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Quand l’histoire de l’homosexualité entre au musée

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Première manifestation de victimes en 1983
Première manifestation de victimes en 1983
© Radio France - Jean-Baptiste Carhaix

Au Mucem et au Mémorial de la Shoah, deux expositions innovantes reviennent sans tabou sur deux moments sombres, et longtemps gommés ou niés, de l’histoire des homosexuels : la déportation nazie et la lutte contre le sida. Il était temps !

Deux expositions relatives aux questions LGBT et au sida sont visibles actuellement en France – et elles sont toutes les deux aussi innovantes que remarquables. 

La plus ambitieuse est présentée au Mucem à Marseille : « VIH/sida, L’épidémie n’est pas finie ! ». C’est un parcours émouvant qui retrace près de quarante années de combats contre la maladie : affiches, tracts, vidéos, objets, œuvres d’art… Il y a comme un paradoxe que ces objets des luttes LGBT, ou contre le sida entrent aujourd’hui au musée, alors que – comme le rappelle fort justement le titre de l’exposition – l’épidémie n’est pas terminée. 

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Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée de Marseille (MUCEM) a repris ces dernières années le flambeau du Musée national des arts et traditions populaires, fermé en 2005, et collectionne désormais la mémoire du temps présent. C’est sa mission et cette belle exposition justifie, à elle seule, la raison d’être du MUCEM. 

Pour ceux qui ont vécu ces années de cendre, l’exposition donnera les larmes aux yeux ; pour tous les autres, elle vaut le voyage. On y chemine à travers les flyers et les tee-shirts siglés Aides-Fédération nationale ou Act Up-Paris. Les lettres d’amour d’amants qui se savent condamnés ; les manifestations de desperados qui ont la violence du désespoir ; les tracts néo-dadaïstes – tout est bouleversant. 

S’ils se proposent de « retracer l’histoire sociale et politique du sida », le parti pris assumé des curateurs de « VIH/sida, L’épidémie n’est pas finie ! » est militant ; on peut leur en faire le reproche mais imagine-t-on une telle exposition dépassionnée, sans rage ni colère ? L’approche militante est nécessaire et finalement inévitable.

Plus ennuyeux, en revanche, est la réécriture de l’histoire que cette exposition propose à son corps défendant. Le militantisme de Aides est systématiquement minoré au profit de l’héroïque activisme d’Act Up. Or, faut-il le rappeler, l’association Aides était bien seule entre 1984 et 1989 à lutter contre le sida (Act Up-Paris n’a été créée qu’en 1989). En France, Act Up est devenue active dans la deuxième décennie du sida, mais c’est Aides qui s’est occupé des malades et des revendications dans la première ! 

Act-up Paris, porte-voix, 2004. Mucem, Marianne Kuhn
Act-up Paris, porte-voix, 2004. Mucem, Marianne Kuhn
© Radio France

Ainsi, on privilégie des figures comme Didier Lestrade ou Philippe Mangeot, activistes d’Act Up tout à fait incontournables, et légitimes, mais arrivés tardivement dans le combat, alors que Daniel Defert, Frédéric Edelmann, Jean-Florian Mettetal ou Pierre Kneip, les vrais pionniers de la lutte contre le sida en France, sont absents ou marginalisés. (La fameuse brochure de Aides, encartée dans Gai Pied Hebdo en février 1985, avec un papillon sur sa couverture, document précoce et essentiel, n’est pas présentée ici alors qu’elle est facile à trouver). 

Autre point aveugle de cette exposition : le déni initial des militants gays qui, entre 1982 et l’été 1985, ont nié ou sous-estimé la réalité de l’épidémie. La plupart des journaux gays, dont Gai Pied Hebdo, les associations militantes ou encore les intellectuels gays, tels Renaud Camus et surtout Guy Hocquenghem, ont refusé de se mobiliser contre le sida jusque tard en 1984 ou même en 1985. A Marseille par exemple, l’association Aides, pilotée par le remarquable médecin vénérologue Thierry Gamby, a dû ferrailler énergiquement en 1985-1986 contre les militants gays qui ne voulaient pas entendre parler de la lutte contre le sida. (Et Thierry Gamby n’apparait pas une seule fois dans cette exposition marseillaise alors qu’il fut autrement plus précoce et courageux que les militants d’Act Up).

