Proche-Orient : du terrain aux images, une tragédie sur tous les fronts

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Proche-Orient : du terrain aux images, une tragédie sur tous les fronts

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Des Palestiniens au milieu des décombres près de la tour Al-Shorouk dans la ville de Gaza, le 13 mai 2021.
Des Palestiniens au milieu des décombres près de la tour Al-Shorouk dans la ville de Gaza, le 13 mai 2021.
© AFP - Mohammed Abed

Le monde dans le viseur. Depuis le 10 mai 2021, Israéliens et Palestiniens s'affrontent violemment. À l'origine de cette nouvelle crise, l'expulsion de Palestiniens installés depuis des années à Cheikh Jarrah, un quartier de Jérusalem-est. Depuis, c'est l'escalade de part et d'autre, avec la crainte d'une guerre civile.

C'est un nouvel épisode dramatique qui se déroule entre Israéliens et Palestiniens. Depuis plusieurs jours, les bombardements se multiplient des deux côtés. Aux roquettes et obus tirés sur l'État hébreu répondent des frappes aériennes israéliennes et des tirs d'artillerie. Avec déjà plus d'une centaine de morts côté palestinien et une dizaine côté israélien. 

Affaires étrangères
58 min

En témoigne cette photo prise le 13 mai 2021, à Gaza, par le photoreporter de l'AFP Mohammed Abed, qui poursuit sa mission d'information même sous le feu. Photographe chevronné qui travaille depuis plus de vingt ans à l'Agence France Presse, Mohammed Abed a couvert des conflits en Lybie et en Égypte ainsi que  trois guerres à Gaza. Ce qui lui a d'ailleurs valu d'être blessé en 2018. 

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Sur ce cliché, au milieu des décombres, dans un paysage apocalyptique, deux Palestiniens arpentent les rues après être allés prier pour l'Aïd al-Fitr. Un bombardement vient d'avoir lieu. Il a touché la tour al-Sharouk, qui abritait le bureau de la chaîne Al-Aqsa, la télévision palestinienne fondée en 2006 par le Hamas.

On découvre deux personnes qui semblent très calmes, avec cette femme qui est pile au milieu de l'image, et autour d'eux, il y a le fracas et la destruction. un contraste très fort entre les personnages et l'environnement.

Deux diagonales qui ouvrent presque une voie dans le chaos.
Deux diagonales qui ouvrent presque une voie dans le chaos.
© AFP - Mohammed ABED

Un contraste saisissant, estime Caroline d'Avout, chef adjointe du service photo du journal Les Échos, renforcé, pour elle, par la construction  de la photo. "Il y a ces deux personnages qui forment une diagonale côte-à-côte. On peut aussi quasiment tracer une autre diagonale avec l'amas de fils en haut à droite. Ces deux personnages en parallèle, qui se tournent le dos, ont un aspect presque fantomatique."

A l'origine de cette crise au Proche-Orient, l'expulsion de Palestiniens du quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-est par la Cour suprême d'Israël. Une décision qui a conduit à une série de violents affrontements entre Palestiniens et la police israélienne. En retour, le Hamas, le principal mouvement islamiste palestinien, va alors tirer des roquettes sur Israël causant la mort d'au moins 6 civils israéliens. La riposte aérienne de l'état Hébreu est immédiate.

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L'Invité(e) des Matins
40 min

Guerre de l'image

"Pour un photographe, ce doit être extrêmement difficile de travailler sur ce conflit, rappelle la chef adjointe du service photo des Echos, car c'est une guerre de l'image. O_n le voit encore plus en ce moment sur les réseaux sociaux."_ Quand, par exemple, Le Parisien publie une photo d'interception de roquettes par le système de défense aérienne israélien, "cela va provoquer un flot de commentaires, alors que l'image est factuelle. Le conflit au Proche-Orient suscite beaucoup d'émotions et de parti pris".

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"Pour nous, en tant que diffuseur, c'est un sujet délicat et complexe, poursuit Caroline d'Avout. Je me suis posé d'ailleurs la question du choix de photo pour illustrer les articles de nos correspondants. On se demande ce que l'on doit montrer. D'autant qu'on reçoit énormément d'images en provenance de Gaza. Il faut prendre du recul et rester prudent. Il faut garder un oeil le plus factuel possible."

Mohammed Abed à Gaza le 8 juin 2018, quelques minutes avant d'être blessé par balle au genou malgré son gilet PRESS. Le porte-parole du ministère de la Santé à Gaza, Achraf al-Qodra, avait alors assuré qu'il avait été blessé par un tir israélien.
Mohammed Abed à Gaza le 8 juin 2018, quelques minutes avant d'être blessé par balle au genou malgré son gilet PRESS. Le porte-parole du ministère de la Santé à Gaza, Achraf al-Qodra, avait alors assuré qu'il avait été blessé par un tir israélien.
© AFP - STR

Choix subjectif

"Aux Échos, précise la chef adjointe du service photo, la politique c'est aucun sensationnalisme. On ne publie quasiment jamais de photo de morts, on n'est pas dans le sanguinolent. Et surtout, la ligne de nos articles, de manière générale, se veut neutre et factuelle. En photo, ce sera la même chose. Montrer les dégâts et montrer  les tirs de roquettes, les deux points de vue sont justes."

De là à viser juste, à se prémunir des critiques, il y a loin. "Ça n'est pas une science exacte, rappelle Caroline d'Avout. Nous sommes tenus de choisir des photos d'actualité, mais la sensibilité de la personne qui fait le choix intervient aussi. Tous, dans le service, ne feront pas la même sélection." Et tous, du côté des lecteurs, n'y verront pas le même message. 

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