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Programmes scolaires : comprendre (un peu mieux) l'incroyable absence des femmes

Par
Marguerite Duras
Marguerite Duras
© Getty - Jacques Haillot

2017, année historique? Pensez donc : une femme de lettres étudiée au programme du bac de français! Si on a crié au miracle, c'est que la situation est plus désespérante que vous ne l'imaginez. Quatre chercheurs viennent de prendre l'invisibilisation des auteures dans l'enseignement à bras le corps.

On le sait (vaguement), on l'entend (parfois), mais on ne prend pas toujours la mesure des chiffres :

  • en classe de première, seulement 4% des auteurs étudiés par les lycéens pour le bac de français étaient des femmes en 2016, mais aucun en filière générale. Non vous ne rêvez pas : il aura fallu attendre 2017 et Madame de Lafayette, au programme de l'épreuve de français pour  La Princesse de Montpensier
  • en filière littéraire, les classes de terminale qui ont depuis la réforme de 1995 une épreuve de "littérature", ont passé quinze ans, de 2002 à 2017, sans avoir jamais à travailler le moindre texte signé Marguerite Duras, Annie Ernaux,  Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute ou Colette
  • seulement 9% des auteurs au programme du concours d'entrée à l'Ecole normale supérieure ont été des femmes entre 2008 et 2017

Ces seuls chiffres ont de quoi faire sursauter. L'invisibilisation des femmes dans l'histoire littéraire telle qu'elle s'enseigne dans le secondaire et après le bac en France est flagrante. On la touche du doigt sitôt qu'on fait un tant soit peu de statistiques, plus ou moins sauvages. Mais seuls quelques chiffres épars existaient jusqu'à présent, relayés à l'occasion de quelques pétitions ces dernières années. Manquait encore une étape d'objectivation de l'absence des femmes  dans les programmes littéraires : c'est cette étape qui permettra justement de donner davantage d'écho à la prise de conscience, et aussi de rectifier le curseur.

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C'est précisément ce à quoi viennent de s'atteler plusieurs chercheurs issus de deux disciplines a priori éloignées : la littérature française d'une part, et l'informatique d'autre part. Réunis dans un projet baptisé " Visiautrices", ils sont ainsi quatre universitaires, issus de facs différentes et relayés par quatre stagiaires encore étudiants, à entreprendre cette vaste enquête sur l'absence des auteures dans l'enseignement secondaire et étudiant - les porteurs de projet disent "femmes de lettres". Cette objectivation passe à la fois par un travail de recueil des pratiques (tous les enseignants, dans le secondaire, n'abordent pas nécessairement les mêmes auteurs de A à Z selon les supports de cours qu'ils utilisent), mais aussi un certain nombre d'approches statistiques, et notamment une analyse quantitative des œuvres au programme. 

Après ce travail de collecte et d'analyse de données, le groupe de recherche prévoit d'organiser des ateliers avec des enseignant.e.s du secondaire et du supérieur pour travailler avec eux à la constitution de corpus plus mixtes, mais aussi de faire un travail proactif qui passera par l'écriture d'outils pédagogiques moins centrés sur les carrières littéraires masculines, ou encore d'enrichir Wikipedia avec des pages mieux renseignées, à même de donner plus de visibilité aux auteures. 

Nous tâcherons de vous tenir régulièrement au courant des avancées de ce projet par ici.

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59 min