Ce point du déni est essentiel à la compréhension de l’épidémie et il est entièrement passé sous silence par les curateurs de cette exposition par ailleurs émouvante. De même, deux des figures majeures américaines de la lutte contre l’épidémie, Larry Kramer, pourtant fondateur d’Act Up, ou Randy Shilts, sont également sous-estimés alors qu’ils ont tous les deux dénoncé sévèrement le déni initial des militants gays. Comme s’il fallait que le mouvement gay fut entièrement héroïque et ses erreurs niées ; comme s’il fallait réécrire l’histoire pour qu’Act Up domine la story et efface la réalité des dix premières années de l’épidémie. Rien non plus sur l’intervention idiote et les propos indignes de Christophe Martet, président d’Act Up, lors du Sidaction, le 6 juin 1996, laquelle a contribué à la démobilisation contre le sida (M. Martet avait conspué le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, puis lancé : « Je suis en colère, merde ! C’est quoi ce pays de merde. », provoquant une chute spectaculaire des dons et s’attirant les critiques de la majorité des militants.)

Cette vision militante d’extrême gauche sous-tend toute l’exposition, et jusqu’à sa « timeline » biaisée – et c’est dommage. Par anti-capitalisme naïf et anti-américanisme déconcertant, ses curateurs critiquent également les laboratoires pharmaceutiques, parfois à juste titre, mais sans reconnaître que c’est grâce à eux que, depuis 1996, nous sommes encore en vie et que l’épidémie a connu un indéniable reflux. Militer pour la fin de la propriété intellectuelle des vaccins, comme le fait Act Up et cette exposition, est également dans l’air du temps. Cela peut avoir un sens vers les pays les plus pauvres, où  la logique des brevets coûte des vies sans forcément permettre aux laboratoires de rembourser leur investissement. Mais est-ce que ça peut devenir une règle générale ? La logique d'Act Up peut se retourner, en fait, contre les malades. Car on peut s’interroger sur les conséquences de la fin des investissements, de l’innovation et de la R&D qu’elle  entrainerait pour les vaccins et les traitements si elle devenait une règle. Cette fausse-bonne idée fait partie des délires gauchistes de militants peu au fait des réalités de l’industrie, les mêmes qui, avec Jean-Luc Mélenchon, réclamaient le « vaccin cubain » contre le Covid, plutôt que ceux de Pfizer ou Moderna – un vaccin cubain qui n’a jamais existé ! (Philippe Mangeot, président d'Act Up, très présent dans l'exposition marseillaise, est aussi surprenant que cela paraisse, le fils du PDG de Glaxo-Wellcome-France – le  laboratoire pharmaceutique qui produit plusieurs traitements du sida.) Et le travail remarquable d’ONU-Sida montre qu’on peut à la fois soigner plusieurs dizaines de millions de personnes infectées en Afrique et réguler les laboratoires pharmaceutiques sans pour autant les priver des paterns sur les médicaments qu’ils ont découverts.

A quoi cela sert-il d’afficher une longue liste de membres d’un « comité de suivi », vaguement scientifique, pour accumuler ainsi les erreurs, les biais scientifiques et les oublis ? 

Réécouter la chronique de Frédéric Martel sur France Culture sur cette exposition

Où est l’art ? où est le militantisme ?

Sur le plan artistique, l’exposition est également décevante – ce qui peut poser problème dans un musée national. Quelques photos de qualité sont présentées (celles de Jane Evelyn Atwood ou du génial Andres Serrano) mais celles, autrement plus importantes, de Robert Mapplethorpe, David Wojnarowicz ou Nan Goldin sont absentes. Et si l’œuvre du romancier Hervé Guibert est, à juste titre, mise en espace (malgré les critiques léonines et les ratiocinations de l’intellectuel gauchiste Philippe Mangeot sur Guibert), les pièces de théâtre majeures que sont Une visite inopportune de Copi, Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, Le Pays Lointain de Jean-Luc Lagarce et surtout Angels in America de Tony Kushner, sont ignorées. A côté, l’association modeste des Sœurs de la perpétuelle indulgence est portée aux nues, alors que son influence fut tardive et infiniment moins importante que le travail des artistes, des écrivains et du monde du théâtre. Autant de partis pris qui faussent constamment le regard et le jugement. 

