Montrouge. A la barre également, l'un de ses collègues, son binôme qui a tenté de poursuivre le terroriste, mais aussi un employé du service propreté qui a affronté le terroriste :

J'ai eu une montée de haine, je suis diabétique, j’étais en hypoglycémie… et j’ai pensé, si je veux survivre, il faut que je lui rentre dedans. 

Il se retrouve à genoux les mains toujours accrochées à la kalachnikov. "Tu veux jouer, tu vas crever", lance le tueur en plongeant sa main dans la poche pour saisir une autre arme... Cet employé reste persuadé que Clarissa Jean-Philippe fut une "cible d’opportunité" pour le futur preneur d’otages de l’HyperCacher. Elle que sa famille surnommait la petite gazelle et dont les photos défilent sur l’écran devant sa mère et sa cousine germaine effondrées :

"Tu veux jouer, tu vas crever"

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Fresque en hommage à Clarissa Jean-Philippe, la policière de 26 ans assassinée à Montrouge (Hauts-de-Seine), le 8 janvier 2015, par Amedy Coulibaly, le preneur d'otages de l'Hyper Cacher. Oeuvre réalisée par l'artiste de rue C215, janvier 2017.
Fresque en hommage à Clarissa Jean-Philippe, la policière de 26 ans assassinée à Montrouge (Hauts-de-Seine), le 8 janvier 2015, par Amedy Coulibaly, le preneur d'otages de l'Hyper Cacher. Oeuvre réalisée par l'artiste de rue C215, janvier 2017.
© Maxppp - Anthony Lieures / Le Parisien

Et à la fin de cette troisième semaine d’audience, des zones d’ombre persistent. A propos de la présence d'Amedy Coulibaly à Montrouge le 8 janvier 2015 et plus nombreuses encore concernant l’agression de Romain, ce joggeur touché par plusieurs balles, la veille au soir, sur la coulée verte de Fontenay aux Roses. Aucun indice ne permet a priori de relier cet événement à une piste terroriste. :

Pourquoi Amedy Coulibaly était-il à Montrouge le 8 janvier 2015 au petit matin ?

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Mercredi 16 septembre : l'imprimeur et son jeune employé

"J’avais accepté le fait que j’allais mourir, toutes les angoisses, elles sont arrivées après… Mais mon Dieu que c’était dur…" Michel Catalano s’effondre en pleurs à la barre. L'imprimeur vient de raconter ce qu’il a pourtant si souvent raconté déjà, dans les médias, les lycées, les prisons. Il est celui qui a passé le plus de temps avec les frères Kouachi, arrivés dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) au petit matin du 9 janvier 2015, décidés à en découdre avec les forces de l’ordre. Pris en otage, il a tout fait pour que son jeune employé ne soit pas découvert. 

Michel Catalano et son jeune employé de l'époque, Lilian, à la barre

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Michel Catalano, le propriétaire de l’imprimerie dans laquelle les terroristes de Charlie Hebdo ont fini par entrer après deux jours de traque, le 27 août 2020.
Michel Catalano, le propriétaire de l’imprimerie dans laquelle les terroristes de Charlie Hebdo ont fini par entrer après deux jours de traque, le 27 août 2020.
© Radio France - Florence Sturm

Lilian qui raconte lui à la barre, la voix brisée, avoir été profondément marqué, caché dans un placard minuscule où il restera 8h et demi. Il ne veut plus aujourd'hui que son nom.. (ni son visage) apparaissent dans les médias. Il en a trop souffert...

Lilian, jeune graphiste caché plus de 8h des terroristes : "La première chose que j’ai vue avant de voir mes proches et de pouvoir me ressaisir, c’est une lampe de caméra et un journaliste qui me posait des questions…."

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J’ai vu son ombre [d'un terroriste] à travers le liseret de la porte. Il ferme les yeux, baisse la tête. Je l’ai vu ouvrir le robinet et se laver les mains. L’eau ruisselait dans mon dos. Mon cerveau était en pause. Mon cœur était en pause c’était irréel. Irréel…

Mardi 15 septembre : un enquêteur raconte la traque des frères Kouachi

L’enquêteur de la SDAT, la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire, a livré sans aucune note, un long récit millimétré de la cavale des frères Kouachi, puis de la prise d’otages dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) où sera donné l’assaut final.

