Publicité

"Prométhée enchaîné", spectacle le plus mythologique

Par
Prométhée, interprété par Frédéric Le Sacripan.
Prométhée, interprété par Frédéric Le Sacripan.
- Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Avignon 2016. Avez-vous déjà vu Prométhée paré d'habits modernes, dans une pièce qui fait, 2500 ans après, toujours écho à l'actualité ? Le directeur du Festival d'Avignon, Olivier Py, conclut son cycle eschylien avec cette pièce antique, itinérante et traduite par ses soins.

Prométhée est prisonnier. Prisonnier des Dieux pour avoir osé voler le feu divin et en avoir fait don aux hommes. Avec le feu il leur a apporté la science et l'art, la connaissance. Zeus, dans sa colère, l'a condamné à être enchaîné à un rocher. Prométhée (Frédéric Le Sacripan) proteste et en appelle aux autres Dieux, qui se refusent à l'aider : lui, pourtant, sait que les jours de Zeus sont comptés et, qu'importe son destin, qu'importe la souffrance et la douleur, il ne pliera pas. La rage au ventre, il continue, le poing levé vers le ciel, de défier le tyran qui l'a emprisonné.

Olivier Py l'avait annoncé dans son discours d'ouverture : le 70e festival d'Avignon serait politique. Promesse tenue : Prométhée c'est la révolte, la rébellion face à un Dieu, mais surtout face à l'ordre établi :

Publicité

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Déjà, dans "Les Suppliantes", Io, ici incarnée par Philippe Gérard, interrogeait la question de l'exil, de l'immigration :

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Avec "Prométhée enchaîné", le directeur du festival boucle le cycle qu'il avait entrepris en 2008 en adaptant "L'Orestie", d'Eschyle. Avaient alors suivi "Les Sept contre Thèbes" (2009), "Les Suppliantes" (2010) et "Les Perses" (2011).

vous pouvez réécouter ces trois premiers épisodes captés par les Fictions de France Culture

Dernier morceau de cette odyssée, proposé en itinérance dans dix lieux aux alentours d'Avignon, achève en beauté son cycle eschylien et propose un théâtre revenu à sa plus simple expression.

Un décor minimaliste.
Un décor minimaliste.
- Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Car sur scène, le décor, itinérance oblige, est minimal, pour ne pas dire inexistant : trois comédiens, des costumes simples et modernes et une scène en longueur pour surélever légèrement les interprètes. Il faut compter sur toute la puissance de jeu des comédiens - Frédéric Le Sacripan, en indomptable Prométhée, le chœur incarné par Mireille Herbstmeyer et Philippe Girard en interprète de tous les autres dieux - pour faire oublier l'absence totale de décor. Avec succès : la force des dialogues, le talent des comédiens, effacent sans peine l'environnement, les chaises pliables et la mauvaise acoustique de la salle polyvalente où les spectateurs ont pris place :

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

"Sur le plan de la mise en scène, faire avec la pauvreté, c’est faire avec la richesse du théâtre. Elle est presque inversement proportionnelle : plus on est pauvre, au théâtre, plus il y a une richesse qui tient au rapport à la parole, au dire, à la forme du dire, à la musicalité du phrasé." Olivier Py

"Il faut arriver à faire des pièces qui sont des grands poèmes philosophiques, mais qui sont presque des pièces d’action, ce qui tient à l’énergie des acteurs évidemment, assure Olivier Py. Il faut jouer comme si c’était un film de gangsters, et ne pas penser qu’on est en train de délivrer un poème matrimonial. Sinon, justement, le poème disparaît."

Mireille Herbstmeyer et Philippe Girard.
Mireille Herbstmeyer et Philippe Girard.
- Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Pour boucler la boucle, le directeur du Festival s'est même fendu d'un apologue, les deux autres épisodes d'Eschyle, "Prométhée porteur de feu" et "Prométhée délivré", n'ayant jamais été retrouvés. "On a l’impression que, si on s’arrête au premier épisode, cela finit très mal et que c’est une pièce pessimiste, voire nihiliste. Ça n'est pas du tout la tragédie eschylienne. Eschyle ce sont des tragédies qui finissent bien. On n'en a plus que sept malheureusement, et celles-là ne finissent pas véritablement bien puisqu’on n'a que la première partie d’une trilogie. Donc il fallait que je reconstitue, au moins ce qu’intellectuellement j’imagine qu’Eschyle voulait dire dans les deux épisodes qui suivaient."

La fin de "L’Orestie", seule trilogie complète d'Eschyle, se terminait sur une concorde entre les Dieux et les hommes pour créer la démocratie. Dans une mise en abîme de la parole théâtrale, Olivier Py, lui, fait don aux hommes "'d'une arme encore plus grande que la foule, la parole".

"Qu'est-ce qu'un poète : un homme qui sait mieux que la parole ne sert à rien."