On le voit, il est difficile pour des acteurs, ou des anthropologues-activistes, d’écrire une histoire récente de façon objective : ils sont juges et parties. Et on ne fait pas de bonne science, ni de bonne curation, quand on n’a pas de distance avec son sujet. On peut réussir dans le témoignage ou une forme d’autobiographie collective, ce qui est essentiel et déjà fort utile, mais sur le plan scientifique et sur le plan artistique cette exposition montre les limites du genre. 

Act-Up Paris. Pochoir de la Conférence Internationale Sida à Barcelone en 2002. Mucem, Marianne_Kuhn.
Act-Up Paris. Pochoir de la Conférence Internationale Sida à Barcelone en 2002. Mucem, Marianne_Kuhn.
© Radio France

En dépit de ces critiques, « VIH/sida, L’épidémie n’est pas finie ! » est à son meilleur lorsqu’elle porte le témoignage des victimes et présente une mémoire des souffrances inimaginables que la communauté gay a enduré dans les années 1980 et 1990. Et aujourd’hui encore, alors qu’une mobilisation sans précédent a eu lieu contre le Covid – et à juste titre –, les dénis militants, les erreurs médicales et les fautes politiques ou gouvernementales des années 1980 sur le sida apparaissent encore plus douloureuses. Peut-être que si la maladie n’avait pas touché initialement les homosexuels et les héroïnomanes, comme l’exposition le montre bien, la France aurait mieux et plus rapidement réagi. 

On s’étonne enfin, rétrospectivement, que les leçons et les « acquis » des « années sida », quant à l’écoute des malades, réformateurs sociaux et co-constructeurs de leur processus de soin, n’aient pas été retenus et repris dans les « années Covid ». La mobilisation difficile et tardive contre le sida dans la décennie 1980, d’une part ; la mobilisation générale contre le Covid en 2020-2022, d’autre part : en faisant apparaître, en creux, cette comparaison, et ce « deux poids, deux mesures », « VIH/sida, L’épidémie n’est pas finie ! » est vitale. Et ce n’est pas le moindre des mérites de cette exposition émouvante. 

Encapotage de l'Obélisque à Paris, 1993.
Encapotage de l'Obélisque à Paris, 1993.
© Radio France - Jean-Marc Armani, Saif Images

Les homosexuels et la déportation

Plus modeste, mais non pas moins courageuse, l’exposition sur les « homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie », au Mémorial de la Shoah à Paris est également passionnante. On se souvient des tensions très vives entre la communauté juive et la communauté gay, au milieu des années 1990 : certains représentants de la première refusaient qu’on puisse commémorer lors des journées de la déportation celle des « triangles roses », comme on le faisait pour les « étoiles jaunes ». Une concurrence de mémoire inadmissible. En avril 2001, le premier ministre Lionel Jospin s’en était ému, lors d’un hommage à un résistant mort en déportation : « Nul ne doit rester à l’écart de cette entreprise de mémoire. Il est important que notre pays reconnaisse pleinement les persécutions perpétrées durant l’occupation contre certaines minorités – les réfugiés espagnols, les Tziganes ou les homosexuels. »

Aujourd’hui, ces tensions sont apaisées. Et l’exposition au Mémorial de la Shoah marque une date : un pan méconnu de l’Histoire de la déportation est opportunément rappelé – celui des homosexuels assassinés par le régime nazi. Des ouvrages, des photographies, des rencontres et des projections de films, ainsi que des documents d’époque permettent de retracer cette histoire longtemps niée. C’est une histoire qui reste également difficile à écrire. 

Souvent, les déportés eux-mêmes n’ont pas souhaité, après la guerre, évoquer leur déportation en raison de leur homosexualité : ils préféraient afficher leur statut de déporté « politique ». Les « motifs » de la déportation sont donc parfois difficiles à déterminer, sans oublier que la situation a fortement variée d’un pays à l’autre et d’un camp à l’autre. 