"Le négociateur du GIGN n’a pas réussi à entrer en contact avec eux" précise le témoin aux parties civiles qui demandent pourquoi on ne les a pas pris vivants. Le seul moyen était d’appeler sur la ligne fixe de l’imprimerie. Elle n’arrêtait pas de sonner. L’avocat général demande alors que l’on écoute l’échange téléphonique qui s’est déroulé entre un journaliste de BFMTV et Chérif Kouachi. Deux minutes de questions-réponses, tutoiement mutuel… La voix du terroriste emplit la salle, jeune, claire, calme. Glaçante. "Nous, on est des défenseurs du prophète. Pas des tueurs. On a un code d’honneur. On tue pas de femmes. C’est vous qui tuez les enfants en Irak et en Syrie", Chérif Kouachi raccroche après s’être réclamé d’Al-Qaïda au Yémen.

"Le négociateur du GIGN n’a pas réussi à entrer en contact avec eux"

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Lundi 14 septembre : l'hommage au policier Ahmed Merabet

Ahmed Merabet fut la 12e et dernière victime des frères Kouachi. Les terroristes ont tué le policier dans leur fuite, juste après le massacre à Charlie Hebdo. Une scène insoutenable diffusée à l'époque sur les réseaux sociaux et les chaînes d'information en continu. Ses proches et ses collègues ont exprimé leur peine et leurs regrets. "Il était à terre. Je lui ai dit 'accroche-toi' et je ne l’ai jamais revu" témoigne ainsi Géraldine, 37 ans :

Et tout d’un coup, deux hommes en noir, cagoulés, armés qui tirent sur nous. Et ça tirait, ça tirait, répète-t-elle au bord des larmes. Je suis entrée dans la police en 2004. Je suis une femme de terrain. J’adore l’action. Aujourd’hui, je ne peux plus porter la tenue.

"J’ai vécu énormément de choses. Du sang, des crimes, j’en ai vus. Mais là…." La phrase de ce fonctionnaire de la BAC, policier aguerri, reste en suspens à la barre quand il évoque l'exécution d'Ahmed Merabet par les frères Kouachi.

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Portrait du policier Ahmed Merabet réalisé début 2016 par le peintre de street art C215, à l'initiative du commandant Stéphane Motel.
Portrait du policier Ahmed Merabet réalisé début 2016 par le peintre de street art C215, à l'initiative du commandant Stéphane Motel.
© Maxppp - Christophe Petit Tesson / EPA / Newscom

Jeudi 10 septembre : voix de femmes

Six femmes sont venues à la barre, toutes parties civiles pour évoquer la mémoire des disparus, et dire aussi leur propre douleur. Elles sont mères, filles, épouses, compagnes ou amantes des membres de Charlie Hebdo tombés sous les balles des terroristes. Et chacune avec ses mots va dire la douleur de l’absence. Moment si particulier, détaché des faits proprement dits, où les vies privées se croisent et se dévoilent.

Six femmes pour évoquer la mémoire des disparus de Charlie et pour dire aussi leur propre souffrance.

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Parmi ces femmes, Véronique Cabut, la veuve de Jean Cabut, dit Cabu, dessinateur. Ce procès, filmé dans son intégralité, comme le procès Barbie que Cabu avait couvert, est important pour elle : 

Plus tard, les chercheurs et les historiens découvriront comment les hommes et les femmes de Charlie étaient épris de liberté. Cabu, carte de presse 21 991, c’était un pacifiste acharné, antimilitariste, poursuit-elle. Un homme joyeux, gai, gourmand… il aimait les gâteaux, Charles Trenet, le jazz et la musique baroque.

Véronique Cabut : "Tous les soirs, Cabu se passait un morceau de Purcell et vous savez, je ne peux plus écouter de musique depuis 5 ans."

