Qu'est-ce que le "prompt art", cette révolution artistique qui utilise l'intelligence artificielle ?

Théâtre d'Opéra Spatial de Jason Allen (2022), œuvre générée par une IA
Théâtre d'Opéra Spatial de Jason Allen (2022), œuvre générée par une IA

Qu'est-ce que le "prompt art", cette révolution artistique qui utilise l'intelligence artificielle ?

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Qu'est-ce que le "prompt art", cette révolution artistique qui utilise l'intelligence artificielle ?

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Vous avez vu ces dernières semaines apparaitre sur les réseaux sociaux des tableaux générés à l'aide d'intelligences artificielles. C'est le "prompt art" et ça pose déjà beaucoup de questions...

Imaginez n'importe quelle image : Sean Connery en drag queen, la prise de la Bastille filmée par une gopro, les Vikings envahissant New York... Il vous suffit de taper ces quelques mots dans un moteur de recherche, et l'image est générée en un instant sous vos yeux, grâce à une intelligence artificielle d'un nouveau genre.

Valentin Schmite, enseignant en arts numérique et IA : "Le prompt art, c’est une révolution qui arrive aujourd’hui dans le domaine de l’art et de l’intelligence artificielle. On voit émerger depuis quelques mois sur Internet des images générées à partir de texte. Comme vous lisez un prompteur, le prompt c’est un bout de texte qui va passer par une série d’algorithmes, un réseau de neurones pour générer une image."

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D’abord réservées à la communauté geek, ces intelligences artificielles ont été testées par les internautes pour recréer des mashup drôles, des photos réalistes, des détournements, des événements historiques, mais aussi des œuvres artistiques originales, avec un souffle créatif et une puissance d’évocation inouïe…

Le Meilleur des mondes
58 min

En août 2022, une œuvre créée à l’aide d’une IA, Théâtre d'Opéra spatial a même remporté un concours de beaux-arts aux Etats-Unis.

Un outil avant tout

En France, le débat a déjà été lancé en 2018, quand le collectif Obvious avait vendu aux enchères un portrait réalisé à l’aide d’une IA pour 432 000 euros…

Mais qui est l’auteur de l'œuvre ?

Hugo Caselles-Dupré, membre fondateur d'Obvious : “On a le même type de commentaires que les photographes ont eu quand la photographie est apparue. Tout le monde leur disait "Ce n'est pas de l’art, c’est du travail d'ingénieur, c'est automatisé", etc. Or on se rend compte aujourd'hui qu’il y a des photographes meilleurs que d’autres. De la même manière avec l’IA, il y a des artistes meilleurs que d‘autres !"

Pierre Fautrel, membre d'Obvious : ”Les algorithmes sont des outils et rien d’autre. Après tu as toute la partie artistique : qu’est-ce que tu veux dire ? Quel rendu plastique tu vas donner à ton travail ? En quoi ça résonne avec tes travaux précédents ?"

Depuis les années 2010, on était déjà capable de créer des images originales à partir d’une base de données d’images existantes. Mais des logiciels lancés récemment comme Dall-E, Midjourney, Scrypr fonctionnent avec du “Text to Image” c'est-à-dire qu'ils sont capables de créer des images complexes à partir de légendes de photos disponibles sur internet.

Valentin Schmite, enseignant en arts numérique et IA : "Lorsque vous écrivez le mot banane, l’algorithme ne va pas simplement générer une banane parce qu’il a des images de bananes en stock, mais il vient analyser des millions d’images de bananes et il va déterminer qu’une banane c’est jaune, ça a plutôt une forme incurvée, etc. Ca, c’est 3 coordonnées potentielles mais en fait il peut y avoir des millions de points différenciants. Et en combinant ces millions de points avec d’autres millions points, on peut générer des images qui n’existent pas.

Un progrès qui pourrait déjà donner des sueurs froides à certains métiers créatifs : , designers, illustrateurs, publicitaires journalistes…

Des médias ont même déjà utilisé ces IA pour leurs unes, notamment Cosmopolitan. Des garde-fous sont prévus dans ces logiciels pour éviter les contenus violents, à caractère politique, pornographique ou les deepfakes.

Déjà des biais de représentation

Mais ces IA reprennent déjà certains biais de représentation bien familiers comme l'explique Valentin Schmite : "Si on tape "A picture of a nurse", on va avoir la représentation d’une femme et pas d’un homme infirmier. Si on tape CEO (PDG), ça va être un homme généralement blanc qui va être représenté. Lorsqu’on demande une photo de mariage, c’est plus souvent des couples hétéros blancs qui vont être représentés.

Une autre question promet d’être épineuse : le copyright. Dans le numérique, les usages ont des années d’avance sur la législation. Pour le moment, la plupart des algorithmes reconnaissent l’utilisateur comme l’auteur. Mais si l'on demande à l’algorithme “Beyonce par Klimt", à qui appartient l'œuvre ? A l'internaute, à Beyoncé ou aux ayants-droit de Klimt ? Une question à laquelle répond Hugo Caselles-Dupré, membre fondateur d'Obvious : “Pour créer l’algorithme, il faut des jeux de données de milliards d’images et leur légende, et ces milliards d’images, il y a des gens qui en possèdent les droits. Et dans les jeux de données il y a des images qui sont soumises au copyright et dont les gens ne sont pas au courant qu’elles sont utilisées pour générer d’autres images avec l’algorithme."

Après les images en 2D, on peut imaginer créer des objets en 3D à partir de texte. On peut aussi imaginer illustrer des romans, des poèmes et pourquoi pas des vidéos, des stories et même des films…