Cheri Samba, campagne SIDA, 1988
Cheri Samba, campagne SIDA, 1988
© Radio France

La plupart des historiens sont d’accord pour distinguer les camps dits « de concentration » des camps « d’extermination ». Les premiers regroupaient plusieurs catégories de détenus, reconnaissables à la couleur du triangle cousu sur leur vêtement : rouge pour les « politiques » (opposants au régime nazi, communistes, résistants…), vert pour les « droit commun », violet pour les témoins de Jéhovah, noir pour les « asociaux », bleu pour les apatrides et rose pour les homosexuels. A travers le monde, plus d’un million et demi de personnes ont été déportées dans ces camps de concentration et beaucoup n’en revinrent jamais. Parmi elles, les homosexuels semblent avoir été décimés dans une proportion plus importante que les autres populations (les historiens Richard Plant et François Bédarida avancent un taux de mortalité de 60 % parmi les homosexuels déportés qui subissaient dans ces camps un sort particulièrement atroce). Les gays y étaient d’ailleurs considérés comme des « délinquants sexuels » et des expériences médicales macabres (castration notamment) leur étaient parfois réservées. Toutefois, il ne s’agissait pas d’une mise à mort systématique et certains en réchappèrent.

En revanche, les camps d’ « extermination » avaient pour fonction d’éliminer physiquement le plus grand nombre possible d’êtres humains, de la façon la plus rapide et avec le « rendement » maximum. Ces camps, au nombre de six (tous situés sur l’ancien territoire de la Pologne), ont été essentiellement utilisés pour l’extermination des Juifs (portant l’étoile jaune) et, dans une certaine mesure, des Tziganes, des malades mentaux et, plus rarement, des autres « minorités ». 

Le manège enchanté. Mucem, Marianne Kuhn.
Le manège enchanté. Mucem, Marianne Kuhn.
© Radio France

Quel que soit leur pays d’origine, les homosexuels déportés en tant que tels semblent avoir été conduits massivement dans ces camps de « concentration », bien que l’homosexualité fût considérée par les nazis comme un problème non moral ou médical mais « racial ». Tous pays confondus, Richard Plant avance les chiffres de 5 000 à 30 000 homosexuels morts dans les camps de concentration, une estimation jugée aujourd’hui basse. La plupart des déportés gays étaient allemands, autrichiens ou polonais. Sur quel critère et comment ont-ils été arrêtés ? Quelle était la réalité de leur sort ? Combien ont survécu ? Nous ne le savons pas. 

Si les rares historiens qui se sont intéressés à la question des déportés homosexuels ne s’entendent pas toujours sur les chiffres, la plupart des historiens français semblent d’accord pour affirmer que le nombre de déportés homosexuels français "en raison de leur homosexualité" fut probablement limité. (*) Le débat porte en revanche sur les personnes homosexuelles qui ont été déportées sous un autre qualificatif (homosexuel juif ou homosexuel politique) et sur les déportés qui se trouvaient en Alsace, territoire considéré alors comme allemand, du fait de son annexion par le Reich. Combien étaient-ils ? Nous ne le savons pas non plus. Il est toutefois établi que des fonctionnaires des départements de l’Est ont mis à la disposition des Allemands, à leur demande, des fichiers d’homosexuels (**).

Sur tous ces sujets, l’exposition apporte des réponses et tente des explications. Elle propose des documents essentiels. Comme avec « VIH/sida, L’épidémie n’est pas finie ! », une nouvelle manière de concevoir la curation se dessine : les documents d'archives se mêlent aux témoignages recueillis sous la forme de vidéos et d' « histoires orales» ; les photographies d'époque côtoient les livres, les objets, la mémoire vivante des morts. C'est une manière très moderne de penser une exposition. 

Affiche Act-up Paris, 1994. Act-Up Paris
Affiche Act-up Paris, 1994. Act-Up Paris
© Radio France - Jean-Marc Armani

