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Punaise!

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Mais qui sont ces criminels ? Qui se cachent partout et qui envahissent absolument tout ? Eh bien ces sont des banales punaises de lit ! Pour un ex-soviétique comme moi, c’est toute une histoire ! Même si chez moi, nous n’avions jamais eu l’honneur de les recevoir (et ma mère expliquait toujours cela par le fait que nous habitions dans un tout nouveau bâtiment, conçu par nos frères socialistes tchécoslovaques), les maisons anciennes, ainsi que les villages ont traditionnellement été victimes d’invasion de ces petits vampires.

En 1979, lors de notre voyage en voiture vers un autre pays-frère, la RDA, ma mère exigea, qu’on ne s’arrête que dans les hôtels, situés après la frontière de la Russie soviétique. Ayant un choix entre un hôtel dans la région de Pskov et un hôtel à Resekne, nous avons fait le choix de la Lettonie socialiste, mais la Lettonie malgré tout! C’est vrai que le café y était meilleur, les draps n’étaient pas humides et la chambre paraissait propre. Mais à minuit nous avons subi… la première attaque des punaises !

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L’attaque a duré toute la nuit…Notre résistance fut héroïque. Nous avons tout essayé ! Bien isoler les lits des murs, secouer les lits et les draps…même mettre de l’eau autour des pieds de nos lits ! Tout cela pour rien ! Les vaillantes punaises grimpaient sur les murs en contournant nos barrages, comme les chars du Reich contournant la ligne Maginot. Des murs ils passaient au plafond et puis… comme des véritables parachutistes des troupes aéroportées se jetaient sur nous ! Eh oui, nous n’étions pas préparés a cette guerre...

Pas seulement donc, les frontières n’existaient pas pour les punaises dans le camp socialiste dans les années 70, mais une fois presque exterminées chez les capitalistes ils y firent leur réapparition. Et quelle réapparition spectaculaire ! 31 719 plaintes liées aux punaises ont été formulées entre juin 2009 et juin 2010 aux services d'urgence de la ville de New York ! Une multitude de sites internet tracent les nouvelles lignes du front. Les hôtels tombent entre les pattes de l’ennemie, l’un après l’autre. Plusieurs boutiques branchées, comme «Hollister» et «Abercrombie and Fitch», sont fermées…Les punaises ont même eu le culot d'envahir un haut lieu de la lingerie américaine: une boutique de Victoria's Secret !

Face au danger, les autorités ont promis des moyens (un demi-million de dollars) et des menaces: «Nous voulons envoyer un message aux punaises», a lancé la présidente du Conseil municipal, Christine Quinn. «Prenez garde! Vos jours sont comptés» !

Les punaises, pourtant, ne sont pas dangereuses pour la santé, mais «C'est psychologique. Ca rend les gens complètement dingos», estime Jeremy Ecker, de «The Bedbug Inspectors » », une entreprise qui propose de traquer les punaises grâce à des chiens renifleurs. M. Ecker tarife 350 dollars ses services. Si cela semble élevé, il faut songer au sacrifice qu'il réalise: l'entraînement des chiens implique d'avoir des punaises de lit sous la main, n’est-ce-pas ? Et M. Ecker n'hésite pas à les nourrir en plongeant son avant-bras dans un nid.

Et qui sait, peut être la carte de l’Europe d’après guerre aurait des frontières tracées autrement, si les alliées avaient eu dans leurs rangs des professionnels du niveau de Monsieur Ecker. Car une fois arrivée dans l’ancien palais de Nicolas II à Yalta en janvier 1945 pour y rencontrer Joseph Staline, la délégation américaine a été victime des attaques des…mais oui, punaises, de même virulence que celle, subi par votre humble serviteur il y a 30 ans dans un pays-victime des accords de Yalta. Selon le cameraman du Président Roosevelt, les punaises de lit soviétiques étaient même résistantes aux armes chimiques américaines dernier cri. On peut conclure donc que les accords de Yalta ont été signés sous la torture la plus ancienne – la privation du sommeil…