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Promenade à Lyon sous le regard des caméras

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Vous savez comme c’est agréable de se promener dans Lyon. Par exemple pour joindre deux lieux de la Biennale. Vous sortez du musée des Beaux-Arts , prenez la rue Joseph Serlin, puis, tout de suite sur la droite, l’avenue de la République. Vous la descendez jusqu’à la chambre de commerce, puis vous tournez à droite rue Grenette et rejoignez la rue du Président Edouard Herriot, et assez rapidement, vous arrivez place Bellecour. Ca vous prend une petite quinzaine de minutes. Et c’est beau.

Savez-vous que pendant cette petite quinzaine de minutes, vous avez croisé une quinzaine de caméras de vidéosurveillance placées et administrés par la Ville de Lyon. Autrement dit, vous avez été filmé pendant la quasi-totalité de votre balade.

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Cette promenade, je l’ai faite ce matin, depuis mon écran, à la Maison de la radio. Je l’ai faite grâce à Google Street View, le site bien connu, et grâce à un site militant et collaboratif, Lyon-sous-surveillance, qui recense les caméras de surveillance placées dans la ville. Pourquoi ce travail ? Parce que la ville de Lyon est proactive en matière de vidéosurveillance, 300 caméras d’ici la fin 2013 si l’on en croit les objectifs que vous vous étiez fixé, Gérard Collomb.

J’avoue être troublé par les caméras de surveillance, comme peu d’objets technologiques me troublent.

D’une part, elles sont irréprochables. La raison de leur installation est légitime : protéger les populations (d’ailleurs, on ne dit plus « vidéosurveillance », mais « vidéoprotection ») personne ne peut s’opposer à la protection des populations. L’installation se fait dans un cadre défini par la loi depuis 1995, sous l’autorité des préfets. Tout est fait pour que leur usage soit transparent (par exemple à Lyon, il existe une « charte éthique » de la vidéoprotection, il existe aussi un « collège d’éthique » chargé de vérifier que rien n’est attentatoire aux libertés il existe aussi des procédures techniques qui permettent de garantir ces libertés : les intérieurs sont floutés par un logiciel, les images enregistrées ne sont gardées que 15 jours, le délai légal étant d’un mois).

Mais Sur le plan de l’efficacité, c’est plus compliqué. Difficile de trouver une étude ou un rapport officiel concluant définitivement à l’utilité de ces caméras. Même quand la Cour des comptes y est allé de son avis en 2011, statuant que l’effet des caméras était invisible en termes d’élucidation des faits de délinquance. Les rapports les plus favorables parlent d’effets « faibles » ou « marginaux ». En termes de prévention, c’est encore plus compliqué à déterminer. C’est donc qu’il y a dans le recours à la vidéo surveillance quelque chose de l’ordre de l’acte de foi, ce qui est toujours inquiétant en matière de technologies.

Mais surtout : comment ça marche vraiment dans les salles où les opérateurs sont face aux écrans. Qu’est-ce qu’ils regardent ? Qui ils regardent ? En fonction de quels critères ? Une étude menée par l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile-de-France montre que la surveillance est souvent discontinue (caméras parfois de mauvaise qualité, en panne, qui tourne à vide faute d’opérateur pour les regarder, données écrasées rapidement faute de mémoire et donc inutiles pour la police), cette étude montre surtout qu’il n’y a pas une vidéosurveillance, mais des vidéosurveillances, selon l’investissement que consent la municipalité, selon le matériel et les logiciels, et selon aussi le zèle du préfet à ce que le cadre légal soit respecté. Là, on n’est plus seulement dans l’acte de foi, mais dans la confiance. Confiance suprême. A chaque petit dôme que je croise, dans les rues de Lyon ou d’ailleurs, à chaque fois que je confie à une caméra de vidéosurveillance ma petite image – inintéressante certes, mais c’est mon image, c’est mon visage et mon corps -, je me demande si cette confiance est mérité. L’œil noir de la caméra ne répond pas.

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