On regrettera toutefois que les curateurs de l'exposition du Mémorial de la Shoah aient choisi d’y faire figurer le livre controversé, paru en 1981, de Heinz Heger, Les Hommes au triangle rose, « journal d’un déporté homosexuel devenu lui-même kapo ». L’éditeur de ce livre (Persona, une éphémère maison d’édition créée en 1980, et qui fut le prolongement éditorial de la revue homosexuelle et artistique Masques, elle-même fondée par des dissidents de la « commission nationale homosexuelle » de la Ligue Communiste Révolutionnaire), et les historiens, mettent en doute l’authenticité de ce livre et pensent que ce livre serait une fiction et un faux. L’écrivain Guy Hocquenghem a, par ailleurs, signé une préface ambiguë de ce livre où l’on peut lire : « Et c’est peut-être cela, être homosexuel encore aujourd’hui : savoir qu’on est lié à un génocide pour lequel nulle réparation n’est prévue. » Ce souci légitime de commémorer la déportation homosexuelle serait acceptable si Hocquenghem, en principe mieux inspiré, ne laissait planer un doute troublant sur ses véritables intentions. En effet, dans cette préface-plaidoyer, Hocquenghem accuse « la puissance de la communauté juive américaine », dénonce le « truquage » que représente à ses yeux le martyre juif dissimulant les « authentiques martyrs » homosexuels, allant jusqu’à écrire, de manière fausse, calomnieuse et odieuse : « Je n’aurais pas voulu vivre dans un baraquement où Simone Veil était kapo. » (***) On s’étonne donc qu’un tel livre figure ainsi dans l’exposition alors qu’il semble avéré que ce témoignage est factice et que sa préface est immonde. 

A cette erreur près, l’exposition est importante et il faut saluer le Mémorial de la Shoah pour l’avoir organisée. Après le déni et le silence, il était temps que la déportation homosexuelle, comme, dans un autre registre, l’importance de la lutte contre le sida, soient enfin reconnues et entrent au musée. 

Frédéric Martel 

• « VIH/sida, L’épidémie n’est pas finie ! » au Mucem à Marseille jusqu’au 2 mai 2022. 

• Exposition « homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie » au Mémorial de la Shoah à Paris jusqu’au 22 mai 2022. 

(*) Dans un livre récent d'Arnaud Boulligny, Les homosexuel.le.s en France, du bûcher aux camps de la mort  (éd. Tirésias, 2018) de nouvelles évaluations sont proposées. En "zone  annexée" (Alsace-Lorraine), 413 arrestations d'homosexuels auraient été  documentées, dont 153 déportés ; en "zone occupée" 44 arrestations  d’homosexuels, dont 21 déportations ; en "zone libre" (Sud) 50 arrestations et 7 déportations. Malgré ce travail, ainsi que celui de Jean-Luc Schwab et Frédéric Stroh, les "résultats des recherches historiques demeurent lacunaires", comme le notent eux-mêmes les historiens, qui préconisent "de poursuivre les recherches" pour mieux mesurer le nombre et la nature des arrestations et déportations subies par les homosexuels pendant la Seconde Guerre mondiale (voir également cet article de Têtu, relatif à une plainte déposée récemment par plusieurs associations LGBT contre Eric Zemmour à ce sujet).

(**) Le cas singulier de Pierre Seel, déporté homosexuel français, interné dans le « camp de sûreté » de Schirmeck-Vorbrüch, près de Mulhouse, est documenté dans un livre co-signé avec Jean Le Bitoux (Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, Calmann-Lévy, 1994). Mais le militant LGBT Le Bitoux n’étant pas historien, et Pierre Seel ayant beaucoup varié dans ses récits, y compris dans de déconcertants entretiens au journal d’extrême droite Minute (26 avril 1995), il faudrait pouvoir retracer précisément son parcours, notamment sur l’aspect de la déportation homosexuelle. Hélas Pierre Seel, qui a obtenu le statut de déporté politique, est aujourd’hui disparu. 

(***) Simone Veil, doit-on le rappeler, avait 18 ans lorsqu’elle fut déportée à Ravensbrùck. Elle n’a jamais été kapo. A propos de cette préface d’ailleurs, l’essayiste Alain Finkielkraut a réagi en dénonçant chez Hocquenghem un « antisémitisme de rivalité ». « Des révisionnistes à Hocquenghem, la phobie est identique, ce qui change, c’est la perspective : il ne s’agit plus de banaliser le nazisme, mais de réhabiliter les martyrs inconnus… Détrôner les Juifs, ces pseudo-victimes, ces usurpateurs, ces parias en toc, et faire apparaître, dans leur splendeur immaculée, les vrais titulaires du pire [voilà la finalité d’Hocquenghem] » a écrit Alain Finkielkraut dans L’Avenir d’une négation (éditions du Seuil, 1982).

Précision. Frédéric Martel est producteur et animateur de Soft Power tous les dimanches sur France Culture. Il vient de publier Fiertés et préjugés, la question gay aux éditions Bouquins (certaines informations et formules de cet article sont reprises de ce livre).