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Carte de presse, lunettes et crayons de Jean Cabut, dit Cabu. Photo prise en juin 2018.
Carte de presse, lunettes et crayons de Jean Cabut, dit Cabu. Photo prise en juin 2018.
© AFP - Joël Saget

Mercredi 9 septembre, Riss : "Je veux vivre libre"

Nouvelle journée de témoignages, avec notamment l'urgentiste Patrick Pelloux et la journaliste Zineb El Rhazoui. Ainsi que Riss, dessinateur qui a succédé à Charb au poste de directeur de la publication. Il a pris une balle dans l’épaule, qui l’empêche encore aujourd’hui de lever le bras "à cause des morceaux d’os qui sont partis". Dans l’ambulance qui l’emmène à l’hôpital, "je parlais tout le temps, je voulais pas claquer, j’étais pas sûr d’être vivant". Riss, homme pudique que son avocat incite à parler de lui… Riss qui se redresse : 

On vit pour être libre ou pour être esclave ? Je veux vivre libre, pas soumis à l’arbitraire démentiel des fanatiques.

Et il regrette que les gens soient si peu combatifs pour défendre la liberté : 

Si notre génération n’est pas capable de ça, moi j’ai honte de ma génération…

Riss qui dit encore la sensation d’avoir été "tronçonné en deux, une autre mutilation plus terrible que celle des corps, l’amputation des vivants et de leur intelligence". 

Riss : "On vit pour être libre ou pour être esclave ? Je veux vivre libre, pas soumis à l’arbitraire démentiel des fanatiques"

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Laurent Sourisseau, dit Riss, directeur de la publication de Charlie Hebdo, arrive au palais de justice de Paris pour apporter son témoignage le 9 septembre 2020.
Laurent Sourisseau, dit Riss, directeur de la publication de Charlie Hebdo, arrive au palais de justice de Paris pour apporter son témoignage le 9 septembre 2020.
© AFP - Stéphane de Sakutin

"Je suis médecin urgentiste depuis très longtemps. J’en ai vu… mais des scènes comme ça, jamais. Une véritable scène de guerre, l'apocalypse." a de son côté raconté l'urgentiste Patrick Pelloux, lui aussi chroniqueur au sein de l'hebdomadaire. Il souffle un instant… reprend… : 

J'ai senti physiquement comme une fracture… Ces blessés à aider, ma désespérance à voir Charb dans cet état… Si j’ai fait médecine, c’est pour sauver des gens. S’il y en avait que j’aurais voulu sauver, c’étaient eux. Et j’en étais incapable.

Son regard se perd, au bord des larmes. Il dénonce à son tour le fascisme islamiste, regrette que la société et les politiques ne comprennent pas l’importance de la laïcité :

Patrick Pelloux à la barre, c'est d’abord le médecin et l’ami qui parle

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"Je tiens à témoigner debout" avait lancé plus tôt Simon Fieschi. Jeune webmaster pour l'hebdomadaire satirique, il a lui été atteint d'une balle de Kalachnikov alors qu'il se trouvait dans l'entrée des locaux de la rédaction au moment de l'attaque. Dans sa voix, pas une trace de plainte quand il évoque les mois et les années d’hôpital, rééducation à vie. "J’avais les côtes brisées, explosées, des infections à répétition, une tétraplégie qui heureusement est devenue partielle. Ce qui me permet d’être debout devant vous mais l’atteinte à la colonne vertébrale a diminué ma taille de 7 centimètres". Sur le même ton, sans pathos, Simon Fieschi poursuit…. parle aussi de la fatigue abyssale nécessaire pour lutter au quotidien contre "ses épisodes de tristesse, de colère, d’aquabonisme… ces jours où je racle le fond". Et de conclure :

J’entends parfois que nous sommes des rescapés. C’est toujours un mot qui me fait drôle, comme si on avait échappé à ce qui s’est passé. Je n’ai pas eu ce sentiment. 

Simon Fieschi : "Cela paraît idiot, mais je ne peux plus faire de doigt d’honneur et parfois ça me démange."

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Mardi 8 septembre : premiers témoignages, en particulier de la dessinatrice Coco

La journée débute par les premiers témoignages de ceux qui, impuissants, ont assisté à ce bain de sang. Des parties civiles qui ont croisé les frères Kouachi, lorsque ces derniers cherchaient encore l'entrée des locaux de la rédaction de Charlie Hebdo. Comme Patricia, directrice commerciale à l'époque et depuis licenciée : "Ils m'ont tuée, ils nous ont tous tués."

"L'attentat, c'est comme une cicatrice. Tous les jours, je la vois, elle ne me gène pas. Mais si je commence à me gratter, elle me fait mal." Patricia, 58 ans, qui travaillait dans le même immeuble que Charlie Hebdo. Depuis, elle a été licenciée.

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Témoignage particulièrement intense ensuite, celui de Coco, la dessinatrice de Charlie Hebdo qui a survécu à l'attentat contre le journal. C'est elle qui, sous la menace des armes, avait ouvert la porte aux frères Kouachi. "Ça a été d'une fulgurance folle et ils m'ont dit on veut Charlie Hebdo, on veut Charb." Silhouette menue, visage fin, cheveux noirs relevés sur le sommet de la tête, Corinne Rey parle d'un seul souffle, pendant une demi-heure entière, sans interruption. 

Les seuls coupables, assène-t-elle, sont les terroristes islamistes. Les Kouachi, ceux qui les ont aidé et la société des complices qui baissent leur froc devant une idéologie.

Retour sur le témoignage de Coco devant la cour d'assises spéciale

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La dessinatrice Coco quitte le nouveau palais de justice de Paris le 8 septembre 2020.
La dessinatrice Coco quitte le nouveau palais de justice de Paris le 8 septembre 2020.
© AFP - Thomas Samson

Ce mardi, la cour a aussi refusé la demande de remise en liberté d'Ali Riza Polat. "Il y a lieu de craindre par sa demande de mise en liberté qu'Ali Riza Polat cherche à entraver la poursuite des débats, en ne se présentant pas devant la cour", a expliqué le président, Régis de Jorna.

Lundi 7 septembre : les images terribles de la rédaction de Charlie Hebdo décimée

Reprise avec un port du masque redevenu obligatoire et en permanence. La mesure est finalement rétablie, la dérogation qui prévalait encore en fin de semaine n'est plus d'actualité. Reprise avec la chronologie des faits, en commençant par la tuerie dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo. La cour d'assises spéciale visionne les images - photos et vidéos - de l'attaque de l'hebdomadaire le 7 janvier, où l'on voit les victimes du journal littéralement exécutées par les frères Kouachi. Dix personnes tuées en 1 minute et 49 secondes, dont les caricaturistes emblématiques Charb, Cabu et Wolinski :

Des images terrifiantes visualisées par la cour : celle des enquêteurs dans les locaux de Charlie Hebdo après la tuerie

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Vendredi 4 septembre : le principal accusé à la barre

Parole très attendue ce vendredi matin, celle d'Ali Riza Polat, accusé de "complicité" des crimes terroristes des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly. C'est sur ce franco-turc de 35 ans que pèsent les accusations les plus lourdes. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Sans surprise, il s'est dit "innocent", sans se lever à l'arrivée de la cour. Il résume sa vie en deux mots : "business et argent". Avant de préciser : 

Je fais mes cinq prières par jour, mes conneries à côté, je mélange pas, mais je demande pardon à Dieu, cela reste des pêchés. 

Et d'ajouter, dans une ultime provocation : "Quand je sors, je vous le dis ouvertement, je vais faire encore du banditisme, encore plus".

"Je suis là à côté de balances mythomanes qui ont raconté des conneries", verbe haut, débit rapide, Ali Riza Polat a fait le récit de sa vie. Vie résumée en deux mots : business et argent.

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Croquis de certains accusés le 3 septembre 2020 au nouveau palais de justice de Paris, dont en haut à gauche Abdelaziz Abbad, Michel Catino et Metin Karasular.
Croquis de certains accusés le 3 septembre 2020 au nouveau palais de justice de Paris, dont en haut à gauche Abdelaziz Abbad, Michel Catino et Metin Karasular.
© AFP - Benoit Peyrucq

Toujours ce vendredi, la cour s'est ensuite penchée sur la personnalité d'Hayat Boumedienne, la compagne d'Amedy Coulibaly, le tueur de l'Hyper Cacher, partie en Syrie quelques jours avant les attentats et qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Et c'est sa soeur aînée, Keltoum Boumedienne, qui est venue à la barre dire son émotion et le récit de la vie de l'absente, marquée à huit ans par la mort de leur mère :

"Je n’ai pas vu la menace", assure la grande sœur d’Hayat Boumeddiene. Selon elle, le décès prématuré de leur mère a été un tournant.

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D'assurer ne pas savoir où se trouve aujourd'hui celle qui l'a appelée par le passé à sept reprises, la dernière en octobre dernier.

Jeudi 3 septembre : les premiers accusés à se défendre

Le procès entre dans le vif du sujet, avec l'examen du profil des 14 accusés, dont trois manquent à l'appel et sont jugés par défaut. Soupçonné d'avoir cherché des armes pour les frères Kouachi, Abdelaziz Abbad est le premier des accusés à s'exprimer. Il clame son innocence avant de parler de lui. Son témoignage est perturbé par des problèmes techniques à répétition. On entend rien dans la salle voisine, même si les accusés et les avocats ont été autorisés à s'exprimer sans masque (mais pas les magistrats). Plusieurs avocats se sont ému de l'obligation du masque, tant d'ailleurs du côté de la défense que des parties civiles, estimant, notamment, qu'elle pouvait pénaliser les accusés, dont les visages et les émotions sont rendues invisibles par le masque. Vient ensuite ce jeudi le Belge Michel Catino, doyen des accusés à 68 ans et présenté comme l'homme à tout faire de Metin Karasular, un garagiste turc volubile qui a joué les intermédiaires pour la revente d'une voiture achetée frauduleusement par Amedy Coulibaly :

Retour sur les vies des deux premiers accusés à parler : Abdelaziz Abbad et Michel Catino

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L'auditorium de 70 places où l'audience est projetée à l'intérieur du palais de justice de Paris.
L'auditorium de 70 places où l'audience est projetée à l'intérieur du palais de justice de Paris.
© Radio France - Alexis Couroussé-Volat

Mercredi 2 septembre : un premier jour masqué et sous haute sécurité

Un procès dont tous les acteurs resteront masqués, c'est l'image la plus frappante de cette première journée d'audience entamée peu après 10h. Plus encore que l'impressionnant dispositif de sécurité déployé, avec par exemple deux contrôles avant de pouvoir accéder à la salle d’audience principale où seules vingt places sont réservées pour la presse. Faute de place, l'audience est donc retransmise dans trois autres salles, au deuxième étage de l’immense Palais de justice. Le public, lui, est cantonné au rez-de-chaussée, dans l’auditorium. Avec une obligation sanitaire de rester masqué au coeur des débats :

Croquis de la salle d'audience réalisé le 2 septembre 2020 au palais de justice de Paris montrant les quatorze accusés et leurs avocats, portant un masque de protection contre le Covid-19.
Croquis de la salle d'audience réalisé le 2 septembre 2020 au palais de justice de Paris montrant les quatorze accusés et leurs avocats, portant un masque de protection contre le Covid-19.
© Radio France - Benoît Peyrucq

Au premier jour du procès

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"C'est donc cela [ces masques] que l'Histoire retiendra, puisque ce procès est filmé ?" lance Isabelle Coutant-Peyre, l'avocate du principal accusé, Ali Riza Polat, qui dénonce une atteinte aux droits de la défense : "des gens jugés alors qu'ils étaient masqués". Alors que des protestations fusent parfois dans les rangs de la salle, "On entend rien". 

Oui, répond calmement le président de la cour Régis de Jorna_, on dira qu'en France il y avait une pandémie qui s'appelait le Covid._

En début d'après-midi, il entame la très longue lecture du rapport, synthèse d'un dossier de 171 tomes. Plusieurs proches des victimes ont quitté la salle, au bord des larmes, à l'évocation de la tuerie de Charlie Hebdo : 11 morts dont le président égrène les noms. Charlie Hebdo qui a décidé ce mercredi de publier à nouveau les caricatures qui avaient fait du journal une cible des djihadistes.